‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 50 sur 281 · L IIISTOIDE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

L IIISTOIDE AU MOYEN AGE

Bref, s'il nous donne un tableau irès animé et très amusant d'une société qui va bientôt se transformer et disparaître, il ne s'élève jamais, en un sujet pourtant si grave et si fécond en grandes leçons, jusqu'à la philosophie de l'histoire.

Valeur littéraire de Froissart. — Mais il sait voir, et il fait voir. C'est un grand artiste. Nous ne connaissons guère, par ses Chroniques, les sentiments du quatorzième siècle ; mais la physionomie des personnages, leurs gestes et leurs paroles, leurs costumes, leurs châteaux, tout revit sous nos yeux. Et dans cette abondance de détails, point de confusion ; chaque trait, chaque touche, chaque nuance est à sa place. Jamais palette ne fut plus riche, ni main d'enlumineur plus sûre.

Ajoutons : jamais tons ne furent mieux appropriés aux tableaux divers. Tantôt c'est une bataille splendide et meurtrière, Crécy, Poitiers, Cocherel, où nous voyons évoluer les masses de chevaUers et de gendarmes dans un décor exact, en une ordonnance savante et claire; l'impression est formidable, comme celle de la réalité Tantôt ce sont des fêtes et des tournois : bannières, écus, tentures, costumes, or, acier, autant de taches lumineuses qui font vibrer notre vue: Tantôt, le long de la route, sur sa haquenée, chevauche le chroniqueur, suivi de ses valets; à ses côtés, messire Espan,qui lui montre, soit à dextre, soit à senestre, un château, une forêt, un vallon ; et les anecdotes font surgir sur le décor du gentil paysage les silhouettes de chevaliers, de routiers et de vilains. Ou bien, c'est une légende, celle des femmes-fées de Céphalonie, « digne, dit Mme Darmsteter, d'être enchâssée dans une comédie de Shakespeare » (i). Et M. Ch.- V. Langlois dit de son côté (2) : « Ses portraits en pied de Gaston Phébus et de Thomas de Glocester, ses paysages d'Ecosse et du Midi placent Froissart, parmi les peintres, à côté de Saint-Simon (3). »

(1) Froissart, par Mary Darmsteter (Hachette), p. 171,

(2) HisL de la litl. fr. (Julleville, Colin), t. H, p. 322.

(3) L'histoire entre Froissart et Commines. — Citons : le Livre des faits eî bonnes mœurs du sage roi Charles V, écrit en 11:03,

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