BAYLE
= Le scepticisme se dégage de l’œuvre de Fontenelle
Sa vie. Les « Pensées il est contenu tout entier
sur les Comètes ».
ci, héritier de la société des libertins, prépare la venue des philosophes, en sorte que le même courant se continue sans interruptoin des sceptiques du xvr° siècle à ceux du xvi°. On dirait, suivant l’ingénieuse image de Sainte-Beuve, un fleuve passant sous un pont où se dresseraient les statues des grandes figures chrétiennes du xvrr° siècle.
Pierre Bayle naquit au Carlat (10 novembre 1647) : il était fils d’un ministre de la religion réformée. Sa première éducation fut négligée. À vingt ans, on le met au collège protestant de Puylaurens, où il prend Montaigne et Plutarque pour livres de chevet. À vingt-trois ans, il va faire sa philosophie aux jésuites de Toulouse : au bout d’un mois, il y abjura le protestantisme auquel il devait bientôt revenir. Il occupa une chaire de philosophie en 1680 à l’Académie protestante de Sedan et, en 1681, à Rotterdam.
Son véritable début fut la publication des Pensées
diverses sur les comètes (1682), où il développe contre
la superstition cet argument nouveau : que, si Dieu était l’auteur ‘des présages donnés par les comètes, il aurait donc autrefois favorisé l’idolâtrie. À propos de comètes, Bayle abordait toute sorte de questions de métaphysique et de morale et voici les deux points importants qu'il se flattait d'établir. C’est, d’abord, qu'il ne saurait convenir à une saine conception de la divinité d'admettre des interventions accidentelles dans la marche du monde. C’est, ensuite, qu’une société athée
vaut mieux qu'une société idolâtre. Ce livre précède
donc Voltaire par ses attaques contre les miracles, et le dépasse par ses attaques contre le déisme. Peu de temps après, Bavle composait une Réfutation
dans l’œuvre de Bayle. Celui-
de l'Histoire du calvinisme par le jésuite Maïmbourg ; en mars 1684, et pour faire pièce au Journal des Savants.
PIERRE BAYLE (D'après le portrait gravé par Cath du Chesne).
L’enragé fureteur qui, dans son Dictionnaire s'attaque, de façon détournée, à toutes les opinions du xvir* siècle et amasse l’arsenal d'arguments où puisera le xvrrre.
il commençait la publication des Nouvelles de la République des lettres. L'originalité de ce recueil, et qui
en fit le succès, est que Bayle, au lieu de se contenter de donner des extraits des ouvrages nouvellement parus, en présentait des analyses, où il dégageait l’idée mère du livre. Après la révocation de l’édit de Nantes, Bayle publie un pamphlet contre les catholiques : Ce que c’est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand. Mais l’Avis aux réfugiés, dans lequel il dénonçait l’orgueil et l'intolérance des protestants, souleva ceux-ci contre lui. Jurieu le signala aux magistrats et lui fit retirer sa chaire (1693).
Les dernières années de Bayle vont être consacrées au travail de rédaction de son Dictionnaire historique el critique (1697). Il meurt en 1706.
C’est l’œuvre capitale de
Bayle. Son intention pre-
Le « Dictionnaire », mière avait été de « composer un dictionnaire qui, outre
les omissions considérables
des autres, contiendrait un recueil des faussetés qui concernent chaque article ». En fait, le Dictionnaire de Bayle suppose chez le lecteur la connaissance des compilations antérieures, telles que celle de Moreri : Bayle n'a pas refait les articles qu'il trouvait suffisamment traités ailleurs, De là des lacunes qu’on n'est pas en droit de lui reprocher. Mais il y a d'énormes défauts : une érudition confuse, des puérilités, le cynisme avec lequel sont traités certains sujets, le style qui semble dater de cent années en arrière.
De l’ensemble de l’œuvre et du plan adopté par l’auteur une doctrine se dégage nettement. C’est aux questions religieuses que sont consacrés les articles les plus importants. Les hérésies et les objections à la religion sont développées : l’auteur passe rapidement sur les apologistes et les Pères, Il insiste sur les philosophes épicuriens ou néo-académistes : il mentionne à peine les spiritualistes et les idéalistes. Cette façon de procéder est celle d’un sceptique ou plutôt d’un dogmatique à rebours. La doctrine de Bayle est la négation
absolue de la religion, qui ne peut être d’après lui qu’un démenti à la raison ou un obstacle à la morale.
