CHAPITRE X LA COMÉDIE AU Xir SIÈCLE
Sommaire: i° Scribe (1791-1861) donne 400 pièces, de 1810 à 1861 ; il commence par le vaudeville en un acte, puis compose des comédies en cinq actes. — C'est un observateur spirituel des modes et des mœurs du jour, et surtout un habile constructeur d'intrigues. Il excelle à éviter le côté sérieux de ses sujets. Ses mieilleures pièces sont ses comédies historiques [Bertrand et Raton : le Verre d'eau). — Autour de lui, entre i83o et 1848, une foule d'auteurs traitent des sujets sérieux et hardis, et sont les précurseurs d'Augier et de Dumas fils.
2° Êmile Augier (1820- 1889) s'établit le défenseur de la morale et de la famille. Il soutient des thèses bourgeoises dans Gabrielle, Ceinture dorée, les Lionnes pauvres, etc. Il introduit de la politique dans le Fils de Giboyer, et on sent l'influence de Dumas fils dans les Fourchambault. — Ses deux chefs-d'œuvre sont : le Gendre de M. Poirier (1854) Maître Gué r in [iS6^). Style incisif et ferme ; parfois trop d'esprit.
3« A.Dumas fils ( 182 i- 1895) soutient au théâtre des thèses généreuses mais paradoxales, en particulier sur le mariage et le divorce ^ [les Idées de Mme Aubray, la Princesse Georges, la Femme de Claude, l'Étrangère, Denise...) Il fait de la scène une tribune mais il est le fils de Dumas père et il a des qualités dramatiques de fond, sinon de forme; ses personnages raisonnent trop, et font des mots.
4« Labiche excelle dans le vaudeville, où il met souvent une philosophie très pénétrante (le Voyage de M. Perrichon, 1860) ; — V. Sardou est le meilleur disciple de Scribe ; il réussit particulièrement dans la comédie historique, et s'élève au grand dans quelques drames [Patrie, iS6g).— Ed.Pailleron donne un piquant tableau de la société précieuse du dix-neuvième siècle [le Monde où l'on s'ennuie, 1881).
5« Le Théâtre libre (1887- 1895) représente des pièces réalistes, et révèle quelques vigoureux tempéraments dramatiques [Ancey.^ Fabre, Céard...). — Une réactio» se fait par le théâtre idéaliste et poétique de M, Edm. Rostand [Cyrano de Bergerac^ 1897).
La LITTERATURE FfiANÇAISt:
La comédie, au dix-neuWème sièrlp n^^^i . i peadanl la période classique, un get^ d?tez-m?né7ô?f'' ait distinct de la tragédie et du Ln^e elle adn ' T ' es sujets, tous les caractères, toutes les' conriaf. les tons. On peut dire qu'elle ne se dLLle d,?^. romantique que par le dénouement, non na! aue ..1 ' soit toujours chez elle heureux ou Rai mafs LT.! m'"*"' comporte pas (en général) de mortSeX Le „om'll,' de comédie a paru trop étroit à quelques auteuîs H' du dix-neuvième siècle ; ils ont fait d^rn,! , . ^^'^ ment. Cependant les 9ènr:sZ\lTes%;^^^^^^^^^ terernise confondre entièrement. On voit , vaudeville, la comédie de mœurs (en vers n f le comédie à Ihése, la comédie hislori^M comMi: Slt^^ a comédie rosse. Toutes les pièces dorit nous altnï^"'' er, de Scribe à Sardou et à M. Rostand, p'^^eïse .la'^^^ serplus ou moins exactement sous l'une de ces étiquettes^
I — Scribe (1791-18GI).
