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;a^ais: Geoffroy d'Estissac et les deux hi Bellay apparaissent à tout instant dans son existence. Malgré les poursuites demandées deux fois par la Sorbonne contre le Tiers livre et le Quart livre, on voit que Rabelais n a jamais été arrêté, et que la publication de son ouvrage a suivi son cours. Quoi qu'il en soit, celte vie agitée, qui n'est pas sans rapports avec celle d'un Marol, d'un Bonaventure des Périers, d'un Henri Esticnne, reste enigmatique sur plusieurs points.
L'œuvre de Rabelais. Bibliographie. — Précisons d'a- /-bord, en l'abrégeant, la question bibliographique, très importante pour lintelligence même de l'œuvre: — En 153-2, Rabelais publie à Lyon les Grandes et Inesîimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua. — En 4533, il donne, encore à Lyon, Pantagruel, signé Alco- FRiBAS Nasier (anagramme de François Rabelais). — En 1535, il refond, pour le mettre d'accord avec Pantagruel, le Gargantua, et publie le texte qui forme, dès lors le I^^ livre, dont Pantagruel devient le IP. Ces deux livres sont, ensemble, plusieurs fois réimprimés, avant l'apparition du livre troisième. - En 1546, le Tiers livre paraît à Paris; il est signé de maître François Rabelais, docteur en médecine.
En 1547, paraissent deux éditions comprenant les trois Hures, — En I5i8, le Quart livre est publié à Lyon, incomplet, en onze chapitres; l'édition de Quart livre en soixantesept chapitres paraît en 1552, signée également de M. Fran- V çois Rabelais, docteur en médecine. — En 1553, les quatre ^livres paraissent ensemble. — Rabelais meurt vers 1553. — Le Cinquième livre paraît en 1562 seulement, et sous sa forme complète en 1564. — A partir de 1565, il figure dans toutes les éditions de Rabelais. Mais l'authenticité en est douteuse. Et si l'on songe que le cinquième livre, qui porte pour sous;titre Vile Sonnante, est celui qui contient les passages les plus hardis et les plus souvent cités de Rabelais, il serait à souhaiter que Ton pût établir enfin si, oui ou non, il en est l'auteur. L'a-t-il laissé en manuscrit à ses amis, avec ordre de ne le publier, par prudence^ que dix ans après sa mort? Est-ce, au contraire,
une sorte de pamphlet, doiil l'auteur a voulu s'abriter sous la renonimée de Rabelais ? — La question n'est pit» césolue.
En tout cas, une observation importante ressort de cette bibliographie, c'est que Rabelais, dont la vie active commence en 4523 pour s'achever en 1553, espace très largement la publication de son ouvrage, dont les différentes parties paraissent en 1533, 1535,1546 et 15^i8-52. Dàns les années intermédiaires, que d'études, que de voyages ! Ce livre ne fut évidemment pour lui qu'une distraction.
Analyse générale. — Dans son Prologue, Rabelais invite son lecteur à chercher, sous les bouffonneries, le sens de sa pensée. — Le livre I*'^ (Gargantua) se compose de 58 chapitres : — Gargantua, fils de Grandgousier et de Gargamelle, crie, en venant au inonde : à boire ! à boire ! Il boit le lait de 17.913 vaches; pour le vêtir, on consacre à sa chemise 900 aunes de toile de Châtellerault, à son pourpoint 813 aunes de satin blanc, à ses chausses 1.105 aunes d'estamet blanc, et à sa robe 9.600 aunes de velours b!eu. Après quelques détails plaisants sur son enfance, Rabelais arrive (ch. 13) à Vinsîiîufion de Gargantua; son père lui donne pour maître « un grand docteur sophiste » Thubal Holoferne, puis « un autre vieux tousseux », maître Jobelin Bridé. Bientôt, on le change de maîtres et de méthodes; il passe sous la discipline de Ponocratès. Mais, avant de se remettre au travail, Gargantua fait un voyage à Paris par Orléans; sa jument abat, en chassant les mouches avec sa queue, tous les arbres du pays de Beauce qui, depuis, n'est plus qu'une vaste plaine. A Paris, Gargantua se divertit à prendre les cloches de Notre-Dame pour les suspendre au cou de sa jument; l'Université lui envoie une députation, et Janotus de Bragmardo prononce une burlesque harangue, en latin macaronique, pour lui réclamer les cloches (ch. 19). Gargantua tonsent à les rendre. Rabelais développe ensuite (ch. 21-21) le plan d'éducation de Ponocratès, qui mérite une étude spéciale (1).
