‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 9 sur 281 · TABLEAU GÉ^;ÉRAL DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

TABLEAU GÉ^;ÉRAL DU MOYEN AGE

torzième et quinzième siècles (guerre de Cent ans, misères et révoltes, querelles religieuses), — On du quinzième et début du seizième (Louis XI, l'invention de Timprimerie, la découverte de l'Amérique, les premières guerres d'Italie).

b) Dans le milieu social où elle est née, ou pour lequel elle a été écrite : clergé séculier, clergé régulier, chevalerie féodale, chevalerie de cour, magistrature, bourgeoisie parisienne ou provinciale, basoche, jeunesse des écoles, peuple de la ville ou de la campagne. Ainsi, on tiendra compte de tous les éléments qui expliquent le îon et la portée d'un ouvrage. Car il n'y a pas au moyen âge un public, il y en a plusieurs, et chacun d'eux a sa littérature.

4° Mais, malgré les profondes différences qui séparent la littérature du moyen âge de celle de la Renaissance et de l'âge classique, on trouve cependant, dans la première, quelquôs-uns des caractères essentiels de la seconde.

a) Les œuvres du moyen âge, épopées, romans, satires, etc., sont déjà composées et écrites pour la société; elles s'adressent à un public, elles traitent d'idées générales, de sentiments communs, de situations vraisemblables, se proposent un but moral, patriotique, religieux, politique ; créent des types universels plutôt que particuliers.

b) De plus, si ces œuvres manquent de composition au sens classique du mot, ou plutôt de proportions, elles sont bien françaises par leur art de l'intrigue, par la distinction des caractères entre les personnages ; enfin par une langue claire, aisée, trop diffuse sans doute, mais très variée, et qui, des sobres et rudes beautés du Roland à la malice piquante de Pathelin, du charme nonchalant de Joinvilleà l'éloquente gravité de Commines, fait déjà ses preuves.

Quand on songe que ces trouvères, ces poètes, ces narrateurs, ont eu presque tout à créer, qu'ils se sont placés en face de la réalité pour en tirer des tableaux, des intrigues, des drames, et qu'ils ont dû trouver la forme adéquate de chaque genre, et la langue et le rythme, on est beaucoup moins choqué par leurs naïvetés et leurs maladresses qu'émerveillé par leur génie. Seuls en Europe ils en furent capables, et la France a la gloire d'avoir créé la littérature européenne.

LA LlTTÉUMLiŒ FRANÇAISE

in. — Les classes sociales.

Quel était, au moyen âge, l'état de ces classes sociales qui fournissent à la littérature des modèles, des auditeurs e^t plus tard des lecteurs ? Nous n'avons à nous en occuper ici que du onzième à la fm du quinzième siècle, de la Chanson de Roland à Villon,

1° L'Église et le clergé. — Les clercs n'écrivent et ne lie lit guère que le latin, et la littérature ecclésiastique n'est pas du domaine de cette étude. On doit cependant tenir le plus grand compte de Tiiglise, parce que Vesprit public est toujours ou inspiré par elle, ou en réaction contre elle. Le rôle politique des papes et du clergé importe peu ici. Ce qu'il faut plutôt chercher à évaluer et à comprendre, c'est l'influence directe du clergé et des ordres monastiques sur la société française.

Pendant la période barbare du moyen âge, le clergé avait seul représenté l'autorité morale, et les couvents étaient les asiles respectés où se conservaient les traditions et les textes. Les chevaliers faisaient la guerre ; les bourgeois s'occupaient de leurs intérêts matériels ; le peuple était illettré.

Le clergé séculier, évèques, curés, etc., se trouvait, beaucoup plus que de nos jours, en contact quotidien avec tous les chrétiens. La vie sociale était en quelque sorte rythmée par la religion. Pas un acte de l'existence, depuis la naissance jusqu'à la mort, qui ne fût marqué par elle. Des églises où le riche et le pauvre 'sont égaux sous Fœil de Dieu, où la parole du prêtre annonce la justice future, où renchantement artistique se mêle à Tattrait du mystère ; des fêtes nombreuses et splendides, processions, cortèges, offices solennels, représentations dramatiques, etc.: voilà bien des moyens de retenir et de charmer le iidèle.

D^un autre côté, les moines, le clergé régulier, par leurs missions, leurs prédications, leurs travaux d agriculture, d'architecture, de peinture, d'enseignement, d'érudition, agissent aussi sur la société. Il y a des moines de tout genre, depuis le bénédictin qui déchiffre et copie des manuscrits, jusqu'au trappiste qui cultive la terre; depuis le

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