De 1810 à 1861, Scribe a donné près de quatre cenis pièces 1 a occupé les théâtres de Paris pendam cinniSo ans, et û n'a disparu que lentement et gradue 2^ ^» répertoire. Aucun écrivain f rançais n'a été ^lus Sent traduit et représenté à l'étranger souvent
un^doTLtrStrret'irîSrn ^f'I '^'f''^^' au Vaudeville avec ^ ll^^lZ !::^^!'':^
de charmantes et vives petites pièces, telles que le Sol i leur. l Ours et le Pacha, etc. A l ouverture du Gymna^^^^^ [Théâtre de Madame) en 1820. il devint le fourn sseur a utre d une scène où l'on ne pouvait faire jouer qÛJ dëi P eces en un acte. De là, cette abondance de audevilles ou le sujet est ramassé avec tant de Drécisim-, i Sûreté : / . plus beau Jour de la vSX LlileË a rn tiîr le Charlatanisme, la Manie des place,, etc Scribe n e, t' qu a reprendre un peu plus tard le Ihè^e de quelaues uns
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a nécessité de resserrer son action et de croauer vive
ment ses personnages, lui avait formé la maî^?^-!- ^epènl
LA COMi'dIE au XIX" SIlîCLE
dint il avait pénétre au ThéâtrcFrançais en 1822, avec rat-/c ; a ; Sonnait, en 1827, ^•^«'■-.y,'^^.';'--^- 'JoT Bertrand et Raton (1833), la '^•«'"«'•«''l7^^^*^%/n e^c 1 nie (d840), le Verre d'eau (1840), Une Chaîne (1^^^')' ^tc ,^ Depuis 1823, Scribe écrivait avec un égal succès des livrets d'opéras et d'opéras-comiques : la j^^ffj^f^"che (1825), la Muette de Portici (1828), Robertle Diable [Ibôi), la Juive (1835), les Huguenots (1836), etc. ^,„^u„ Il ne faut pas demander à Scribe une profonde psychologie ni un style ; il est préoccupé avant out de nous attacher par une intrigue bien faite ; il excelle a poser a compliquer, à dénouer son sujet. On éprouve une veri able satisfaction à le suivre, et une certame déception quand on l'a quitté. Car il choisit souvent des sujets hardis ou dangereux ; mais alors, il joue la difficulté, d ^en^b e soutenir une gageure qui consiste à tourner autour du vrai suiet, à l'esquiver chaque fois qu'il est sur le point de s y heurter, comme un équilibriste qui danse à travers des poignards ; sous ce rapport, son chef-d'œucre est Une Chame On aurait tort cependant de refuser à Scribe toute faculté d'observation et toute portée morale. H nous a laisse dans ses vaudevilles une galerie de croquis exacts et piquants : le garde national, le vieux soldat de l'Empire, e friLant offfcier mondain de la Restauration le journalis e ■aiseur, proto-type d'Emile de Girardin et de J. Jamn le né-ociànt parvenu, le notaire, le petit employé... Tous ces Sonshommes-là sont vivants ; costume, gestes manies iangage, tout a été copié d'après nature. Et c'était un grand méStf de renouveler ainsi les personnages de la comédie de riœurs, et de les substituer aux imitations de Mo lere de Regnar'd, de Dancourt et de Beaumarchais, don Picard et Duf al av'aient usé encore. - Scribe lait que quefois mieux Le Poligny du Mariage d'argent est le type du Se ambitieuf tll que les mœurs nouvelles ont pu le foïmer. Dans la Camaraderie (qui pourrait s intituler les Arrivistes), on trouverait tous les types des Cabotins de PaiUeron indiqués en traits beaucoup plus nets. Et, dans la Calomnie, les caractères de personnages politiques sont tracés avec esprit et avec justesse. - Bertrand et Raton et le Verre d'eau sont des modèles de comédie historique.
du genre à la fois superficiel et fin où s'est illustré Victorien Sardou. Dumas père lui-même, ce grand inventeur, ne fit en ce genre qu'imiter Scribe.