Bientôt, la guerre éclate entre Grandgousier et un de ses voisins, le roi Picroçhole. Les habitants de Lerné, sujets de Picrochole, envahissent le territoire de Grandgousier, et le ravagent sans éprouver de résistance, jusqu'à l'abbaye de Seuillé. Là, les moines, épouvantés, s'enferment dans leur chapelle, pendant que l'ennemi pille leur enclos, et font
(1) Cf. p. 227,
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d3S prières. Mais l'un d'eux, frcrc Jean des Knlommcures, saisit le bâton de la croix, et assomme les pillards au nombre de 13 622. Cependant, Picrochole continue la guerre; uaroantua, rappelé par son père, aidé de Gymnaste, de Eudemon et surtout de frère Jean, défait complètement 1 armée de Picrochole Pour récompenser frère Jean, Gargantua lui lait bâtir l'abbaye de Thélème (ch. 52-58), sorte de château magnifique, sans moines ni religieuses, destiné à recevoir un certain nombre de jeunes gentilshommes et de nobles demoiselles; le règlement est contenu tout entier dans cette formule : fay ce que voudras. Les journées se passent en divertissements et jeux de toutes sortes. Jeunes gens et jeunes filles sortent ue fabbaye pour se marier. r . ,
j^l^j^e II — Après une longue et plaisante généalogie des ancêtres de Gargantua, Rabelais raconte la naissance de son fds Pantagruel. Gargantua est joyeux d'avoir un si bel entant, mais cette naissance coûte la vie à sa femme Badebec, et il ne sait s'il doit rire ou pleurer. Le petit Pantagruel se montre aussi vorace que son père. Quand il est en âge d étudier, il parcourt les plus célèbres universités : Poitiers, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Avignon, Bourges, Angers, Orléans. 11 cause avec l'écolier limousin qui écorche si bien le latin visite à Paris la librairie (bibliothèque) de l'abbaye de Saint-Yictor, et reçoit une belle lettre de son père qui rengage a étudier avec zèle (ch. 8). Enfin, épisode décisif pour toute a smte de l'ouvrage, Pantagruel rencontre Panurge (dont le portrait occupe le ch. 16). Puis, après plusieurs aventures auxquelles est associé Panurge, il défait les Dipsodes et les géants.
Livre 111 — Ici commencent (ch. 9) les aventures de Panurge, qui, ne sachant s'il doit ou non se marier, consulte successivement Pantagruel, la sibylle de Panzoust, le muet Nazdecabre, le poète Raminagrobis, Épistémon (le précepteur de Pantagruel), le magicien Her Trippa (1), frère Jean des Entommeures, le médecin Rondibilis (2), le théologien Trouilloffan (3), le Juge Bridoye qui décide des procès en les jouant aux dés, le fou Triboulet, - sans obtenir une réponse affirmative ou négative. Pantagruel et Panurge se résolvent alors a partir pour consulter l'oracle de la Dive Bouteille. Le livre 111 se termine par la description et par l'énumération des vertus de l'herbe appelée panîagruélion (le chanvre).
(1) Henri-Corneille Agrippa, auteur de la Philosophie occuUe.
(2) Le docteur Rondelet, professeur de médecine à Montpellier.
(3) Comparer la scène entre Sganarelle et Marphurius, dans le Mariage forcé de Molière.
