‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 251 sur 281 · III. — Ea pot'sie lyrique · texte numérisé non relu

III. — Ea pot'sie lyrique

Définitions et caractères. - Le lyrisme est proprement I expression passionnée de sentiments individuels sur des thèmes comniuns. Il peut être religieux (Psaumes),- patriotique (lyrtee), héroïque (Pindare), moral (Mimnerme, Simonide) amoureux (Sapho, Anacréon), etc. Il lui faut, pour se produire et se développer, des conditions favorables: une certaine sincérité, chez le poète comme chez le lecteur ; de la naïveté ; de 1 élan ; de I enthousiasme ; il ne peut s'adresser qu'à des hommes Chez qui la raison et la critique n'ont pas affaibli la faculté de vibrer et de sentir, sinon il devient artificiel. De là, dans l'évolution du lyrisme, des périodes où les formes seules sont conservées, et où le vrai lyrisme, en tant qu'il est une fadon d exprimer ses propres sentiments, se réfugie dans des genres non versifies.

La poésie lyrique fut proprement, au début, la poésie chanîee, sous forme d'hymne, de chanson, d'ode, etc. Aussi, conserve-t-elle avant tout des caractères imuicaux. Elle use de s rophes de refrains ; elle est, plus que toute autre, rythmée et mélodique. Elle procède par élans et par sensations ; elle n'est astreinte a aucune logique ; elle se règle sur les mouvements tion ''^^^ caprices de la sensibilité et de l'imagina-

Ce désordre n'est pas chez elle, comme l'a cru Boileau, un ef ei de l art, mais bien, au contraire, un ordre naturel, sensible et passionnel, qui s'oppose à l'ordre déductif ou narratif des autres genres. Quel que soit son thème, l'ode est toujours subjeclwe, puisque le poète ne chanle que pour exhaler, comme maigre lui et parce qu'il y est forcé par son inspiration intime des sentiments et des impressions. Le lyrisme est donc, en soi' toute la poésie.

TABLEAU DE l'ÉVOLUTION DES GENRES

Développement. — Moyen âge : Le lyrisme provençal ou français commence par la chanson. Il se subdivise en de nombreux genres, qui, tous, conservent des traces de rythmes spontanés et populaires *(pp. 82 h 84). Les troubadours et les trouvères n'expriment, d'ailleurs, que des sentiments assez banals, et qui, très vite, devie^npiit traditionnels et artificiels. Si quelques-uns, comme Bertrand de Born (p. 86), chantent la guerre avec enthousiasme, la plupart s'en tiennent à l'expression de l'amour courtois, forme de la galanterie mondaine au moyen âge (pp. 84-85). Au quatorzième et au quinzième siècle, les grands événements inspirent parfois Eustache Deschamps (p. 88), et Alain Ghartier (p. 90}. Mais Charles dlQrléans (p. 91) n'est qu'un gracieux: disciple des troubadours. Vers la fin du siècle apparaît le poète lyrique au sens le plus profond du mot,Villfljj (p 92). Celui-là est vraiment subjectif, et, sans chercher des sujets nouveaux, il est poète par la façon dont il exprime ses impressions personnelles et humaines sur les thèmes communs (vie, jeunesse, amour, mort, etc.).

Seizième siècle. — Le lyrisme subit une crise de formalisme avec les rhéloriqueurs (p. 176) ; ce sont des ouvriers qui préparent et affinent* les rythmes et le vocabulaire. Marot est un lyrique, très inférieur à Villon ; mais sa personnalité discrète et mélancolique donne une note vraiment lyrique à quelquesunes de ses pièces ; et il a su, non pas dans sa traduction des Psaumes, mais dans quelques-unes de ses Élégies et de ses Complaintes, exprimer des sentiments religieux (pp. 485-186). Ronsard fait d'abord du lyrisme artificiel, en imitant Pindare et Anacréon. 11 devient lyrique quand il chante la nature, la mort; sans doute, ce lyrisme est gâté par les imitations indiscrètes de l'antiquité et des Italiens, mais le poète sincère se trahit souvent (pp. 200 à 207).

