dernière ballade sert de conclusion
Originalité de Villon. - 11 est exagéré de d|re q^^J J.^^^^^^^^^ 'fit le premier de la poésie personnelle. Ava.^ 1"^ ^ rips noètes lyriques que nous avons nommes, en pai Licu fier Jean Bodel, Rutebeuf, Eustache Deschamps, Colin Muset! Alain Ch'artier, ont, dans des cadres convenUonnels, et au milieu d'allégories, parlé de leur vie, de leurs
amours, de leurs rei^rels. Mais ce qui csl vrai, c'est que Villon a une personnalité plus caractéristique, une âme plus humaine, et surtout un accent plus sincère.
Ce mauvais écolier, ce vagabond, ce coqiiillard, ce récidiviste trois fois emprisonné, deux fois sur le point d'être pendu, est poète au sens le plus moderne du mot ; il n'est pas guidé par sa raison, mais par sa sensibilité, laquelle explique à la fois ses fautes et ses remords. 11 en est la victime ; mais s'il lui doit ses crimes, il lui doit aussi ses repentirs et ses larmes,. Voilà poiir le fond. Et rien irest plus sympathique qu'une pauvre àme humaine, qui connaît le bien, qui en goûte la beauté que sa faiblesse entraîne au mal, et qui se réveille en sursaut, prise de dégoût, et qui tremble de faillir encore, et qui unit, comme H. Heine ou Musset, le désespoir à l'ironie.
Dans la forme, Villon est aussi un grand poète : il voit et il peint. Il ne cherche pas de choses nouvelles ou ingénieuses, ce qui est le propre du poète médiocre et artificiel. Il renouvelle inconsciemment, par la force naturelle de sa sensation et de sa vision, les thèmes les plus communs. Quoi de plus commun, en effet, que les réflexions sur la fuite du temps, que les regrets de la ' jeunesse perdue, que l'angoisse de la mort ? Mais c'est précisément à la façon dont ils traitent ces thèmes qu'on . reconnaît les vrais poètes. Villon au charnier des Innocents égale Shakespeare faisant parler Hamlet au cimetière d'Elseneur, et Bossuet « ouvrant un tombeau devant la cour ». On voit tout ce que Villon veut faire voir ; les traits sont précis, pittoresques, colorés. « Il a su peindre, dit G. Paris, les vieilles accroupies autour de leur petit . feu de chènevottes, et les femmes assises dans Téglise sur le repH de leurs robes, et les écohers modèles tenant leurs i pouces dans leurs ceintures, et le bon Jean Cotard allant • se coucher en trébuchant, et les crânes entassés dans les charniers des Innocents, et les squelettes des pendus ' balancés par le vent aux poutres de Montfaucon (i). »
La renommée de Villon. — En 4489, parut la première édition des œuvres de Villon. Elle fut souvent réimpr mée
(1) G. Paris, F. Villon, p. 154.
POÉSIE LYRIQUE
jusqu'à celle donnée par Marot en 1533, édition corrigée, commentée, souvent avec bonheur, parfois assez naïvement, et qui eut un grand succès (1).
Villon ne fut jamais oublié. Très goûté au seizième siècle, encore connu et lu au dix-septième (cf. Art poétique de Boileau) et au dix-huitième siècle, Villon profita, plus qu'aucun autre poète, plus que Ronsard lui-même, de la réaction romantique. Sa vie de bohème, la variété de son style qui unit le grotesque au sublime, son réalisme un peu cru, tout devait le faire considérer comme un ancêtre.
BIBLIOGRAPHIE
A. Jeanroy, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen
âge. Paris, 1889.' G. Paris, les Origines de la poésie lyrique en France au moyen
âge [Journal des savants, 1891-1892).
J. BÉDiER, De Nicolao Museto (Colin Muset), suivi du texte de
ses œuvres, Paris, 1893.
AuBERTiN, Histoire de la littérature française au moyen âge, 2 vo!.,
L. Clédat, la Poésie lyrique au Moyen Age (collection des classiques populaires). Lecène et Oudin, 1893.
G. Paris, F. VHlon [les Grands Écrivains français). Paris, 1901.
Fr. Villon: OEuvres complètes, éd. P. Jaunet, Paris, Flammarion.
Pour les textes des différents poètes lyriques, consulter, outre les Chrestomathies déjà citées, la Bibliographie delà Littérature française (Jullevilie, Colin), t. I, chap. V ; t. II, chap. VIL
(1) Le dix-septième siècle continua à lire Villon sur le texte Marot. A partir de 1723, parurent diverses éditions, dont quelques-unes marquaient un progrès philologique et historique. Mais aujourd'hui, l'édition définitive est celle de M. A. Longnon, parue en 1892 (Lemerre) : M. Longnon n'a pas moins contribué à éclaircir la biographie de Villon qu'à épurer et à fixer son texte.
Des GiiAMiEs.
— Littorulure.