€e n'est d’ailleurs pas de front que Bayle attaque ses adversaires, et ce n’est pas directement qu’il expose ses idées. Sa méthode est une méthode d’insinuation. Un ingénieux système de renvois en est le procédé le plus important. Bayle expose avec un respect apparent, et sans conclure, les idées qu'il considère comme des préjugés ; mais il renvoie à des articles qui en contiennent F absolie réfutation.
On voit par là quelle a été son influence et combien étendue. Sa méthode est précisément celle que lui emprunteront pour se l’approprier Diderot et ses amis. Aussi bien que cette méthode, toute la substance de l'Encyclopédie est dans le Dictionnaire. Helvétius, d'Holbach, d’Argens, Maupertuis, La Mettrie y puiseront idées et arguments. Voltaire lui empruntera toute son érudition philosophique. C’est le répertoire où s’alimentera toute la polémique anti-religieuse du siècle.
RÉSUMÉ
206.Le XVIII: siècle se fait de la littérature une conception très différente de celle qu'avait eue le xvr°. Ce qui l’intéresse, ce n’est plus l'étude du cœur humain : au point de vue moral elle substitue le point de vue social. La littérature devient un instrument de propagande pour les théories philosophiques et une arme de combat contre les idées du siècle précédent.
207. Irréligion, culte de la science, croyance au progres, lutte contrée la tradition et l'autorité et, dans la seconde moitié du siècle, croyance à la bonté naturelle de l’homme et dogme de l’égalité, telles sont les idées que propagera une littérature moins soucieuse de la perfection artistique que celle du xvr° siècle.
Bad NN LE XVIII SIÈCLE.
208. La haute société continue à se réunir dans des Salons qui continuent ceux du xvu° siècle. La cour de
Sceaux représente le besoin d’amusement qui se fit sen-
tir dans les dernières années du règne de Louis XIV ; le salon de la marquise de Lambert, la renaissance de l’esprit précieux.
209. Certains de ces salons servent aux philosophes pour répandre leurs idées et faire leur œuvre de propagande. Celui de Mme Geoffrin est le quartier général des Encyclopédistes. Celui de Mc du Deffand personnifie l’esprit desséché et raïlleur du xvin* siècle de Voltaire, en même temps que son inquiétude ennuyée. Le plus hardi est celui de Mile de Lespinasse qui, ellemême de nature passionnée, annonce le xviu® siècle romanesque et sentimental de J.-J. Rousseau.
210. Fontenellé (1657-1757) qui débute comme bel esprit précieux et partisan des modernes, est dans les « Entretiens sur la pluralité des mondes » (1686) et dans les « Eloges des Académiciens » (1699-1757), l'initiateur de la vulgarisation scientifique qui va imprimer à l'esprit du xvrn° siècle un de ses caractères essentiels.
211. Bayle (1647-1706), protestant et sectaire, a dans son « Dictionnaire » (1697), composé le grand répertoire d'idées, d'arguments et d’anecdotes où philosophes et encyclopédistes iront chercher des armes contre le xvrrr° siècle chrétien et imaginé la méthode de renvois que lui empruntera l'Encyclopédie.
LECTURES RECOMMANDÉES
Villemain, Tableau de la littérature au xvui siècle. — Vinet, Histoire de la littérature française au xvur siècle. — Sainte-Beuve, Lundis 1, XIV. — Aubertin, L'Esprit public au
ni"
xvau® siècle. — Caro, Les dernières années du xvrn° siècle. — E. et J. de Goncourt, La femme au xvrn® siècle. — Faguet,
xvin® siècle. — Brunetière, Etudes critiques V, Etudes sur
le xvr° siècle. — Ségur, Le royaume de la rue Saint-Honoré. — Julie de Lespinasse. — Laborde Milaa, Fontenelle \Grards écrivains français). — Maïigron, Fontenelle.
TEXTES A CONSULTER
Fontenelle (chez Garnier). — Du Deffand. Correspondance complète (Lescure). — Lettres à Horace Walpole, publiées par M'S Saget Toynbee (chez Methuen à Londres). — Lanson, Choix de lettres du xvirr° sièsle.