Plus lyrique peut-être est Joachim du Bellay, dont la mélancolie est si pénétrante, dans les Regrets, et qui, dans les Antiquilés de Rome, éprouve et nous fait éprouver avec lui de graves et sublimes impressions (p. 208). Le lyrisme apparaît encore dans les Tragiques de d'Aubigné, œuvre d'indignation et d'en thousiasme, essentiellement subjective (p. 212).

Dix-septième siècle. — On peut dire, d'une façon générale, qu'il n'y a de poésie lyrique à l'époque classique, que chez des poètes secondaires, comme Théophile de Viau (p. 310), Desportes

Des Grange?. — Littérature. 29

et Bertaut (p. 307), Maynand, Racan (p. 305). Malherbe n'est pas un lyrique, en dépit de la forme qui\ donne à ses odes • il incarne précisément les tendances impersonnelles et objectives d un siècle trop pénétré de raison, de psychologie générale, de sociabihté et de politesse, pour que le subjectivisme lyriciue puisse y paraître légitime et s'y développer. Parmi les grands poètes, m Corneille, ni Racine, ni Boileau ne sont lyriquesseul La Fontaine Test quelquefois, et encore ne faut-il pas exa' gérer: il est tenté de se laisser aller à Fexpression de ses senti-^ ments intimes, mais il se ressaisit si vite ! Le grand lyrique du dix-septième siècle est Bossuet (p. 390).

Dix-huitième siècle. — Pas plus que le siècle précédent le dix-buitième n'aie sens du lyrisme. En vain, L^BJkuisseau paraphrase les Psaumes ; il a des rythmes harrSSixerd^ mouvements d'éloquence ; mais rien n'est moins subjectif Même quand il s'adresse au comte du Luc, son protecteur, l'accent n'a rien de personnel (p. 678). Le Franc de Pomplgnan conserve quelquefois mieux que J.-B. Rousseau le style biblique (p. 679). Gilbert est plus près du vrai lyrisme dans ses Adieux à la vie (p. 678). A la fin du siècle, A. Ghénier ressuscite le lyrisme, dans quelques-unes de ses Élégies, et surtout dans ses Ïambes, où il exprime avec force et avec éclat des sentiments personnels (p. 681) ; et Parnv, mélancolique et passionne, annonce Lamartine (p. 679):iïSîfe, comme Bossuet avait ete le grand lyrique du dix-septième siècle, c'est encore un prosateur, J.-J. Rousseau, qui est le grand et seul lyrique du dix-huitième (p. 634).

Dix-neuvième siècle. — Chateaubriand, dans Atala, Renéy le Voyage en Amérique, continue et agrandit le lyrisme de Rousseau. Il prépare les thèmes que les romantiques n'auront plus qu'à versifier (p. 724). LaruHrtin^ est le lyrique par excellence. Jamais poésie ne fut plus spontanée et ne jaillit plus profondément du cœur d'un homme. Il représente en perfection le lyrisme subjectif (p. 748). Victor Hu.^o, souvent égal à Lamartine dans le lyrisme subjectif, possède aussi le lyrisme polilique et héroïque ; moins spontané que Lamartine dans l'expression de ses intimités et de ses pensées, il renouvelle l'ode antique et^ touche avec un égal bonheur toutes les cordes de la lyre (p. 755). Musset, comme Lamartine, excelle dans l'expression personnelle et passionnée de Famour (p.759). Vi^ny, moins.

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^ <enlhousiaste, est un'lyrique intellectuel (p. 758). Les Parnas-^ tsiens reviennent souvent, en dépit de leurs théories, au vrai lyrisme ; il y a beaucoup d'individualisme et de sensibilité contenue dans Lej2onte de Lisle (p. 763) ; Sujl^-Prudho^ reprend la tradUion dé^Lamartine et de Musset dans ses meilleures pièces des Solitudes et des Vaines Tendresses (p. 766), ^t F. Goppée est le lyrique des sentiments tendres et résignés {p. 766), enquoi il se montre disciple de Sainte-Beuve, qui, le premier, avait voulu extraire la poésie des humbles vies et des spectacles quotidiens.

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