‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 78 sur 281 · Montaigne · texte numérisé non relu

Montaigne

Vie. — Michel de Montaigne naquit le 28 février 1S33. Son nom patronymique est Eyquem, et sa famille avait acquis fortune et notoriété dans le grand commerce

bordelais. Le château de Montaigne, situé sur un tertre, au pied duquel coule la Lidoire, affluent de la Dordogne, fut acheté par Tarrière-grand-père de ^lichel, en 1477. Son père, Pierre Eyquem, y naquit en 1495, abandonna le commerce, fît la guerre en Italie, épousa une femme d'origine israélite, et devint conseiller à la Cour des aides et maire de Bordeaux en 1544. Nous savons par les Essais (II, 5) que Pierre Eyquem était un homme grave, doux, modeste, habile jusqu'en sa vieillesse aux exercices du corps. Son intelligence et son sens pratique se révèlent dans la méthode qu'il fît suivre à son fils Michel pour apprendre le latin. L'enfant fut, dès qu'il put parler, confié à un précepteur allemand qui ne savait mot de français, et qui dut se servir exclusivement avec son petit élève de la langue latine. « Quant au reste de sa maison, dit Montaigne, c'était une règle inviolable que ni lui-même, ni ma mère, ni valet, ni chambrière ne parlaient en ma compagnie qu'autant de mots de latin que chacun avait appris pour jargonner avec moi... J'avais plus de dix ans avant que j'entendisse non plus de français ou de périgourdin que d'arabesque; et, sans art, sans livre, sans grammaire ou précepte, sans fouet et sans larmes, j'avais appris du latin tout aussi pur que mon maître d'école le savait, car le ne le pouvais avoir mêlé ni altéré » (I, 25). Mais il y eut sans doute quelque mollesse dans l'éducation première de Michel; on l'éveillait, le matiîi, au son des instruments de musique, et il vagabondait une partie du jour avec les petits paysans des environs. Aussi l'enfant éprouvat-il une fâcheuse impression quand on le mit, à six ans et demi, au collège de Guyenne, à Bordeaux. Dans cette « geôle de jeunesse captive », Michel de Montaigne resta six ans, et continua à faire du latin; il y goûta particulièrement les poètes: Ovide, Térence, Virgile; ilyprit une part active aux exercices dramatiques, et joua des rôles dans es tragédies latines de Buchanan et de Muret. A treize ans, il commença à suivre les cours de la Faculté des arts de Bordeaux, où il eut pour maître un des plus célèbres c/ceroniens du temps, Marc-Antoine Muret. Il fit son droit à Toulouse, fut nommé conseiller à la Cour des aides de Périgueux, et y rencontra La Boétie, de deux ans plus âgé

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que lui, pour qui il ressentit dès le premier jour une amitié restée légendaire (I, 27).

Cependant, il passe au Parlement de Bordeaux. Il semble avoir rempli ses fonctions avec quelque nonchalance, pendant les seize années qnil les occupa. En effet, il fait de fréquents voyages à Paris ; il accompagne la cour à Barle-Duc (1561) et à Rouen (1563). Il se marie en 1565. Sa femme, fille d'un de ses collègues au Parlement, Françoise de la Ghassaigne, fut la compagne discrète et intelligente qui convenait à cet homme inquiet. Montaigne ayant perdu son père en 1568, riche par son mariage, et par son héritage, se démet de ses fonctions au Parlement de Bordeaux (1570). Le voilà devenu gentilhomme campagnard ; et c'est vers 1571 qu'il commence, dans sa librairie, cette série de lectures et d'analyses morales d'où doivent sortir les Essais.

En 1580, Montaigne (qui avait déjà publié en 1569 la traduction de la Théologie naturelle de Raymond de Sébonde) fait paraître, à Bordeaux, les deux premiers livres de ses Essais, Puis il entreprend un long voyage. Il quitte son château le 22 juin 1580, va d'abord à Paris où il présente au roi unexemplaire de son livre, se rend à Plombières où il prend les eaux, passe par la Suisse, la Bavière, le Tyrol, descend en Italie par le col du Brenner et Trente, s'arrête quelques jours à Venise, et arrive enfin à Rome où séjourne quatre mois. Il quitte Rome le 14 avril 1581 pour aller faire une cure aux bains délia Villa, près de Lucques. C'est là qu'il apprend son élection à la mairie de Bordeaux. Après un nouveau séjour à Rome, pendant lequel il reçoit le titre de citoyen romain qu'il avait sollicité, il revient en France, à petites journées : le 30 novembre 1581, il était de retour en son château de Montaigne.

