‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 250 sur 281 · II. — La poésie didactique · texte numérisé non relu

II. — La poésie didactique

Définitions et caractères. — Didactique vient d'un mot grec qui signifie enseigner. La poésie didactique est celle qui se propose de donner, sous une forme agréable et facile à retenir, un enseignement technique, intellectuel, moral. On s'explique l'opportunité de ce genre dans des sociétés oh les philosophes et les maîtres confiaient leurs préceptes à la mémoire

LA UTIÉRATURE FRANfJAlbE

des disciples. Mais la lUléralure s cst vite glissée parmi les vers proprement didaclùjues ; l'enseignement n a E éS quun prétexte soit à description, soit à virtuosité d'autre

f&Z^^T' '^^•'^'^^ ''"-P'--»^' pouT exposât mécs sociales, religieuses, critiques, etc.. Aussi y rallacliet-on laSahre, l'Epître, parfois lEqlogue.

^lirioM-"*" 'T**'' '^ferminer exact^èniMes caractères du genre t^ZlTv 'T^''''' " dans Géor.

esMo;p T ' poème didactique

lulérake s'instruire tout en goûtant un plaisir

Développement. - Au moyen âge, on range dans le genre

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Hose p. 62) dont la première partie est un « art d aimer » et la seconde une satire de la société; les Bestiaires et Lapidaires Z' 1,1' , J^"/ (P- Fabliaux (p. 74), /a S/;

(p. 8^) /e Testament (p. 94), /e Semo« /oye«a; (p. 184), /c> ^/o«o%«e (p 133), etc. Le moyen âge ay^nt la manie de glisser partout des leçons, et d'employer le vers avec une déplorable facilite pour les sujets les moins poétiques, on pourrait rattacher au genre didactique un nombre infini d'ouvrages

Seizième siècle. - On commence à mieux déterminer le genre a 1 imitation des ancieûs. Marot est didactique {à la açon du moyenâge) dans le Temple de Cupido (p. 183) et dans l Enfer p. m); Marguerite d'Alencon, de môme, dans le Mitu' '/'".'f f f '/'^''^^«e et autres poèmes mystiques (p. 188i. Thomas Sibilet (p. 191) et Vauquelin de La Fresnave (p 307) donnent des Arts poétiques. La satire se régularise! elle prend sa forme classique dans le Poète courtisan de J. du Bellay (p. iOy), et dans les Discours de Ronsard (p. 202). Belleau se souvient des Lapidaires dans ses Amours et échanges des pierres précieuses (p. 209) ; Baïf donne les Météores et les ' Mimes (p. 210). Enfin la Satyre Mcnippée est la forme la plus libre de 1 œuvre à la fois satirique et oratoire (p. 284!

1 eut-etre faut-il ranger daus la poésie didactique les nombreuses hglogues, Bergeries, etc., que le seizième siècle a écrites, sous 1 mlluence de l'Italie et de l'Espagne (Ronsard, Belleau. etc.), el/c•.■/^';,^/r,^sdeMarut(p. 183; ^ ■ '

TABLFAU DK LKVOT.UTTON DEf^ riENRKS 895

Dix-sèpîlème siècle. — La satire est représentée d'abord par rMathurin Régnier (p. 307), et devient plus didactique avecBoi^ leau (p. M^). L'Épitre est moins libre, moins aimable chez Boileau (p. 529) que chez Marot ; mais elle gagne en gravité et en éloquence. Le « chef-d'œuvre » est VArl poétique de Boileau (p. 531), qui a toutes les qualités et tous les défauts du genre. La fable atteint à sa forme à la fois la plus complète et la plus libre avec La Fontaine (p. 508).

Dix-huitième siècle, — 11 est si vrai que le genre didactique peut, par définition, se passer delà poésie, que le dix-huitième siècle, essentiellement critique et philosophique, versifie tous ' les sujets. Voltaire compose ses Discours sur fhomme (p. 596), ses poèmes sur le Désastre de Lisbonne, sur la Loi naturelle (/ci.) ; Louis Racine donne la Grâce et la Religion (p. 677); Roucher' et Saint-Lambert, les Mois et les Saisons (p. 677), etc. A la fin du siècle, André Chénier entreprend son Hermès, re^ié inachevé, et qui eût été une sorte d^Encyclopédie en vers, inspirée et géniale par fragments, mais dont la conception même est plutôt d'un penseur que d un poète (p. 682). Delille reste le représentant le plus complet de cette « fureur didactique »; il chante les Jardins, VLIomme des Champs, la Conversation ;ïleûi traité en vers l'art d'écrire en prose (p. 717). La satire se retrouve chez Voltaire, Gilbert; (p. 678) ; la fable, chez Florian (p. 678).

Dix-neuvième siècle. — La grande crise lyrique du romantisme brise pour cinquante ans cette fâcheuse tradition. D'ailleurs, la science, la philosophie, l'histoire ont désormais un développement autonome et une forme propre ; elles se présentent elles mêmes au public, sans se déguiser sous les artifices d'une poésie. Peut-être l'influence didactique du dix-huitième siècle se fait-elle encore sentir dans certains morceaux philosophiques de Lamartine {riLomme, V Dnmortalilé,..) ; mais le fond en est toujours lyrique (p. 748).

Les Parnassiens reviennent à la poésie didactique, par cela même qu'ils veulent être impersonnels et qu'ils cherchent la beauté plastique. Ils choisiront donc des sujets qui ne seront que les supports ou les occasions de la poésie ; ils sont les disciples de Chénier. Didactique plutôt que lyrique est Leconte de Liste, dans quelques-uns de ses poèmes antiques (p. 763) sur l'Inde et sur la Grèce ; didactique, Sully-Prudhomme dans la Justice et le Bonheur (p. 765).

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Le genre didactique aura toujours ses partisans. Faux par lui-même et condamné par définition à n'être ni tout à fait instructif, ni tout à fait poétique, il peut fournir à certains tempéraments qui ont besoin de se sentir soutenus par un suiet pris en dehors d'eux-mêmes, et qui ne sont pas psychologues de« cadres et des occasions de poésie '

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