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IIL. — LES CONTEMPORAINS DE BOSSUET

” Bossuet avait prêché pour la dernière fois, en qualité Bourdaloue. de stationnaire, le 25 décembre 1669. Ce même jour, exactement, Bourdaloue prèchait pour la première fois à Paris.

Louis Bourdaloue est né à Bourges (1632) ; son père était conseiller au présidial. À seize ans, il fit son noviciat chez les jésuites et fut mis d’abord à l’enseignement. Il professa toutes les classes jusqu'à la vhétorique. À trente ans, chargé de remplacer un prédicateur qui se trouvait maladé, il remporta un merveilleux succès. Ce fut üune révélation, Il prêcha successivement à Eu

devant Mademoiselle, à Rouen, à Amiens, à Bourges. Il vint à Paris en 1669, prêcha l’Avent dans la maison

BOURDALOUE (D'après le portrait peint par Jouvenet et gravé par Simonneau).

Cette figure ascétique, avec la moue des lèvres et les paupières demi-closes, respire la plus haute spiritualité. C’est dans cette absorption intime, dans cette intensité de vie intérieure que l’illustre jésuite puisa cette connaissance de l’homme qui fit de lui l’un des plus profonds de nos moralistes.

professe des jésuites, rue Saint-Antoine. L'année suivante, il débutait devant la cour. Il ne devait pas y

prêcher moins de douze stations. C’est en lui, non en Bossuet, que le xvr° siècle salua le sermonnaire parfait ; et tout le monde fut d’avis que « personne n’avait prêché jusque-là ». Il est aimé de Louis XIV, protégé par M°*° de Maintenon. Il meurt le 13 mai 1704.

On a essayé de mettre un si grand succès sur le compte des allusions et des portraits contemporains que Bourdaloue mêle à ses sermons, pour en rendre l’application plus directe. Ces portraits sont en effet un élément nouveau dans la prédication, et qui excita la curiosité. M”° de Sévigné écrit, le jour de Noël 1671 « Je m’en vais en Bourdaloue : on dit qu'il s’est mis

à dépeindre les gens, et que l’autre jour il fit trois points

. Le) r + , , NES de la retraite de Tréville ; il n'y manquait que le nom,

mais il n’en était pas besoin. » Ce M. de Tréville, bel esprit de la société de Madame Henriette, s’était retiré

du monde après la mort de celle-ci. Son travers était de

n'avoir pas assez de goût pour la simplicité, et de porter dans la dévotion même un souci de se faire distinguer. C’est à lui que tout le monde songeait, lorsque Bourdaloue, prêchant sur la Sévérité évangélique, parlait de ces esprits superbes qui « se faisaient un secret plaisir d'être regardés comme les justes, comme les parfaits, comme les irrépréhensibles, qui de là prétendaient avoir droit de mépriser tout le”genre humain, ne trouvant que chez eux la sainteté et la perfection... » Une autre fois, sur le sujet de la Médisance, c'est au Pascal des Provinciales que nous fait penser Bourdaloue.

On a trouvé le moyen de consacrer la médisance, de la changer en vertu, et même dans une des plus saintes vertus qui est le zèle de la gloire de Dieu. Il faut humilier ces gens-là, dit-on, et il est du bien de l'Église de flétrir leur réputation et de diminuer leur crédit. Cela s établit comme un principe ; là-dessus on se fait une conscience, et il n’y a rien que l’on ne se croie permis par un si beau motif. On invente, on exagère, on empoisonne les choses, on ne les rapporte qu’à demi ; on fait valoir ses préjugés comme des vérités incontestables ; on débite cent faussetés ; on confond le général avec le particulier ; ce qu’un a mal dit, on le fait dire à tous, et ce que plusieurs ont dit, on ne le fait dire à personne. Et cela encore üne fois, pour la gloire de Dieu.

4i4 : £ LE XVIIe SIÈCLE.

Däns le sermon sur l’Hypocrisie, il s’agit du Fartufe de Molière ; dans le sermon de la Prière, du mysticisme de Fénelon.

Gardons-nous toutefois d’exagérer la part de ces poriraits dans un succès qui tient à de tout autres causes. La véritable raison du succès de Bourdaloue est dans la nature même de son éloquence. Ce ne sont plus ici les brusqueries et les familiarités de Bossuet, mais bien une égalité continue, une diction châtiée, une composition régulière et symétrique. Bourdaloue s’avance avec méthode, explique, divise, distingue. On le suit aisément. Logicien avant tout, il s'adresse à la raison plus qu'à l'imagination et à la sensibilité.

Bourdaloue est, lui aussi, quoique autrement ‘que ossuet, un grand prédicateur, qui se servit de son éloquence pour donner à ses auditeurs de fortes leçons et « faire trembler les courtisans ». «€ Le Bourdaloue frappe comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant à tort et à travers contre l’adultère. Sauve qui peut ! IT va toujours son chemin. » Peu d’orateurs ont prêché une morale plus sévère que celle de ce jésuite.

Il y à loin de Bossuet et de Bourdaloue à leurs con-

Mascaron. Kléchier. - temporains, alors même que

ceux-ci ont un incontestabie

talent. Mascaron (1634-1703), évêque de Tulle, puis d'Agen, se fit d’abord connaître par une Orason funèbre d'Anne d'Autriche qu'il prononça à Rouen en 1666. Très goûté de Louis XEV, il fut appelé douze fois à prêcher à la cour. Presque toute son œuvre a péri. Il ne nous en reste que cinq oraisons funèbres, parmi lesquelles celle de Turenne est la meilleure.

L'enflure est le défaut de Mascaron ; celui de Kléchier est la préciosité, N6 à Pernes, en 1632, Esprit Fléchier, {is d'un épicier, fit ses études à Tarascon chez les Pères de la Doctrine chrétienne, entra dans leur congrégation, professa les humanités à Tarascon, Draguignan, Nar-

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bonne et vint à Paris en 1659. Il y fréquenta les salons précieux et s’y fit une réputation d'écrivain et de versificateur. On retrouvera cette influence, dans les Mémoires sur les grands jours d'Auvergne, à la frivolité de certains détails, et, dans sa prédication, au mauvais goût de traits tels que ceux-ci : « Les eaux de la mer n’éteignirent pas l’ardeur de sa charité. » « Le premier tribunal où il monta fut celui de sa conscience. » Il ne parut à la cour qu’en 1676 et n’y prêcha que deux siations. Il est surtout remarquable dans l’oraison funèbre, mais il ne sait pas faire sortir du panégyrique une leçon chrétienne à l'adresse de ses auditeurs. Evêque de Lavaur, puis de Nîmes, il est mort en 1710.

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