Livre IV. — Au port de Thalasse, s'embarquent Pantagruel, Panurge, frère Jean, Épistémon, Gymnaste, etc.. Un des premiers épisodes de ce voyage, est celui des moutons de Panurge (ch. 5-8): Panurge, insulté par un marchand/ Dindenault, qui va vendre des moutons en pays étranger, jure d'en tirer vengeance; il lui achète, après de longs et plaisants débats, un de ses moutons qu'il jette en pleine mer, et tous les moutons sautent à la suite du premier. Dindenault lui-même est entraîné par une de ses bêtes qu'il veut retenir, et se noie. On arrive à l'île des Chicanous (ch. 12); les chicanons sont les huissiers, les sergents, qui reçoivent souvent des coups de bâton, mais qui en Vivent. Les navires sont assaillis par une terrible tempête. Panurge se lamente, tandis que frère Jean se met à la manœuvre et contribue à sauver la flottille. Dès qu'on aborde, Panurge retrouve tout son courage, et gourmande plaisamment ses compagnons épuisés. — Relâche à Fîle de Tapinois, où règne Quaresmeprenant, dont Rabelais nous fait une curieuse anatomie (ch. 30-31), puis à l'île Farouche, séjour des Andouilles (35-42), — à l'île des Papefigues (ici, probablement, une satire des pro- • testants) (45-46), — à l'île des Papimanes (satire des catholiques), dont l'évêque Homenaz reçoit les voyageurs avec enthousiasme ] (48-54), — et chez Messire Gaster (l'estomac). '
Livre V. — Nous abordons à Vile Sonnante (Rome), et l'auteur \ énumère les différentes espèces d'oiseaux qui y pullulent, blancs, noirs, gris, rouges, bleus : clergaux, presîregaux, monagaux, i évesgaux, cardlngaux, et papegaut^ « qui est unique en son es- ^ pèce ». Tous ces oiseaux viennent d'une contrée lointaine nom- ] mée Joursanspaln. Pantagruel et son compagnon sont admis à voir Papegaut (1-8). Les vaisseaux s'arrêtent ensuite à l'île des ; Ferrements, où poussent toutes sortes d'armes et d'outils (9) ; — \ puis au Guichet, habité par les Chats-fourrés dont Grippe-mi- \ naud est l'archiduc. Ces chapitres (11 à 15) sont une violente \ satire des gens de justice. — L'île des Apedeftes, satire ^ contre les impôts, et contre ceux qui les perçoivent — Puis | (18-22), c'est le royaume de l'Entéléchie, dont la reine est dame ) Quintessence, filleule d'Aristote (satire de la Sorbonne et de la 1 scolastique). — Nouvelle satire des moines, dans l'île habitée ] par les frères Fredons (26-28). — Enfin, voici le pays de Lan- ' lernois, où se trouve l'oracle de la Dive Bouteille (ch. 31) ; ^ longue description du temple, de la fontaine (32-42) ; Panurge, initié par la prêtresse Bacbuc, entend le mot de la bouteille, Mnch (44). Bacbuc Ht dans un livre sacré la glose de ce mot : c'est buvez. ifl
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La composition et les caractères. — Iliade grotesque, suivie dame Odyssée satirique, l'œuvre de Rabelais est plutôt « successive » que « composée ». Le Gargantua (P^ livre) est la seule partie qui offre un commencement, un milieu et une fm ; toute l'histoire de Pantagruel s'en va à la dérive, sans aucun lien nécessaire entre les épisodes, et rien n'empêchait l'auteur de retarder jusqu'à un livre VP ou X« la réponse de la dive bouteille, but de ce voyage incohérent.