Montaigne nous a laissé une relation de son voyage;sorte de journal dicté à son valet de chambre, et où il parle de lui à la troisième personne. Ce journal n'a été publié qu'au dix-huitième siècle. Sa lecture cause d'abord quelque déception; on croyait y trouver des vues plus originales et plus profondes sur les mœurs des peuples que Montaigne a visités. A la réflexion, ces détails menus, ironiques dans leur puérilité, sont bien ce que l'on devait attendre

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de railleur des Essais, observateur pénétrant des contradictions humaines. Ajoutons, pour c«ux que la partie médicale de ce voyage rebuterait, que Montaigne ne destinait en aucune façon ces notes au public (1).

Maire de Bordeaux (un peu malgré lui, s'il faut Ten croire), Montaigne, pendant deux années, remplit ses fonctions avec exactitude et tranquillité. Réélu en 1583, il se trouva pris bientôt dans des difficultés sérieuses, la Guyenne étant fort agitée par les démêlés entre le roi de Navarre, le futur Henri IV, et le roi de France Henri III. La peste ayant éclaté en 4o8o, Montaigne, qui venait d'être malade, refusa de quitter son château. Sans doute, il manqua de courage civique, et on opposera toujours à son abstention trop prudente l'héroïsme de Rotrou qui revint mourir à Dreux, où l'appelait sa charge de lieutenant criminel. Mais la plupart de ses biographes l'excusent au nom de ses devoirs d'époux et de père, et font observer qu'il montra un véritable stoïcisme auprès de La Boétie atteint d'une maladie contagieuse, qu il assista jusqu'au dernier soupir (2).

Désormais, Montaigne renonça à toute vie politique et civile. Il s'enferma de nouveau dans sa librairie, et il travailla si bien qu'en 1588, il put donner au public une seconde édition des Essais, en trois livres, dont le dernier était entièrement nouveau, et dont les deux premiers étaient augmentés de plus de 600 additions. Pour faire imprimer son ouvrage, Montaigne vint à Paris. De là, il se rendit aux États de Blois. Après l'assassinat de Henri III, il résista aux avances de Henri IV qu'il connaissait et qu'il idmait, et il ne quitta plus son château, où il mourut très chrétiennement, le 13 septembre 1592, âgé de cinquanteneuf ans.

Les éditions des « Essais ». — Le texte ordinaire de Montaigne, la vulgale, est celui de 1595 : cette édition fut donnée, trois ans après la mort de l'auteur, par Mlle de Gournay, sa « fille d'alliance », et le poète bordelais Pierre

(1) Lire un passage de ce journal dans les Extraits de Monîaigne, de M. Jeanroy (Hachette).

(2) Cf., sur cette question, P. Bo:<:^efo'S, Montaigne et ses amisA.

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de Brach, sous l'active et fidèle surveillance a. Mme de Montaigne. Depuis son édition complète de 1588, Montaigne avait, en effet, retouché, complété, surchargé le texte; il préparait une réimpression, que sa mort, surve^ nue en 4592, Tempêcha de faire exécuter lui-même. La bibliothèque municipale de Bordeaux possède un exemplaire de 1588, couvert d'additions et de corrections de la main même de Montaigne; cet exemplaire offre de notables différences avec Tédition de 4595, qui dut être imprimée d'après une autre révision, aujourd'hui perdue. — ( ) Il a donc : 4° l'édition de 1580, comprenant le texte primitif des deux premiers livres; l'édition de 4588, contenant les trois livres, et qui est la dernière imprimée du vivant de Montaigne; 3^ l'édition de i^do, posthume, publiée d'après un texte retouché par Montaigne; 4^ l'exemplaire de Bordeaux (4). Cette quesHon de bibliographie est intéressante, parce que l'examen de ces différentes éditions permet de suivre le progrès et les fluctuations de la pensée de Montaigne.

Comment Montaigne a composé lés « Essais ». — Ce n'est pas, en effet, d'une manière suivie, d'après un plan, ou même pour développer une théorie philosophique arrêtée d'avance, que Montaigne a écrit ses Essais. Le titre même du livre le prouve : essais, qu'est-ce à dire ? sinon tâtonnements, va-et-vient, retouches, absence de dessein et de but, impossibilité de classer et d'intituler.

