‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 125 sur 294 · ALCESTE · texte numérisé non relu

ALCESTE

Laissez-moi, je vous prie.

Molière jouait le rôle d’Alceste : Ja gravure, posthume, retient quelques-uns de ses traits. À son inventaire figure la description de son costume : haut-de-chausses et justaucorps de brocart rayé or el soie gris, doublé de tabis, garni de rubans verts.

ans être avertis par la ressemblance de nous ressouenir des originaux tracés par l'écrivain.

Aussi est-ce ne point comprendre ce qui fait la beauté durable de son art et lui donne sa portée, que de chercher dans les personnages de son théâtre de simples portraits du temps. On s’y est essayé dès le dix-septième siècle, est-il besoin de le dire ? et la malignité y a trouvé on compte autant que la simple badauderie. Alceste serait Montausier, à moins qu'il ne fût Despréaux ou Molière lui-même ; Tartufe serait l’abbé Roquette, à noins qu'il ne fût-une incarnation des jésuites ou peuttre des jansénistes ; Célimène serait Armande Béjart, 4 ainsi de suite. C’est rapetisser le génie de l’auteur + confondre le point de départ que lui a fourni l’obseration avec ce qui est, chez lui, le résultat de la création Joétique. Certes, Part de Molière repose sur l’observaion et fait des emprunts à la réalité. C’est son fidèle amarade et pieux éditeur, La Grange, qui nous en averit : « On peut dire que dans ses pièces il a joué tout e monde, puisqu'il s’y est joué le premier en plusieurs ndroits sur les affaires de sa famille et qui regardaient e qui se passait en son domestique. » Il y à donc ans les personnages de Molière des traits emruntés à des originaux contemporains. Mais l’'enemble de la peinture dépasse ces traits particuliers ; lolière ne se contente pas de la réalité individuelle : il “élève jusqu’à la vérité humaine, qui est celle du type. : Le danger est que la peinture, à mesure qu’elle gagne hi, généralité, ne devienne bébaite : c'est celui où

heurteront les imitateurs de Molière : admirons Ex lui-même à su constamment l’éviter. Ses peronnages né sont pas seulement des qualités ou des éfauts personnifiés ; ils ne sont jamais des abstracons : on trouve toujours chez eux cette complexité de ntiments, ce mélange de traits singuliers, ces contraictions, qui sont les signes de la vie. Tartufe n’est pas importe quel hypocrite ; on nous donne les détails e son portrait physique, ce teint fleuri, cette. oreille juge, el ceux de sa physionomie morale, sa bassesse

136 LE XVIe SIÈCLE. | d'origine, son tempérament violent et passionné. Pou n'avoir pas assez tenu compte de ce procédé constan chez Molière, on lui a adressé des critiques sans objet Lorsque La Bruyère refait, sous les traits d ‘Onuphre le portrait de l’hÿpocrite et lorsque J.-J. Rousseau cri tique le portrait du misanthrope, ils ne font pas atten tion que Molière a voulu sans doute nous représente: lhypocrite, mais sous les traits d’un bypocrite qu serait en même temps un violent, et de même le misan thrope, mais un misanthrope qui serait homme di monde et amoureux. Ainsi Molière donne aux types gé néraux de son théâtre ce caractère individuel qui en fai des êtres de chair et de sang. à

A côté de ces types, auss:

durables que l'humanité elle 1 même, il en est d’autres qui

FaRRes ne prétendent qu'à incarne:

| des travers de la société con letaporaine, Cette société, Molière est merveilleusemen! placé pour lobserver. Né dans les rangs de la boun geoisie, il est prédisposé par sa naissance même à notet sans indulgence les façons de vivre des grands. Ecrivani pour la cour, il est comme elle sensible aux ridicule. bourgeois, et se place comme elle au-dessus des coterie: mondaines ou des cercles pédants. Homme -de théâtre: tout en se mêlant à la société il a vécu en dehor! d'elle, et il en a vu défiler les originaux devant lui comme devant un spectateur. À

Voici d’abord les gentilshommes. Don Juan est Il «grand seigneur méchant homme». L'infatuation di là race a produit chez lui cette conviction qu'un gran seigneur n'a de loi que ses caprices. Il garde certaine! qualités qui sont d’un gentilhomme : il est courageux il a le sentiment de l’honneur mondain. Dans ses vice! même il n'a rien de vulgaire ; son impiété est fanfal ronne, son audace brillante, sa politesse roses an fait parlie de cette société qu'on appelait, au xvrr° siècles la société des libertins. 1 est libertin de mœurs : c'es:

La société contempo-

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