V. — La Satyre Méiiîppée
Parmi tant de pamphlets que fît naître la Ligue, un seul est demeuré célèbre, la Satyre Ménippée (2). Dans la situation si confuse où la mort de Henri III avait jeté les différents partis politiques, les auteurs de ce manifeste national firent entendre la note juste, celle de Français, qui, tout en souhaitant que Henri IV se convertît à la religion catholique, ne croyaient pas que son protestantisme pût disqualifier en lui le seul légitime héritier de la couronne, et repoussaient de toutes leurs forces, soit un prince lorrain, soit un prince espagnol. Il est sans doute très exagéré de dire que ce pamphlet, publié en 4594, ouvrit à Henri IV les portes de Paris. Mais il représente l'état d'esprit du parti modéré, composé à la fois des gens de robe et des bourgeois, — les craintes qu'inspiraient ceux qui, sous prétexte de religion, ne travaillaient qu'à leur fortune propre, — la clairvoyance des Parisiens qui reconnaissaient en Henri IV le prince intelligent et brave capable de ramener la paix et la prospérité.
(1) Lire des fragments de Michel de rHospilal dans les Morceaux choisis, de F. Godefroy, p. 821.
(2) Ce nom de Ménippée était donné, chez les anciens, à des satires mêlées de prose et de vers, genre inventé, disait-on, par le philosophe grec Ménippe (F' siècle av. J.-C.) et imité à Rome parT, Varron, contemporain de Cicéron. Ainsi le titie indique simplement le genre ; il dut y avoir à la même époque une foule de Ménippées, dont une ^^eule est restée célèbre-