L'unité de l'ouvrage, et surtout de la deuxième partie,, est donc dans les caractères des personnages, qui, à travers tant d'aventures et de digressions, restent conformes à euxmêmes. Toutefois, les rapports et les proportions de ces personnages ne sont pas observés d'une façon continue et logique. Ces géants, Gargantua et Pantagruel, nous sont présentés, pendant leur enfance, comme les héros d'épisodes réellement « gigantesques » ; on voit encore Gargantua se comporter en géant dans son voyage à Pans, et Pantagruel quand il passe à Orléans, Mais que Pantagruel rencontre « l'écolier limousin », ou Panurge qui est « de stature moyenne », les deux interlocuteurs causent comme vous et moi. Pantagruel s'embarque avec frère Jean et Panurge; et, à partir de ce moment, il n'est plus un géant, on ne sait par quel mystère ? Aucun des habitants de nombreuses îles où il débarque ne fait de réflexions sur sa taille. En cela, le livre de Rabelais est bien inférieur au Gulliver de Swift, où l'auteur ne perd jamais de vue la disproportion physique, morale, intellectuelle de son héros, et en tire les plus heureux traits de satire
Cette réflexion faite, que valent en eux-mêmes les caractères? Sont-ils de puissantes incarnations de types humains, et Rabelais est-il un créateur au même titre que les grands romanciers français et étrangers ? — Ses géants sont braves et bons; mais leur psychologie est bien sommaire; ce sont des ogres bienfaisants. Pantagruel représente même une sorte de modération sceptique et d'indulgence paresseuse qui va jusqu'à l'absence de tout caractère. Quant à Panurge, « qui avait soixante et trois manières lie trouver de l'argent toujours à son besoing, dont la
pius honorable et la plus commune estoit par façon de larrecin furtivement faict, malfaisant, pipeur, beuveur, bateur de pavez, ribleur, s'il en estoit à Paris, au demeurant le meilleur filz du monde (1)... », il est, selon l'étymologie grecque de son nom, bon à tout faire, vaillant en paroles et lâche dans l'action, poltron et cruel; et il pousse le cynisme des discours jusqu'aux dernières limites. On se demande pourquoi le bon Pantagruel consent à accepter pour compagnon, à « aimer toute sa vie », à guider dans ses consultations et dans ses voyages un drôle de cette espèce. Sans doute, il y a là un contraste comique, imaginé par Rabelais pour faire rire, et nous serions peut-être naïfs d'y chercher un symbole. Enfin, frère Jean, le moine robuste et hardi, est plus sympathique ; si son langage est grossier, son cœur est honnête, et ses rudes propos sont moins inquiétants que les gentillesses de Panurge. — M. Ém. Faguet explique ces trois personnages (trois, en comptant les géants pour un seul) en disant qu'ils présentent chacun à leur manière un des aspects ou une des tendances de Rabelais lui-même, qui est à la fois sensé et prudent comme Gargantua et Pantagruel, énergique et batailleur comme frère Jean, basochien hâbleur et paradoxal comme Panurge. « Et c'est quelque chose que d^avoir ainsi donné, en se jouant, les deux ou trois grands traits généraux de la race à laquelle on appartient (2). » 11 n'en reste pas moins qu'aucune de ces créations n'est comparable au Falstaff de Shakespeare, au Don Quichotte et au Sancho de Cervantès, ou même au Gil Blas de Lesage.
Quelques caractères secondaires ne manquent pas de relief; ainsi Homenaz, évêque des Papimanes; Grippe-minaud, archiduc des Chats-fourrés, et Janotus de Bragmardo, délégué par la Sorbonne auprès de Gargaantua pour lui réclamer les cloches de Notre-Dame.
Les idées de Rabelais, leur sens et leur portée. — Mais Rabelais s'est moins préoccupé de faire œuvre d'art et de nous laisser des êtres logiques et vivants, que d'écrire
(1) Livre II, chap. XVI.
(2) ÉiM. Faguet, Seizième siècle, p. 95.
