‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 49 sur 281 · Froîssart · texte numérisé non relu

Froîssart

Vie. — Né à Valenciennes, en 1337, Froissart, sur Tentance duquel nous n'avons que quelques renseignements assez banals, donnés par lui-même dans ses poésies, se rendit en Angleterre (4361), auprès de la reine Philippe de Hainaut, femme d'Edouard 111. 11 apportait à sa protectrice un livre, qu'il avait tiré de la chronique de son compatriote Jean Lebel, et qui contenait le récit des événements de 1356 à 1360. Pendant les huit années qu'il reste attaché à la personne de la reine, comme « clerc de sa chambre », Froissart compose beaucoup de vers; mais surtout, il profite de sa situation pour interroger de nombreux témoins, anglais ou français, sur les événements qu'il se proposait de raconter. De plus, il visite l'Ecosse, la France de louest et l'Italie ; c'est à Rome qu'il apprend, en 1369, la mort de la reine d'Angleterre.

Froissart revient en Flandre, et trouve un protecteur dans la personne du duc de Brabant, Wenceslas, qui lui donne, en 1373, la cure de Lestines, dans les environs de Mons, en Hainaut. A cette époque, il est également protégé par Robert de Namur, seigneur de Beaufort, marié à la sœur de la reine d'Angleterre. C'est alors que Froissart

(1) L'histoire de Joinville à Froissart. — Guillaume de Nangis (t 1302) a écrit une vie de saint Louis, dont la version française fut insérée dans les Grandes Chroniques de Saint-Denis. — La Chronique des quatre premiers Valois (1327 à 1392) a été rédigée par un cierc de Rouen, qui possède un véritable talent de narrateur. — Jean Ledel (1290-1370), chanoine de Liège, auteur des Vrayes Chroniques (1326 à 1361), dont le manuscrit n'a été retrouvé complètement qu en 1862, par Paulin Paris. — 11 faut toujours signaler la continuation des Grandes Chroniques, rédigées pour cette période (1340-1375) par une sorte dliistoriographe officiel de Charles V, Pierre d'Orgemont.

loO LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

coni rose pour Wenceslas le roman de Méliador, et pour Robert de Namur, le premier livre de ses Chroniques^ en 4378. — Après la mort de Wenceslas, en 1383, Froissart trouve un nouveau patron en Guy de Chatillon, comte de Blois, qui le nomme chanoine de Chimay, et rattache à sa personne en qualité de chapelain. Le comte de Blois était un ami de la France ; il balança dans Tesprit de Froissart l'influence anglaise de Robert de Namur. Froissart, en 1386, accompagne Guy dans ses voyages, puis entreprend une longue excursion : en 1388, il part pour le Béarn ; il veut amasser de nouvelles informations, à la cour de Gaston Phébus, comte de Foix. Le voyage de Valenciennes à Orthez est long, mais Froissart en profite pour interroger toutes sortes de témoins : c'est là c[u'il peut être comparé à une sorte de reporter. Il rencontre à Pamiers uîi chevalier de Gaston, messire Espan du Leu, qui lui sert de guide, et qui lui raconte d'admirables histoires. A Orthez, où Gaston tient sa cour, Froissart reste trois mois. 11 part en février 1389, revient par Avignon, puis par TAuvergne, où il assiste aux noces du duc de Berry et de Jeanne de Boulogne. En août, il est à Paris, pour l'entrée solennelle d'Isabeau de Bavière.

Retiré à Valenciennes, il achève son deuxième livre, commencé en 1388, rédige en 1390 le troisième, et commence le quatrième en 1392. En 1395 il retourne en Angleterre, offre à Richard II un exemplaire de ses œuvres poétiques, passe trois mois à la cour, et revient à Valencienjies pour y achever son quatrième livre. 11 perd, en 1397, son protecteur le comte de Blois. En quelle année mourut Froissart? On a longtemps cité la date de 1410; mais après 1404, on ne trouve plus de lui aucune mention.

Nous avons de nombreux manuscrits de Froissart. La première édition fut donnée à la fin du quinzième siècle, en 4 volumes in-folio. Il faut cit^r ensuite Fédition de Buchon (1824), celle de M. Siméon Luce (1869-72), etc.

Les Chroniques de Froissart. — Il est impossible de faire une analyse d'un ouvrage aussi touffu. Nous devons nous contenter d'mdiquer, livre par livre, les passages les plus remarquables et les plus souvent cités.

