‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 25 sur 281 · LES ROMANS DE LA TABLE RONDE LES ROMANS D'AVENTURES · texte numérisé non relu

LES ROMANS DE LA TABLE RONDE LES ROMANS D'AVENTURES

Sommaire : Le roman s'oppose à la chanson de geste, en ce qu'il est le récit d'une aventure plus ou moins fictive. — Nous entrons ici dans la littérature proprement dite, d'invention et d'imitation, qui peint l'amour courtois.

lo. — Les Romans de la Table ronde ont pour originelles traditions celtiques sur le roi Arthur et ses chevaliers. On y joint la légende du Graal, vase où Joseph d'Arimathie recuèillit le sang du Christ. — Çes histoires bretonnes passent d'abord en France (xii« siècle) sous forme de lais, dont les plus célèbres sont ceux de Marie de France. — A part, il faut placer Tristan et Yseult. ^ Chrétien de Troyes iigS) a composé les plus célèbres romans d'aventures, entre autres le Chevalier au lion, Lancelot et Perceval.

2°. — D'autres romans sont imités d'œuvres gréco-byzantines, (les Sept Sages), ou tirés de vieilles légendes françaises [Robert le Diable, Jean de Paris). On y rattache la chante-fable d'Aucassin et Nicolette.

3«. — Ces romans se répandent en Europe. Ils sont imités en Italie aux quinzième et seizième siècles; en Espagne, où ils torment la bibliothèque de Don Quichotte, et d'où ils nous reviennent dans une compilation d'Herberay des Essarts, sous le titre d'Amadis (xvi' siècle).

Le mot roman signifie à l'origine un récit, une narration, en vers, et en langue vulgaire; c'est une œuvre d'imitation ou d'invention. Le roman s'oppose à la chanson de geste, en ce que celle-ci a toujours, ou prétend avoir, un

fondement historique.

Ici, nous entrons, à proprement parler, dans ia lilleraîiire. Il ne s'agit plus d'oeuvres qui se sont formées spontanément, agglomérées ou développées lentement, et dans la rédaction desquelles les procédés littéraires ne sont inter-, venus qu'assez tard. Il ne s'agit pas non plus d'oeuvres qui prennent racine dans le vieux fonds national et qui jaillissent de l'âme populaire émue par de réels exploits. Les romans bretons et les romans d'aventures ont été écrits par des lettrés, qui se sont inspirés de fables étrangères à notre pays.

C'était la première fois, et ce n'était pas la dernière, que notre littérature empruntait des intrigues, des types, et même un style, à une littérature voisine ; et que, en démarquant ses imitations, elle les délocalisait, pour ainsi dire, et les généralisait au point de les rendre cosmopolites.

Dans ces romans règne l'amour courtois, par opposition aux sentiments féodaux des chansons de geste. Tandis que celles-ci chantent la guerre contre les infidèles ou les luttes entre grands vassaux, ceux-là narrent les aventures de chevaliers qui, tantôt pour obéir à la dame de leurs pensées, tantôt pour accomplir un vœu, exécutent des prouesses aussi merveilleuses que vaines. Cette conception de l'amour, auquel tout doit céder, et qui est « plus fort que la mort », semble d'origine celtique, c'est-à-dire bretonne ou galloise. Mais elle se subtilisa sous Tinfluence des imitateurs d'Ovide, auteurs de différents ^r/s d'amour, André le Chapelain (xiii® siècle) a écrit en latin un De Arte honeste amandi, qui contient, selon G. Paris, « le code le plus complet de l'amour courtois tel qu'on le voit en action dans les romans de la Table ronde » (i).

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