IV. — Les arraiids journalistes
La plupart des orateurs poliliques que nous venons d'étudier ont été des journalistes : Benjamin Constant, Chateaubriand, Thiers, etc. Il faut y ajouter:
Ch. de Rémusat (1797-1875). 11 écrivit, avant 1830, au Globe et à la Revue française, des articles d'une clairvoyance
(1) Pellisson, pp. 242, 279, 321, 336 ; J. Reinach, p. 269.
(2) Pet.ltsson, pp. 370, 389, 410; J. Reinach, pp. 304: 383.
remarquable, et devint politique libéral sous Louis-Philippe. U lut encore ministre des Affaires étrangères en 1871,
Armand Carrel (18004836) fonda, en 1830, avec Thiers et Mignet, le National. Pendant six ans, il travailla à orienter le pays du côté de la République, qui lui paraît la conséquence logique de la révolution de Juillet ; il aurait voulu donner à la France les institutions des États-Unis. Ses articles du National, dont les meilleurs ont été réunis en volumes, révèlent chez lui un excellent écrivain, digne de servir de modèle, pour la sincérité, la fermeté et la tenue, à tous ses confrères et successeurs. On sait qu'Armand Carrel fut tué, en duel, par Ém. de Girardin.
Ém. de Girardin (1802-1881) est, au contraire, le type dii faiseur, du journaliste qui a « une idée par jour », et qui amuse le pubKc et s'en amuse. Beaucoup plus que Carrel, il a fait école. Parmi ses idées, la plus féconde fut l'abaisseinent du prix des journaux, grâce aux annonces. Il fonda la Presse (en 1836) qui devint un des journaux les mieux informés et les plus littéraires (on y voit collaborer A. Dumas, F. Soulié, Th. Gautier, Méry, etc.). Sa femme, née Delphine Gay, célèbre par ses poésies et par quelques pièces de théâtre (Lady Tartufe, L'Ecole des Journalistes, La Joie fait peur, etc.), collabora à la Presse sous le pseudonyme de Vicomte de Launay,
Prévosl-Paradol (1829-1870), qui mériterait aussi une olace parmi les historiens et les moralistes, fut, dans le Courrier du dimanche eï dans les Débats, un courtois mais redoutable adversaire du second Empire.
Louis Veuillot (1813-1883) est célèbre surtout pour la part qu'il prit à la rédaction de VUnivers, journal catholique, où il se montra d'une violence extrême contre tous les partis. Nous n'avons pas à apprécier ici son rôle politique. Comme pamphlétaire et comme écrivain, Veuillot a du génie. Son vocabulaire est à la fois très riche et très français; son style a une variété drue et vigoureuse qui dépasse la fine et sèche précision de Courier ; il est aussi simple et aussi tendre dans sa Correspondance, qyx'il Qsi ardent et éloquent dans ses articles et dans ses livres.
Le journalisme contemporain, qui a absorbé et gâché une foule de talents distingués, n'offre pas, en dehors de la critique dont nous parlons ailleurs, un nom égal à ceux que nous venons de citer.
BIBLIOGRAPHIE
A. CiiABRiER, les Orateurs politiques de la France, des oriaine<^ à 1830, Hachette. , .y a
M. Pellisson, les Orateurs politiques de la France, de 1830 à nos
jours, Hachette.
Joseph Reinach, le Conciones français: léloquence française de
la Révolution à nos jours, Delagrave.