Montaigne, une première fois, de 1571 à 1580, s'enferme dans son château. Il a le goût des livres. 11 lit. Et comme il va de préférence aux moralistes et aux historiens, et qu'il ne lit point passivement, l'esprit critique s'éveille en lui; il pense, et il juge. Pour juger, il compare. Le terDiO de comparaison qui lui est nécessaire, il le prend non pas dans une doctrine philosophique ou théologique, dont les

(1) Le texte de 1580 est reproduit dans l'édition Dezeimeris eî Barckhaiisen (Bordeaux, 1870). Le texte de 1588, dans l'édition Motheau et Jouaust (Paris, 1885). Le texte de 1595, dans l'édition Courbet et Royer (Paris, 1872). Le texte de Bordeaux dans l'édition de Slrowsky (Bordeaux, 1906.)

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principes le guideraient dans ses décisions; il le prend en lui-même, en l'homme naturel qui est en lui. On imagine volontiers qu'il dut, pendant bien des jours, se contenter de suivre, nonchalamment, sans rien écrire, les capricieuses spirales de ses pensées; qu'il transcrivit ensuite, pour les collectionner, quelques anecdotes de Plutarque, quelques maximes de Sénèque; puis, comme il avait la plume à la main, il ne put se tenir de noter, tout à côté de ces extraits, d'abord des rapprochements et des comparaisons, bientôt des réflexions personnelles. Il prit goût à ce jeu. Le texte des anciens ne devint plus qu'un prétexte^ et Montaigne s'engagea insensiblement dans la rédaction de ses mémoires psychologiques, mais en « honnête homme qui ne se pique de rien », en causeur qui se défend de faire un livre, qui ne cherche aucun cadre factice pour y enfermer ses pensées, et qui évite plutôt, parce que ce serait une contrainte et un risque de déformalion, tous les préceptes des anciens et des modernes sur Vart d'écrire. C'est ainsi que se formèrent, au jour le jour, les deux premiers livres des Essais.

Montaigne voyage. Il revient, ayant visité des « pays estranges ». Il s'est « frotté et limé la cervelle à celle d'autrui ». Il est premier magistrat d'une ville riche et populeuse. Son expérience est plus vaste et plus profonde. Pendant -les loisirs de sa charge, et surtout quand il en est libéré, avec quel plaisir il s'enferme dans sa tour ! Tout en lisant, et surtout en relisant, il revient à ce qu'il a déjà écrit; il le complète, il le fortifie, il le confirme, et il entrevoit d'autres sujets, d'autres chapitres. C'est l'édition en trois livres qui sort de cette seconde période de retraite. Il semble qu'après 1588, Montaigne ait exprimé, dans sa vigoureuse maturité, tout le fond de sa pensée, ou du moins qu'il n'ait plus à revenir sur l'ouvrage qu'il avait « hypothéqué au public ».

Il le reprend cependant, cet ouvrage ; et, comme à rapproche de la vieillesse bien des choses apparaissent, auxquelles on n'avait pas songé, Montaigne ajoute encore, et prépare la nouvelle édition qu'il ne verra point. Plus sceptique peut-être, mais surtout plus sage, il estime que l'on ne saurait tropprouver aux hommes la nécessité d'être

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modérés et tolérants. Aussi acciimule-t-^*l les citations et les anecdotes, car il ne veut pas qu'on l'en croie sur parole, et il appuie ses réflexions du plus grand nombre possible de témoignages. , , ,

Ainsi, tandis que Rabelais donnait, a de longs intervalles, les différentes parties d'un ouvrage, sans modifier les précédentes, Montaigne, à mesure qu'il continuait à travailler, revenait à deux reprises sur ses deux premiers livres, et corrigeait le troisième.

Le but de Montaigne. — Quelle peut être l'unité d'un livre, dont il ne faut plus dire, on le voit, qu'il fut composé ? Cette « marqueterie mal jointe », plusieurs fois retouchée, et surchagée« d'emblèmes supernuméraires», donnet-elle du moins, à qui la considère dans l'ensemble et d\m peu loin, après qu'il s'est longtemps amusé aux détails, l'impression d'un motif équilibré et harmonieux? C'est Montaigne lui-même qui nous répondra.

