BOILEAU. — LA CRITIQUE AU XVII* SIÈCLE
I. BoiLEAU. — Sa vie ; Son caractère. — Les Salires ; les Epitres ; le Lutrin. — L'Art poétique. La doctrine classique. — Influence de Boileau ; ce qui en est resté. — Le poète.
IT. LA CRITIQUE AU XVIIe SIÈCLE. — La querelle des anciens et des modernes. — Féñelon : Leftre à l'Académie française.
Depuis le milieu du xvi° siècle, une doctrine s'élaborait, inaugurée par la Pléiade qui avait restauré le culte de l’antiquité, amendée par Malherbe qui l'avait soumise au joug de la raison, et destinée à constituer la doctrine classique. Aux environs de l’atinée 1660 elle existe à l’état de tendances chez les grands écrivains d'alors qui s’y conforment spontanément. Restait à en formuler les principes en les dégageant des œuvres de ces écrivains et à en faire un corps de doctrine. Ce sera le rôle de Boileau,
Nicolas Boileau est né à
Paris le 1% novembre 1636 :
Sa vie ; son caractère. la légende veut que ce soit
dans la chambre même où
avait été composée la Ménip-
pée. Fils d’un greffier, il fut destiné à quelque charge
analogue ; mais, à la mort de son père (1657) et libre de
n’écouter que ses goûts, il suivit la vocation qui l’appelait à la vie littéraire :
La famille en pâlit el vil en frémissant, Dans la poudre du greffe, un poète naissant,
Cliché Braun, BoOILEAU
(D'après le Lableau de Rigaud (Musée de Versailles).
Le regard direct et perçant, la lèvre contractée par le pli de la raillerie, c’est ici le portrait du satirique qui, menant contre les erreurs du goût et les engouements de la mode une guerre impitoyable, a criblé de traits dont ils ne se sont pas relevés les méchants éerivains, 6éL imposé à ses contemporains ladmiration de Molière et de Racine.
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Il prit le nom de Despréaux, se lia avec les écrivains -dont il devait rester jusqu'au bout l’ami et le défenseur.
Dès 1660, il publiait sa première satire. En 1666, paraissait son premier recueil contenant sept satires. De 1669 à 1674, il composa la plupart de ses Epîtres, l'Art poétique et les quatre premiers chants du Lutrin. Célèbre dès ses premiers vers, bien vu par Louis XIV, il entra à l’Académie à quarante-sept ans, en 1648. Toutefois, sur la fin de sa vie, suspect de sympathies jansénistes, ii connut, de même que Racine, une demi-disgrâce.
D'ailleurs, les dernières années du poète furent tristes. Il survit à tous les grands écrivains du siècle, ses amis. Les infirmités sont venues : il est sourd, presque aveugle. Il à quitté sa maison d'Auteuil et est venu loger chez le janséniste Le Noir, son confesseur. C'est là qu'il mourut, le 13 avril 1711.
La vie de Boileau est, comme son œuvre tout entière, celle d’un grand honnête homme. I! est bon et désintéressé. L'avocat Patru étant tombé dans une extrême pauvreté, il lui achète sa bibliothèque et lui en laisse la jouissance ; de même, il offre sa pension en échange de celle de Corneille, qui venait d’être supprimée. Cette bonté s'allie avec beaucoup de franchise et une cerlaine brusquerie : Boileau est un homme tout d’une pièce. C’est par son bon sens qu'il a plu à Louis XIV : la flatierie n'y a pas été nécessaire, car il ne faut pas confondre avec la flatterie ce qui est style officiel et ton imposé par l'usage de l’époque dans les rap- - ports avec le pouvoir ; au surplus, Boileau est mauvais courtisan,
Boileau est satirique «le naissance, par tempérament, par instinct ; il en fait luimême l’aveu en ces termes :
Et dès qu'un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n’ai point de repos qu'il ne soit en écrit.
Les « Satires » ; les « Epiîtres » ; « Le Lutrin ».
Satrique, 11 le restera toujours et l'Art poélique, ouvrage doctrinal, contiendra des passages non seulement
de polémique mais de pure satire, tels que la fin du premier chant et le début du quatrième.
Mais, à un poète écrivant sous Louis XIV et après la Fronde, nombre de sujets étaient interdits : tous ceux qui auraient touché aux choses de la politique ou de ji rebgion. Il ne restait que la satire sociale et morale et Ja satire littéraire. Dans la première, Boileau n’a que médiocrement réussi. I] ne voit de