‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 33 sur 281 · RUTEBEUF · texte numérisé non relu

RUTEBEUF

Sommaire : L'esprit gaulois s'oppose à Tesprit féodal^ chevaleresque ou courtois. C'est la revanche de la bourgeoisie contre la noblesse et le clergé.

1°. — Le moyen âge a beaucoup aimé les fables, dont il composait des recueils sous le nom d'Ysopets. Le plus célèbre Ysopet est celui de Marie de France (xir siècle). — La réunion de fables et de contes d'animaux a formé, du douzième au quatorzième siècle, le.^Roman du Renard, sorte d'épopée animale, dont le fond est la lutte du goupil {Renard) contre le loup [Ysengrin), et le triomphe de la ruse sur la force.

2°. — Les fabliaux sont des contes plaisants, en vers ; nous en possédons i5o environ (du xiii* siècle), les uns simples historiettes bien construites, les autres satiriques, les autres moraux. On y trouve de précieux détails sur les mœurs du temps (les Perdrix, le Vilain Mire, la Housse partie),

3^. — Rutebeuf (f 1280) est remarquable par son esprit satirique (contre l'Université, les moines, etc.) et surtout par sa poésie individuelle et sincère ; c'est un ancêtre de Villon.

L'esprit gaulois. — A l'inspiration féodale et chevaleresque, à ridéal religieux, patriotique, ou sentimental, qui brille dans les chansons de geste et dans les romans de la Table ronde, s'oppose ce que Ton appelle convcntionnellement V esprit gaulois.

On désigne sous ce nom, encore aujourd'hui, l'esprit de satire, de raillerie, de dénigrement, de gaîté populaire et cynique, qui inspire toute une partie de notre littérature.

LX LITTÉRATURE BOURGEOISE ET SATIRIQUE 69

De siècle en siècle, nous retrouverons le môme contraste. Au Roland et à Tristan, s'opposent Renard et le^ fabliaux; à la préciosité, le burlesque; au symbolisme, le naturalisme. A vrai dire, cette antithèse existe dans tous les pays, et dans toutes les littératures , elle se retrouve souvent chez le même homme, selon les moments de son inspiration. D'ailleurs, c'est faire tort aux Gaulois que de caractériser par une épithète tirée de leur nom ce qu'il y a de moins pur et de moins élevé dans la littérature française ;^ la preuve qu'ils n'ont point cet humiliant monopole, c'est que l'amour chevaleresque est de source celtique plus encore que d'importation germanique; et que la poésie des troubadours, toute gallo-romaine, pécherait plutôt par un excès de raffinement.

I Pour être justes, nous devons dire non pas Fesprit gaulois, mais Fesprit bourgeois. Ces oeuvres satiriques et irrévérencieuses sont une revanche des faibles contre les puissants. Elles tranchent d'autant plus, au moyen âge, que la hiérarchie sociale était plus fortement organisée et maintenue. C'est ce qui donne tant de ressort et d'apreté à ces attaques dirigées contre la noblesse et contre l'Eglise.

Nous étudierons successivement dans ce chapitre le Roman du Renard, les fabliaux et le poète Rutebeuf.

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