D'abord, dans la courte introduction qu'il adresse Au lecteur, Montaigne nous dit : « C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée... Je veux^qu on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice : car c'est moi que Je peins.. > Je suis moi-même la matière de mon livre... » — Il dit ailleurs (1,8): « Dernièrement que je me retirai chez moi, délibéré autant que je pourrais de ne me mêler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oisiveté s'entretenir soi-même et se rasseoir en soi... » — Et encore (II, 10) : « C'est ici purement l'essai de mes facultés naturelles et nullement des acquises... Qui sera en cherche de science, si la pèche où elle se loge. Il n'est rien de quoi je fasse moins de profession : ce sont ici mes fantaisies par lesquelles je ne tâche point à donner à connaître les choses, mais moi.,, » — Au chapitre 17 du même livre II, c'est encore plus net : « Le monde regarde toujours vis-à-vis ; moi, je renversf^ ma vue au dedans : je la plante, je l'amuse là. Chacun regarde devant soi ;

moi, je regarde dedans moi. Je n'ai a/faire qu'à moi. Je me considère sans cesse, je me contrôle, je me goule... Moi, je me roule en moi-même (1). »

Mais ce projet de se peindre serait un sol projel, pour employer l'expression sévère de Pascal, si Montaigne avait prétendu nous intéresser uniquement à sa petite personnalité. S'il est vrai qu'il nous ait donné trop complaisamment quelques détails sur sa vie privée, sur sa nourriture, ses vêtements, sa santé, il ne faut pas trop s'y arrêter. Au fond, il n'a point entrepris, comme Rousseau, d'orgueilleuses confessions, oii son moi intolérable s'étale et s'impose. De lui, il ne parle, nous l'avons dit, que pour contrôler par son bon sens et par son expérience ce que les écrivains anciens et modernes lui apprennent d'autrui. << Le charmant projet qu'il a eu de se peindre, dit Voltaire, car en se peignant il a peint la nature humaine ! » Qu'il ait donc commencé par étudier Thomme en général, et qu'il soit arrivé à chercher des témoignages en luimême, ou qu'il ait voulu d'abord se peindre et qu'il ait été conduit à généraliser ses découvertes, l'unité du livre de Montaigne est dans cet aimable moi qui n'a rien, certes, de haïssable, auquel nous sommes toujours ramenés, et qui semble être le centre de tant de lignes venues de tous les points de l'horizon humain.

Il en est de Vindiuidualisme de Montaigne comme de celui des grands romantiques. Montaigne nous dit : « Chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition >x (III, 2). Et le poète moderne a dit : « Insensé, qui croyez que je ne suis pas vous ! » Ne fait pas qui veut un livre à la fois très personnel et universel ; n'est pas qui veut capable de penser et de sentir avec tous et pour tous. Montaigne, avant Chateaubriand et Musset, en est un, exemple unique.

(1) Voyez encore livre II, chap. VI, après que Montaigne vient d'analyser en détail les sensations qu'il a éprouvées à la suite d'une chute de cheval : « 11 y a plusieurs années que je n'ai cfue moi pour visée à mes pensées, que je ne contrôle et n étudie que moi... » — Il dit encore (III, 5) : « Je suis affamé de me faire connaître. »

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Philosophie de Montaigne. — Au moyen do cette enquête entreprise parallèlement sur lui-même et sur le genre humain tout entier, à quel résultat Montaigne a-t-il abouti? — On ne sera pas surpris qu'un livre aussi décousu que les Essais ait pu donner lieu à des interprétations diverses, Montaigne lui-même semble avoir commencé par être un dilettante, qui serait devenu peu à peu un sceptique et un épicurien (1). On pourrait dire que d'abord il s'amuse des contradictions humaines, puis qu'il en tire un système, si ce mot système ne répugnait à sa libre allure.

Ce scepticisme est essentiellement basé sur cette constatation que l'homme est un être mobile, « ondoyant et divers », incapable d'atteindre la vérité: ni la science, ni la raison, ni la philosophie ne peuvent le guidez:. Il obéit à la coutume, aux préjuges, à V intérêt, au fanatisme ; il est le jouet des circonstances extérieures, et de ses propres impressions. Ce procès de l'homme, dont les élénients sont disséminés partout dans les Essais, devient un réquisitoire ardent et presque suivi dans le fameux chapitre XII du livre II, V Apologie de Raymond de Sébonde, dont Sainte-Beuve a fait, au livre II de son Port-Royal, une si pénétrante analyse. Il est vrai que ce chapitre se termine par une conclusion chrétienne, mais assez inattendue, et qu'on accusera toujours d'être ou peu sincère, ou peu logique. L'impression générale que donne Mon-^ taigne à qui l'a lu et relu, c'est d'ailleurs moins celle d'un véritable sceptique, qui prend plaisir à ruiner la certitude et qui s'amuse malignement de la sottise ou de l'impuissance humaine, comme Voltaire, que celle d'un modéré très intelHgent qui, à l'époque où chacun s'écrie : « Je sais ! » et anathématise ou tue son prochain pour imposer sa vérité à lui, murmure doucement : « Que sais-je ? » Toute opi^ mon extrême et tranchante le blesse. La plupart de ces vérités ne sont pour lui que conjectures. Il nous invite surtout à suspendre notre jugement. Et la balance qu'il a fail: graver au frontispice des /s est moins encore l'emblème du doute que le symbole de l'équité.

