‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 104 sur 294 · LES MORALISTES : LA: ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LES MORALISTES : LA: ROCHEFOUCAULD

de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable, et l'envie d’abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur si célèbre parmi les hommes.

Ce à quoi La Rochefoucauld ne se résout jamais, c’est à admettre l'existence d’une bonne action faite simplement et sans arrière-pensée,

Que ce système soit faux, il est aisé de le démontrer. Mais tous les systèmes sont faux précisément dans ce qu'ils ont de systématique. Il suffit que les Maximes soient pleines d’aperçus ingénieux, et que leur auteur ait éclairé d’une lumière plus vive certains replis du cœur humain et déjoué, fût-ce avec quelque sophistique, certains sophismes de notre amour-propre.

Ce livré si court des Maximes a pourtant une grande L'écrivain. importance dans l’histoire.

non cette fois de la langue, mais du style. [ci encore nous assistons au travail de l'écrivain : il est très instructif de comparer les formes différentes que La Rochefoucauld donne à sa pensée au cours des éditions successives, On y discerne, avant tout, un travail de condensation, C’est sous forme d'analyse morale et dans le cadre d’une petite dissertation que la réflexion s’est présentée tout d’abord à La Rochefoucauld. Puis il -supprime les premières assises, ce qui était la préparation, ce qui l’a mis sur le chemin de la maxime définitive. Il ne veut garder de la pensée que l’essence. Il pousse ce souci au point qu'on sent parfois l'effort : il arrive que la maxime ainsi comprimée tourne à l'énigme. Ceci est particulièrement curieux. Nous voyons que souvent La Rochefoucauld supprime l’image, le mot qui faisait relief : il est occcupé, non, comme d’autres, à égayer et à rendre plus brillant son style, mais à l’éteindre. fl veut que la concision de la phrase et l'exactitude -du mot fassent tout le mérite de la forme. C’est par là que La Rochefoucauld est de la famille des grands écrivains du xvrr siècle. Son style qui n’a ni la passion et

348 LE, XVIIe SIÈCLE.

l'éclat de celui de Pascal, ni l’ingéniosité de celui de La Bruyère, est un des modèles les plus achevés de la prose classique.

RÉSUMÉ

137. Blaise Pascal (1623-1662) est le plus grand des écrivains jansénistes, c’est-à-dire qui acceptent la doctrine de Jansénius sur la question de la grâce. Géomètre et physicien de génie, il va, après ses deux conversions (1646 et 1654), se consacrer tout entier à l’étude et à la défense de la religion et faire de fréquentes retraites à Port-Royal.

138. Les « Provinciales » (1656-1657) sont une série de dix-huit lettres, destinées à en appeler de la condarmnation du jansénisme par la Sorbonne et que Pascal fait dévier en un violent réquisitoire contre la morale des jésuites. Par ce célèbre pamphlet, Pascal fait entrer dans la littérature les ques‘ions de controverse religieuse et crée la langue rapide et nerveuse de Ja polémique.

139. Les « Pensées », publiées par Port-Royal en 1670, sont les fragments d’une Apologie de la religion commencée en 1658 et que Pascal n’eut pas le temps de rédiger.

140. Pascal est un croyant que le doute n’a jamais effleuré. Ce qu’on a appelé son scepticisme ne s'adresse qu’à la raison dépourvue du secours de la révélation. Son pessimisme tend à cette conclusion que la destinée de l’homme ne doit pas s’accomplir ici-bas.

141. Pascal voit dans les contradictions de la nature humaine, faite de grandeur et de misère, un pro-

utiréntidi et as

Page 1