CHAPITRE III
La poésie lyrique du Midi : Ses caractères. — Les genres. Les auteurs. — La poésie lyrique du Nord : Ses caractères. — Les genres. — Les auteurs.
Dès le haut moyen âge, et malgré les sévères remontrances de l’Église, la danse fut un divertissement fort goûté en France. Des couples de jeunes filles d’abord, ct plus tard des couples de jeunes gens et de jeunes filles, exécutaient, dans des réunions privées ou dans les fêtes publiques, des mouvements réglés par la musique et le chant. Un des couples chantait les couplets, et (ous entonnaient le refrain.
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PASTOURES ET PASTOUREAUX (d’après une miniature du xv° siècle)
Danse rustique, Les couples, la têle ornée de feuillage, se tiennent par la main, et la farandeole ondule sur la prairie, au son de la musette, en chantant une chanson. :
C'est sans doute de ces chansons de danse, dont
aucune n'est parvenue jusqu à nous, quest sortie ef
France la poésie lyrique, celle où les paroles sont subordonnées à la musique et où l’auteur exprime surtout des sentiments personnels.
C’est dans le Midi de la France que la poésie lyrique a pris naissance. Cette poésie lyrique du Midi ne relève pas, à proprement parler, de la Httérature française, puisqu'elle était composée en langue d'oc. Néanmoins telle a été son importance au moyen âge et si grande son = … do influence, qu'il est indispensable d’en parler.
Le Midi, riche et fertile, garda plus longtemps que le Nord la civilisation romaine ; il eut moins à souffrir des invasions et quelques-unes de celles qui le touchèrent, comme celle des Arabes, eurent sur lui une influence heureuse. Par suite, une culture brillante
La poésie lyrique du Midi.
Ses caracieres.
TRoUBADOUR s'y développa, favorisée
(d'après ure miniature du xt 8.). par de nombreux sei- L'air passionné de cette figure, gneurs indépendants du
la beauté du geste qui bat Ja reste. de la France ; ïl
pre et souligne les paroles, S'y produit, dès Je
donnent une idée de ce lyrisme PRIME
ce langue d’oc, qui est devenu xt” Siècle, toute une
l'école de Dante et de Pétrarque. éclosion de poésie lyrique. Ces poètes, appar-
tenant pour la plupart à la classe aristocratique, sont les
troubadours.
Le premier poète lyrique du Midi qu’on puisse citer est Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, qui vécut de 1971 à 1127. Le mouvement se continua et eut pour centre certaines cours, telles que ceiles
d’Eléonore d'Aquitaine, d’Adélaïde de Toulouse, où chevaliers et dames rivalisaient de galanterie dans les propos du gai savoir.
Le principal thème de cette poésie est naturellement l’amour, amour idéalisé et quintessencié. Sur ce fond commun, on brodait des variations d’une extrême richesse ; la forme, de plus en plus compliquée, donnait naissance à de multiples combinaisons de rythmes.
La poésie méridionale est essentiellement une poésie Les genres. Les auteurs. personnelle ; souvent, elle est satirique et politique. Les genres les plus employés sont :
La pastourelle ou scène champêtre qui paraît, à l'origine, purement méridionale ;
Les canzones ou chansons, divisées en strophes et terminées par un couplet portant le nom d'envoi ;
La tenson, discussion sur des sujets de poésie, de politique ou d’amour ;
La ballade ou chanson accompagnée de danse ;
Le sirvente, satire violente des mœurs du temps.
Les plus illustres poètes lyriques du Midi furent, après Guillaume de Poitiers, Jofroy Rudel, Raymond, comte de Toulouse, Bernard de Ventadour, et surtout Bertrand de Born (1145-1215) dont on à gardé quelques sirventes, chefs-d'œuvre de la poésie iméridionale.
Malheureusement à part ce dernier genre, les chansons du Midi -valent surtout par des recherches de forme et de rythme pour nous insaisissables. Néaninoins, l'influence de nos troubadours se fil sentir, en Italie surtout, en Espagne, et jusque chez les Minnesinger d'Allemagne.
Avec la guerre des Albigeoïis, que chantera encore un célèbre sirvente de Guillaume de Figueras, finit la civilisation particulière du Midi. Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers y introduisirent la langue d’oïl et les habitudes du Nord. Quand, deux siècles plus tard, Clé-
mence Isaure institua à Toulouse les Jeux Floraux, il n'y avait plus guère de poètes en langue d'oc et cette institution dut s'ouvrir à tous les poètes, quels qu'ils fussent. C’est seulement en notre siècle que les Provençaux ont tenté de rendre à leur langue une vie littéraire avec Mistral et Roumanille.
À Ja suite du mariage 2 < d’'Éléonore d’Aquitaine avec La poésie lyrique ps le roi Louis VII, les trou- Nord. Ses caractères. / à, Qu Nord s'initièrent à la poésie lyrique. Cette princesse, d’une grande culture d'esprit, petite-fille du premier troubadour Guillaume, avait été, avant son mariage, protectrice de y Bernard de Ventadour : et d’autres poètes. Elle exerça la même -influence littéraire à la cour de France, puis à celle d'Angleterre après son second mariage avec Henri FE. Ses filles, Marie de Champagne et Aelis de Blois, suivirent son exemple et organisèrent autour d’elles des cénacles de poètes auxquels elles transmirent (d’après une miniature du Je code de l'amour xrnre siècle). courtois qu'avait créé et Le lroubadour est souvent développé la poésie proune manière de gentilhomme. Le vençale, Maison, PAUL commence 2e LOUE à A née de châteaux.