D'autre part, Montaigne est un épicurien ; il a, comme

(1) F. Brunetière, Hlst, de la lilî. fr. classique, I, 614.

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Rabelais, pris parti pour la naliire contre toutes les disciplines. A côté du quesais-je'i il aurait pu, lui aussi, écrire: Fais ce que voudras. Dans les derniers chapitres des £'55a/s il nous donne sur ce point des formules qui doivent contenir toute sa pensée. C'est là qu'il dit : « Le plus simplement se commettre à nature, c'est s'y commettre le plus sagement. Oh! que c'est un doux et mol chevet et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, à reposer une tête bien faite!... Laissez faire un peu à nature ; elle entend mieux nos affaires que nous » (III, 13). Et encore : « Nous ne saurions faillir à suivre nature : lé souverain précepte, c'est de se conformer à elle. » — A voir comme il insiste partout sur la nécessité de vivre en soi et pour soi, et comme il cherche à détacher l'homme de tout ce qui peut le troubler, on reconnaît en lui moins encore un continuateur qu'un contradicteur de Rabelais. Tous deux, en effet, prêchent le retour à la nature. Mais Rabelais ne veut nous dégager des contraintes et des traditions que pour exalter nos énergies et faire de nous des hommes affamés de science et d'activité; Montaigne nous ramène à Nature, comme à la source cachée de toute modération et de toute tranquillité.

Quoi qu'il en soit, Montaigne a été suspect à Pascal, à Bossuet, à Malebranche, à tous ceux qui, reconnaissant que l'homme est faible et vicieux, cherchent à le corriger et à le discipliner. Tandis que les sceptiques illustres l'ont adopté pour leur maître : les libertins du dix-septième siècle, Bayle, Voltaire, les encyclopédistes et les rationalistes du dix-neuvième siècle. Il y a bien, dans cette admiration pour Montaigne, de la part de ceux qui croient au progrès et qui de toutes leurs forces y ont travaillé, quelque contradiction assez singulière; mais ils ont aimé en lui le destructeur ironique et implacable, celui qui a dit : « La peste de l'homme, c'est ToDinion de savoir », et qui, en ruinant le dogmatisme, a préparé le terrain kH libre pensée moderne.

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Principaux chapitres de Montaigne. — Une analyse de^ Essais est impossible ; c'est à peine si tel chapitre pris à part supporte cette analyse. Et, d'autre part, comment choisir parmi ces pages où tout est également séduisant ? Nous voulons donc seulement signaler quelques chapitres qu'il faut avoir lus d'abord, pour comprendre et pour goûter Montaigne.

Livre premier. — Au chap. 8 (De lOisiveté) Montaigne nous apprend dans quelles circonstances il écrivit ses Essais. — Chap. 9 {Des Menteurs). Montaigne se plaint de sa mémoire. — Chap. 18 {Qu'il ne faut pas juger de notre heur [bonheur] qu'après la mort). Allusions àla mort de La Boétie. — Chap. 19 {Que philosopher, c'est apprendre à mourir). Un des plus beaux morceaux de Montaigne ; un des plus caractéristiques de sa façon de composer et d'écrire. — Chap. 22 (De la coutume). Énumération touffue et rageuse des contradictions humaines, d'un temps à un autre, d'un peuple à un autre. — Chap. 23 (Divers événements de même conseil). Là, se trouve l'histoire d'Auguste et de Cinna, d'après Sénèque. — Chap. 24 {Du Pédanîisme). C'est pour ainsi dire l'introduction négative du chapitre suivant. — Chap. 25 {De l'Instruction des enfants). Exposé aussi peu méthodique que possible des idées pédagogiques de Montaigne ; nous y revenons plus loin. -— Chap. 26 (C'est folie de rapporter le vrai et le faux au jugement de notre suffisance). Ce titre mérite d'être cité comme une des formules du scepticisme de Montaigne. — Chap. 27 (De r Amitié). Célèbre passage sur La Boétie. — Chap. 30 (Des Cannibales). Bon à lire pour connaître le Montaigne paradoxal, véritable précurseur de Rousseau. — Chap. 40 {Que le goût des biens et des maux dépend, en bonne partie, de lopinio,^ que nous en avons). Encore un titre qui est une formule. — Chap. 66 (Des Prières). Très intéressant pour la pensée religieuse de Montaigne ; surprend par sa gravité et son éloquence.