Dans un prologue, Froissart fait l'éloge de prouesse, et invite

l'histoire au moyen <\ge i51 tous les jeunes chevaliers à lire son l.vre pour apprendre à

•^TeÎwW/ure comprend le récit des événernents « 1378 Pour toute une partie, antérieure aux faits conteropo amb Frnissqrt s'est servi des Clironiques de Jean Lebel. Mais il a rèmanfl deux fofs ce premier livre, dont la dernière rédaction,

faite après 1400, la I^us i^mpartmle^ d'Édouard III contre A « oTinler dans ce iivie. la caiiipcjj-,iic kx x^y^^ loia les "coïais en 1327 (ch. 34-5<)) ; la bataille de ch 60) ; le siège de Calais 1346-47 ch. «^t» - co'pt'^Y^f ! ïiente 'l351 (chS2) ; la bataille de Poitiers 13 6 ch^ ) , his toire d-Étienne Marcel, et sa ""Ort ^358 (cb 80) la bataille Cocherel, 1364 (ch. 88) ; le sac de Limoges, 1369 ch. rfib)

Le de.i«,ne livre comprend les événemen s de f f ^^j^^^j - A signaler : la célèbre histoire des routiers, el de eu cnc MArian? Marchés (ch 47V - Celte histoire se continue au 1^ m (cï î le récit des troubles de Flandre, 1382 (ch 52- 53)-; a éï-olt? de Wat Tyler en Angleterre ^^^l ^b 106-U2 .

Le iroisième livre comprend les événement^ de 138. a 1388. Les épisodes les plus remarquables son le voyage de Mois sart en Béarn et son séjour à la cour d'Orthez (ch^2^a 18 , en particulier, la mort tragique du jeune fils de Gaston Phebus

^'ïe quatrième livre comprend les événements de 1388 à A signaler : les exploits des cheva lers trança.s aux ^o^^^^^^ de Saint-Sugelleberth, près de Calais (ch 6 et 2) la pr se du château fort de Mont-Ventadour (ch 11) ; la mo t 'le Gas d« Foix (ch. 23); le dernier voyage de Froissart en Angieteire (ch. 40), etc..

Valeur historique de Froissart. - Les chroniqueurs de méflir nombreux dans les siècles Précédents restaien au ranff de simples compilnteurs. On consulte leurs œuvres pour y trouver des renseignements ; on nii les lit pas pour eux-mêmes. On y sent de 1 exactitude de l'application ; on ne saurait y chercher ^ 1^^" P^^^^^ resque et vivant d'une époque. Froissart est le premiet qui ait voulu « ressusciter » la chevalerie avec ses costumes, ses exploits, ses fêtes, ses châteaux. 11 n est pas kd-méme chevalier; il est spectateur ™x e ébloui des tournois et des batailles. Spectateur, pas toujours ; il n'a vu ni Crécy, ni Poitiers ; mais sivr chaque exploit, il a fait causer des ecuyers et des he-

raiits, il a souvent reçu des plus grands seigneurs force détails précieux par leur minutie môme. Et de certains événements, il a été réellement témoin oculaire : des troubles de Flandre, des fêtes de Riom, etc. Il a vécu à la cour d'Angleterre et à la cour d'Orthez. Il a connu Edouard III et Richard II, le roi d'Ecosse Robert Bruce, le héros de l'insurrection écossaise, Guillaume de Douglas, le roi de Chypre, Pierre de Lusignan, et Gaston Phébus, comte de Foix. Il a vu Chaucer en Angleterre, et Pétrarque en Italie. Il a eu pour guide en Grande-Bretagne Edouard le Despenser, et en Béarn messire Espan du Leu. Il a voyagé avec les sires de la Trém ouille et de Couci, et bien d'autres. Rappelons que ses protecteurs furent tous très grands et puissants seigneurs, mêlés aux faits les plus im[)ortants d'une période aussi brillante qu'agitée, et qu'il en a reçu successivement des impressions contradictoires, favorables tantôt aux Anglais et tantôt aux Français. Notons, enfin, que Froissart n'appartient par sa naissance et par sa situation ni à un camp ni à un autre.

Ses qualités et ses défauts viennent des conditions mêmes dans lesquelles il a rédigé ses Chroniques. Ne lui demandons pas autre chose que des narrations, plus ou moins bien liées, d'une exactitude tout extérieure. « II a merveilleusement peint son époque, dit M. Jeanroy, et il Fa peu comprise; il n'a pas réfléchi sur ces événements, dont le récit lui plaisait tant, plus que ceux mêmes qui les lui rapportaient, et qui y avaient été trop intimement mêlés pour en saisir la portée ; tout ce qui n'est point éclat, lumière, lui échappe. Le bruit de l'histoire lui en a oaché le sens (1). » M. Jeanroy signale aussi sa crédulité, son insensibilité, son indifférence. « Sa véritable patrie, dit-il, c'est le monde chevaleresque. Ses sympathies vont non pas à un pays, mais à une classe déterminée : il met d'une part les chevaliers, ou en général les gens de guerre, de l'autre les bourgeois et les vilains, de quelque nationalité qu'ils soient ; il a pour les uns une estime, à l'égard des autres une défiance également instinctive (2). »

(1) Exîraih des chroniqueurs français (Hachette), p. 186.

(2) Ici., p. 180.

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