Scribe eut de très nombreux collaborateurs, qui n'eurent jamais qu'à se louer de sa délicatesse et de sa loyauté. « J'ai fait douze ou quinze vaudevilles avec Scribe, disait Garmouche, et je puis vous affirmer que, dans toutes ces pièces, il n'j^ a pas un mot de moi. » On lui apportait en général de « grandes machines » plus ou moins mélodramatiques; il en extrayait quelques scènes, Iransposail le sujet, serrait vivement le tout, et récrivait la pièce d'un bout à l'autre. Mais le « collaborateur » n'en touchait pas moins la moitié des droits (4).
Autour de Scribo. — Entre 1815 et 1848, la production dramatique, dans la comédie, est des plus fécondes. Nous n'indiquerons que les principales pièces, afin de faire ressortir surtout la hardiesse de certains sujets. — La « question d'argent» commence à tenir une grande place au théâtre; elle envahit presque toutes les comédies de mœurs; et quelques-unes lui sont particulièrement consacrées comme V Argent de G. Bonjour (1825), V Agiotage de Picard Qt Empis (1826). Après le Mariage d'argent (1827) et le Puff (1848) de Scribe, nous trouvons VHonneiir et V Argent (1853) et la Bourse Ponsard, qui nous mènent à Dumas fils et
à E. Augier. — Balzac, non content d'écrire des romans, donna au théâtre quelques pièces assez mal accueillies. La seule qui mérite de survivre est Mercadet (1851) où Balzac nous présente le Turcaret moderne. — Parmi les comédies politiques, Picard et Mazères donnent, en 1827, /es Trois Quartiers, une des pièces les plus applaudies de ce temps, satire spirituelle et juste de la bourgeoisie, de la finance et de la noblesse. L'abolition de la censure après 1830, amène sur le théâtre une foule de pamphlets politiques, dont nous n'avons pas à nous occuper. — Dans le genre de la comédie historique, il faut retenir: Don Juan d'Autriche, de G. Delavigne (I835j; Mlle de Belle-Isle (1839), Un Mariage sous Louis XV (1841);
(1) Rappelons, à ce propos, qu'on doit à Scribe la législation actuelle sur les droils daiileurs. Scribe fit une grosse fortune ; mais sa bienfaisance est restée célèbre.
TA COMÉDIE AU XIX" SIECLE
les Demoiselles de Saint-Cyr (1843) d'A. D^mas P^re; et les Premières Armes de Richelieu, de Bayard (1839), un des
< triomphes de Déjazet.-Comerfres sur le mariage el la famille: c'est ici que nous trouvons des situations ou des thèses qui annoncent les pièces d'Augier et de Dumas fils. L Ecole des vieillards, de Casimir Delavigne (4823), jouée par Talma et
: Mlle Mars, eut un retentissant succès, mais parait aujourd'hui d'une singulière banalité, ^nfonr/, d'Alexandre Dumas père(1831), joué par Mme Dorval et Bocage, contient le type essentiel de V amoureux romantique et byronien. 11 a eu toute une descendance au théâtre, comme René dans le roman. Le Mari à la campagne, de Bayard (1844), est une amusan e et fine satire des inconvénients que peut avoir pour la femme une dévotion exagérée et mal comprise. Un An, ou le Mariage d'amour, d'Ancelot (1830), est une très simp e et forte comédie sur la mésalliance (à comparer a a Catherine, de M. Henri Lavedan). - La Mère et la Fille, de Mazères et Empis (1830), est un ouvrage remarquable par sa vigueur et son réalisme (à comparer avec le Supplice d'une femme, de Dumas fils, et V Autre Danger ùe M Maurice Donnay). — Une Liaison, de Mazères et Empis (1834), autre pièce hardie, et dont le dénouement trop vrai choqua le public (à comparer avec le Mariage d Olympe, d'Émile Augier).— La comédie de mœurs tendait de plus en plus vers le réalisme, parallèlement aux extravagances romantiques. Cependant, un certain respect mal entendu pour la tradition, des préjugés académiques, la routine des grands acteurs, entretenaient encore une préférence pour la comédie en vers, comme le prouvent les deux gros succès de Ponsard et les pièces de début d'Emile Augier (1).