Livre second. Chap. 2 {De l'Ivrognerie). Encore un chapitre typique, du plus piquant et singulier mélange. Jl s'y trouve un portrait de son père. — Chap. 4 {A demain les affaires). Contient un célèbre jugement sur le Plutarque d'Amyot, â rapprocher de celui du chapitre 10. — Chap. 6 (De l'Exercitation). Montaigne y parle beaucoup de lui-même ; il analyse avec une admirable précision les sentiments et les sensations qu'il a éprouvés à la suite d une chute et d'une syncope.-^ Chap. 10 {Des Livres). Série de jugements sur ses lectures. Très important. — Chap. 12 {Apologie de Raymond de Sébonde). L' « arsenal » des arguments sceptiques de Montaigne; c'est là que Pascal a surtout puisé pour la partie négative de son Apologie, et c'est surtout d'après de chapitre qu'il juge Montaigne dans l'Entretien avec M. de Saci. Il faut lire l'analyse qu'en fait Sainte-Beuve {Port-Royal,

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livre II), en la corrigeant par l'étude de M. É. Faguet {Seizième siècle) (1). — Chap. 17 {De la Présomption). Montaigne y parle de son style, de sa méthode, de ses habitudes, de sa personne physique et morale; c'est un des chapitres les plus importants de son autobiographie ; à la fin, il nous dit quelques mots de sa « fille d'alliance », Marie de Gournay. — Chap. 32 [Défense de Sénèque et de Plutarque).

Livre troisième. — Chap. 2 {Du Repentir). Montaigne y parle beaucoup de sa sincérité, et de la façon dont il prétend se peindre. — Chap. 3 {De Trois Commerces). Encore un des chapitres essentiels pour l'analyse du caractère de Montaigne. 0 y décrit avec complaisance sdi librairie (bibliothèque). — Chap. 5 {Sur des vers de Virgile). C'est un des plus longs de ce livre, un de ceux où Montaigne parle le plus sincèrement de lui, et de son style. — Chap. 8 {De l'Art de conférer). La conférence, ici, est la conversation. Il faut comparer ce chapitre à celui de La Bruyère sur la Société et la Conversation. — ChRp.lS {De r Expérience). On y trouve, en quelque sorte, les conclusions épicuriennes des Essais.

La Pédagogie de Montaigne. — Il ne faut pas demander im système à Montaigne, pas plus en pédagogie qu^en toute autre chose. Attendons-nous plutôt à la discussion critique O.es abus de son temps, et à quelques conseils pour les éviter. Quant à un programme, il n'y en a point.

4^ Montaigne blâme, dans VinslihiUon des enfants comme dans la vie, la recherche de la science poux elle-même. « Je dirai volontiers que comme les plantes s'étouffent de trop d humeur et les lampes de trop d'huile, aussi fait Taction de l'esprit, par trop d'étude et de matière » (1, ^26). — Cette science, les enfants l'absorbent uniquement par la mémoire, « Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides... »(I, 24). « Savoir par cœur n'est pas savoir... Fâcheuse suffisance, qu'une suffisance pure livresque » (1, 25). — Montaigne critique vivement la dispute scolastique, grâce à laquelle, au lieu de raisonner d'après les lois de la raison et du bon sens, on se préoccupe seulement d'appliquer des formules. (Sur ce point, voir en particulier le chapitre de VArt de conférer (III, 8). — Il proscrit les châtiments,

(1) Dans les Extraits, de M. Jeanroy, on trouvera une analyse très intelligente de ce chapitre, p. 171.

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« . . Vous n'oyez (dans les écoles) que cris, et d'enfants suppliciés, et de maîtres enivrés en leur colère. Quelle manière d'éveiller Tappétit envers leurs leçons, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d'une trogne effroyable, les mains armées de fouets... Combien leurs classes seraient plus décemment jonchées de fleurs et de feuilles, que de tronçons d'osier sanglant I » (I, 25). Voilà pour la partie néqaîhe de sa pédagogie.

