‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 8 sur 281 · TABLEAU GÉNÉRAL DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

TABLEAU GÉNÉRAL DU MOYEN AGE

au qiiatoj^zièiiie siècle, la question des genres est plutôt spécieuse.

a) Le théâtre, qui paraît fournir l'argument le plus positif, se rattache, pour le genre sérieux, au Mystère d'Adam (mi^ siècle) j aux m/rac/e^ de Notre-Dame{xin^ et xive siècles), au Jeu de saint Nicolas de J. Bodel (xiii^ siècle), et, pour le genre comique, aux œuvres d'Adam de la Halle- (xiii® siècle), et, comme nous le dirons en son lieu, à un répertoire auj ourd'hui disparu^ mais dont Texistence est incontestable.

b) Quant à la poésie lyrique, il n'y a vraiment que des différences de talent à génie entre un Rutebeuf (xiii^ siècle) et un Villon (fin du xv^).

c) Sans compter que ni l'esprit général du moyen âge, ni ses croyances, ni ses méthodes d'enseignement, ni ses mœurs, n'ont essentiellement changé ; il faut attendre les premières années du seizième siècle.

Ainsi, les deux opinions peuvent se soutenir. Nous avons douQ cru bien faire, pour faciliter l'usage pratique de ce hvre, de conserver la division par g-enres, dans toute l'étendue de cette longue suite d'années (812-1515 et 1548 pour le théâire).

îi. — Principes à suivre dans l'étude des œuvres littéraires du moyen âge.

Mais précisément parce qu'on présente chaque genre dans son développement, des origines au seizième siècle, il faut prévenir le lecteur que l'esprit historique doit rester à la base de toutes ses appréciations, et lui bien inculquer, dès le début, quelques principes de critique tout à fait particuliers à l'étude du moyen âge. Nous pouvons les résumer ainsi :

1° D'une manière générale, cette littérature ne s'adresse pas à des lecteurs, mais à des auditeurs. De là certains caractères extérieurs, qui choquent nos yeux: l'abus des mêmes formules de transition, des clichés destinésà évoquer certains personnages ou tableaux de convention, des négligences et des prolixités qui sentent le bavardage, des symétries et des refrains, etc. Pour des gens qui ne lisaient pas le texte et qui ne devaient jamais le lire (ce qui, aujour-

LA U lTÉHATURB FRANÇAISE

(rilui, n'est même plus le cas du théâtre), ces défauts passaient inaperçus, et étaient nécessaires.

2° Jusqu'au quinzième siècle, et surtout en poésie, presque aucun ouvrage, à Texception des Mémoires et de certaines Chroniques, n'est original au sens où nous l'entendons aujourd'hui, ni ne peut être considéré comme donnant à sa date des indications exactes sur les mœurs et sur les sentiments des contemporains. Tout sujet épique, lyrique, satirique, dramatique, non seulement est repris de génération en génération (ce qui a lieu dans toutes les littératures et dans tous les siècles) ; mais, pour user d'une comparaison qui rend la chose très sensible, supposez un monument sans cesse refait, où l'on conserve des parties très anciennes, où les styles se juxtaposent et s'amalgament, où la date inscrite par le dernier architecte ne s'applique en réalité qu'à un fronton, à une toiture, ou à un crépissage. Ainsi la Chanson de Roland, dans sa forme du onzième siècles contient des fragments d'une ou de plusieurs rédaction, antérieures, qui forment des disparates avec les parties plus récentes. Que sera-ce dans telle chanson dont le texte retrouvé est du treizième siècle ! De même pour les différentes branches du Roman du Renard, pour presque tous les fabliaux, pour la plupart des farces. Dans toute cette littérature satirique, il y a un fond de plaisanteries traditionnelles, remontant parfois aux Gallo-Romains et aux Orientaux, faisant allusion à des abus disparus ; à ce fond permanent, on ajoute la critique de certains abus actuels ; on mélange le tout; on rhabille les personnages; et l'auditoire rit d'autant plus que la plaisanterie devient paradoxale. Rions comme lui , mais ne cherchons pas les mœurs du clergé ou des bourgeois dans les fabliaux.

3« Enfin, il faut toujours,' si Ton veut en comprendra la ^ partie relative, si difficile (d'ailleurs à dégager, s'efforcer de replacer une œuvre du moyen âge :

a) Dans la période historique à laquelle appartient la rédaction que nous en possédons: avant les croisades (xi^ siècle), — après les croisades (xii« et xiii^), — au treizième siècle, le plus brillant par ses rois, ses llniversités, ses arts, et qui peut être considéré comme le premier de nos grands siècles littéraires et philosophiques, — aux qua-

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