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une satire religieuse et sociale, et crénoncer, sous forme plaisante, une philosophie. Il est incontestable que Rabelais proteste contre les abus de son temps. Même sans tenir compte du livre, puisque son authenticité n'est pas assurée, et en négligeant l'Ile Sonnante et les Chatsfourrés, il suffirait des chapitres sur les Papimanes et sur les Chicanons, pour voir avec quelle hardiesse Rabelais attaque les moines, la discipline ecclésiastique, les cérémonies du culte, la politique et la personne des papes, la justice civile et criminelle. Seulement, ses lecteurs doivent être avertis qu'ils peuvent souvent prendre le change, et qu'il leur est difficile d'estimer ces traits à leur juste valeur. En effet, la plupart abordent l'œuvre de Rabelais sans préparation suffisante. Ils ignorent la littérature du moyen âge et celle de la première moitié du seizième siècle. Ils admirent dans Gargantua et dans Pantagruel bien des choses qu'ils seraient surpris de trouver ailleurs, dans Renart, dans le Roman de la Rose, dans les fabliaux, dans les farces, dans des ouvrages latins ou étrangers ; il faut en conclure que, dans une large mesure, Rabelais hérite du passé plutôt qu'il n'ouvre l'avenir; que ces prétendues hardiesses contre les moines ou les gens de justice sont des plaisanteries qui avaient traîné partout, depuis quatre siècles, et dont Rabelais n'a même pas le plus souvent renouvelé la forme. Il est vrai, d'autre part, que ces satires grossières ou piquantes prennent souvent chez lui un tour plus vif, et constituent, on n'en saurait douter, un système lié. Banales et traditionnelles, quand on les considère isolément, elles deviennent sous sa plume des arguments, s'il est vrai de croire, avec F. Brunetière, que Rabelais attaque tous ceux qui « déforment la nature sous prétexte de la redresser ». A Physis (Nature), il oppose Antiphysis. Et cette idée générale fait la profondeur relative de son œuvre bouffonne (1). Le symbole le plus clair de la philosophie rabelaisienne est ïabbaye de Thélème, dont la devise : Fag ce que voudras, est peutêtre, beaucoup plus que le Trinch de la Dive Bouteille, la
(1) F. Brunetière, Histoire de la liitératare française classique, I, p. 136-139,
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clef de tout le livre. Quant à ce Trinch (buvez), i\ faut probablement l'interpréter dans un sens figuré (s'abreuver de science) ; mais l'auteur du cinquième livre, quel qu'il soit, laisse ce sens douteux et confus.
A l'opinion de F. Brunetière, qui exagère peut-être j la profondeur philosophique de Rabelais, on opposera' utilement celle de M. Ém. Faguet, qui explique avec . beaucoup plus de simplicité et de clarté cette œuvre \ énigmatique (i).
La pédagogie de Rabelais. — Il convient de s'arrêter un peu aux théories pédagogiques de cet homme universel, qui futmoine, médecin, helléniste, hébraïsant, archéologue, etc. Pour bien comprendre son programme, nous devons lire d'abord la Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel (liv. II, chap. 8). Dans ce morceau, dont la rédaction est probablement antérieure à celle des « chapitres pédagogiques » du livre premier, Rabelais expose ses idées générales, qui peuvent se résumer ainsi : — Les parents se survivent dans leurs enfants, non seulement en corps mais en âme; aussi doivent-ils s'occupèr avec soin de leur faire donner de Véducaiion et de Vinslruction (... tant en vertu, honnesîeté et prudhomie, comme en tout savoir libéral et honneste). Mais jadis, pendant l'enfance de Gargantua, le temps était encore ténébreux et sentant Vinfélicité et calamité des Goths,,, Maintenant toutes disciplines sont restituées... Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies {bibliothèques) très amples... Que dirais-je? Les femmes elles filles ont aspiré à ceste louange et manne céleste de bonne doctrine... Que faut-il donc apprendre? A peu près tout : le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe, la géométrie, l'arithmétique, la musique, l'astronomie, l'histoire naturelle, la médecine, l'anatoniie... N'en doutons pas, Rabelais énumère ici tout ce qu'il a lui-même appris ou voulu apprendre. Cet « abisme de science », c'est son propre cerveau. «^Alais parce que, selon le sage Salomon, Sapience neutre point en âme malivole, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme, il ' îe convient, ajoute Gargantua, servir, aimer et craindre
(1) ÉM. Faguèt, Seizième siècle {Rabelais), p. 77,