2^ Quel but nous propose-t-il, et quelle méthode pour y atteindre ? 11 veut tout d'abord que l'on s'occupe de former le jugement, en considérant la science comme un inslriiment. « Le gain de notre étude, c'est d'en être devenu meilleur et plus sage» (I, 25). « Il faut s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant» (I, 24). — 11 demandera donc pour l'enfant un précepteur« qui ait plutôt la tcte bien faite que bien pleine, et qu'on y requit tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science » (1,25). Ce précepteur donnera surtout à son élève desleçons de choses et d'expérience ; il l'obligera à regarder et à discerner. « Je ne veux pas qu'il parle seul, je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour... 11 est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train... » (I, 25). — On mènera l'enfant dans la société, « dans l'école du commerce du monde » (I, 25). Et partout, on provoquera, en toute occasion, son jugement. On lui apprendra, par l'usage, Yarl de conférer (III, 8). — Bientôt, il faudra étendre le champ de son expérience, d'abord par la leclure, puis par les voyages. Montaigne a pour auteurs favoris, d'une manière' générale, les historiens et les moralistes, c'est-à-dire ceux qui nous apprennent quelque chose de l'homme intime ou de l'homme vivant avec ses semblables, et plus particulièrement : Plutarque, Sénèque, Tacite, Commines ; et parmi les poètes : Térence, Horace, Virgile, Ovide. L'enfant voyagera, non pour voir de vaines curiosités, « mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui » (I, 25).

3« Mais « ce n'est pas assez de lui raidir l'âme ; il faut aussi lui raidir les muscles » (I. 25). L'enfant non seulement apprendra tout ce que doit savoir un jeune gentil-

LA LITTÉRATURE FRANÇAISf

homme, équitation, escrime, danse, etc., mais encore se fortifiera d'avance contre toutes les douleurs physiques ; et, pour .qu'il y arrive, on ne le laissera pas chez ses parents, toujours inquiets du moindre excès et disposés à le soustraire aux expériences dangereuses.

L'avantage d'une pareille méthode est de former un homme à Fesprit ouvert, au jugement équitable, à la conversation aisée, à la tenue distinguée, au tempérament robuste sous l'élégance des manières ; bref, c'est « l'honnêLe homme» du dix-septième siècle, tel qu'on le trouvera défini chez le chevalier de Méré, et chez La Rochefoucauld. Mais cet homme du monde, charmant dans un salon et stoïque sur le champ de bataille, risque bien de n'être dans la vie privée, comme fils, comme époux, comme père, qu'un prudent égoïste.

Le style de Montaigne. — Deux qualités essentielles dans ce style : il est primesauîier : il est imagé : Montaigne est un des écrivains les plus spo/2fa«^?'5 de notre littérature, et il Test toujours avec bonheur. L'allure de sa phrase est vive, capricieuse, imprévue. « C'est, dit M. Ém. Faguet, un style de conversation animée et gaie, un peu taquine et paradoxale de temps en temps. On y croit entendre le rire léger et clair, l'éclat de voix sur une riposte, puis le murmure agile de la parole qui court sur un propos favori et se précipite... Montaigne voudrait que sa pensée sautât de son esprit sur le papier avec l'allure même qu'elle avait en naissant. Cela ne s'obtient nullement en laissant courir sa plume, mais au contraire en retrouvant, dans un effort plus ou moins grand, par la réflexion, ce mouvement, ce geste premier de la pensée jaillissante. II y réussit merveilleusement ; il a en cela, comme écrivain, de véritables qualités d'auteurs dramatiques (I). » — De plus, ce style est imagé comme celui cVim poète, d'un vrai poète, qui ne plaque pas des images sur des abstractions, mais qui pense par images, et qui voit tout ce qu'il imagine. Aussi, malgré la variété et 1 abondance de ces métaphores qui se succèdent souvent sans s'enchaîner, n'éprouve-t-on jamais la fatigue que cause, par exemple.

(1) Ém. Faguet, Seizième siècle, p. 417.

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le style de Michelet. Il semble qu'on se promène dans un jardin plein de fleurs qui jaillissent çà et là un peu à l'aventure, mais dont les codleurs et les parfums forment le plus suave mélange,

II, Après MoîitatgiîC.

Pierre Charron (1541-1603), — Fils d'un libraire de Paris, et d'abord destiné au barreau, Pierre Charron fit de fortes études de droit, à Orléans et à Bourges. Il devint l prêtre, et acquit rapidement une réputation comme prédicateur. C'est pendant qu'il prêchait à Bordeaux, en 1589, ^ qu'il fit la connaissance de Montaigne. Celui-ci lui légua, K par testament, le droit de porter ses armoiries (1). En ^'-^ 1594, Charron publia les Trois Vérités (il y a un Dieu, la religion chrétienne est la seule vraie, — la religion catholique est la seule forme orthodoxe du cliiûstianisme). En 1600, il donna un recueil de Discours chrétiens, et, en I 1601, le Traité de la Sagesse,

La Sagesse de Pierre Charron se divise en trois livres : « Le premier livre, écrit l'auteur lui-même, est tout en f la connaissance de soi et de l'humaine condition préparative à la sagesse ; le second contient les traits, offices (devoirs) et règles générales et principales de la sagesse ; le tiers, contiennes règles et instructions particulières de la i sagesse, et ce par l'ordre des quatre vertus principales et i morales, prudence, justice, force, tempérance.,, » On est frappé, à la seule lecture de ce plan, de constater que cet ami et disciple de Montaigne, est méthodique et didactique. Il lui arrive même assez fréquemment d'introduire des tableaux synoptiques dans ses développements. Mais il est ^\ bien, malgré les apparences, un disciple de Montaigne, I et qui pousse à leurs conséquences les insinuations de son maître. Celui-ci disait : Que sais-je ? Charron dit : Je ne sais. Il est difficile d'affirmer que Charron fut réellement un sceptique. Faut-il, avec le P. Garasse, l'appeler le Patriod^che des esprits forts ? faut-il admettre que Charron n'a voulu miner la raison humaine que pour

(1) « D'azur semé de trèfles d'or, à une patte de lion de même, -r' armée de gueule, mise en fasce, »

LA LlTTÉlîATURE FRANÇAISE

mieux faire sentir la nécessité absolue d^une religion révélée ? C'est possible. Ce serait le plan même de Pascal, mais exécuté avec une gaucherie suspecte. Quoi qu'il en soit, les libertins tirèrent à eux ce traité d'un prêtre et d'un prédicateur, qu'ils prirent ainsi plaisir à convaincre d'inconséquence. .

Parmi les chapitres de Charron qui gardent aujourd'hui un certain intérêt, signalons ceux qu'il consacre aux Devoirs des parents et des enfants (III, 14). Dans l'histoire de la pédagogie, entre Rabelais et Montaigne, d'une part, Rousseau et Locke de l'autre, Charron doit tenir sa place.

Guillaume du Vair (1556-1621), — D'abord conseiller au Parlement de Paris, G. du Vair, pendant les troubles de la Ligue, appartint au parti des modérés, avec de Harlay, deRrisson, et les auteurs de la Satyre Ménippée. Après la journée des Rarricades, il prononça une courageuse harangue contre les partisans du duc de Guise. En 1593, député de Paris aux États de la Ligue, il protesta éloquemment, dans son discours sur la loi salique, contre les menées de ceux qui préparaient l'avènement au trône de France d'une princesse espagnole. Henri IV nomma du Vair premier président du Parlement de Provence, à Aix; et la reine régente Marie de Médicis le lit garde des sceaux. En cette dernière qualité, il prononça encore de remarquables discours.

Mais nous avons surtout à nous occuper ici du moraliste. G. du Vair a écrit, dans l'intervalle de ces séances orageuses où brillait son éloquence, un traité De la constance et consolation ès calamités publiques, qui, par la forme dialoguée et la beauté un peu oratoire du style, peut se comparer aux Tusciilanes ou aux Académiques de Cicéron. Mais ce traité évoque aussi un rapprochement avec Rossuet; du Vair y a tracé un tableau des révolutions des empires, qui fait songer au Discours sur Vliistoire universelle. — Dans un autre traité, la Sainte Philosophie, du Vair tente d'établir un heureux accord entre la foi et la raison. G. du Vair n'est pas un disciple de Montaigne. Il représente plutôt, avec une sorte de grandeur à la fois stoïcienne et chrétienne, l'état d'esprit de ces hommes

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mêlés aux affaires de leur temps, et soucieux de fortifier au milieu de tant de troubles, le cœur et la raison de leurs concitoyens.

G. du Vair est un remarquable écrivain, vrai prédécesseur de Balzac pour le nombre et l'ampleur de son style oratoire. Orateur, il l'est toujours, jusque dans ses traités moraux; et il nous a laissé un ouvrage: De Véloquence française et des raisons pourquoi elle est restée si basse, qui permet encore de le rapprocher de Cicéron, auteur du Brulus, de Fénelon, auteur de la Lettre à V Académie, et qui fait honneur à son sens critique. Et ceci nous amène à rappeler enfin que G. dcr Vair a connu intimement Malherbe, tandis que celui-ci, en Provence, cherchait encore sa voie; du Vair lui a donné d'excellents conseils, et il f^uit attribuer, dans une certaine mesure, à Fauteur de VÉloqaence française, le goût sûr et le style plus oratoire que poétique du premier théoricien de la poésie classique.

BIBLIOGRAPHIE

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Des Granges. Littérature.

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