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II. — LA COMÉDIE

La comédie, au xvin° siècle, est très supérieure à la tragédie : nous trouverons de ce côté des pièces dignes d'attention, et des écrivains d’un réel talent. Notons toutefois que pendant les cinquante années qui suivirent la mort de Molière, on ne sut qu’imiter Molière.

Par la date et par ic mérite, Regnard est le premier parmi ces imitateurs de notre grand comique. Né à Paris en 1655, d’une famille très aisée, Regnard entreprit, vers la vingtième année, une série de voyages dont il nous a laissé la relation. Il resta deux ans prisonnier en Alger, et visita ensuite l’Allemagne, la Pologne, le Danemark, la Laponie. De retour à Paris, il s’arrangea dans sa petite maison de la rue Richelieu une vie commode de lettré et de gourmand. Il travailla d’abord pour le Théâtre- Italien, puis pour le Théâtre-Français, auquel il donna ses principales comédies : Le Joueur (1696), le Distrail (1697), Le Retour imprévu (1700), les Folies amoureuses (1704), les Ménechmes (1705), le Légataire universel (1708). Il mourut d’indigestion en 1709, dans sa propriété de Grillon, près Dourdan. Epicurien, bon vivant, Regnard a pu être qualifié de « cynique mitigé ».

On retrouverait partout dans son théâtre l’influence de Molière. Mêmes personnages : le père crédule et avare, le fils libertin, la jeune fille ingénue, le valet fripon, la

Les imitateurs de Molière. Regnard.

4. La critique et la théorie de la tragédie antique et de la tragédie classique so trouvent dans le Cours de littérature professé au Lycée par ‘La Harpe à partir de 1786. Ë

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soubrette « forte en gueule ». Mêmes intrigues auxquelles Pauteur donne plus d'importance, afin de mettre

À à AUS SES

REGNARD (D'après lé täbleau de H. Rigaud gravé par P. Duflos). La joie de vivre qui éclate sur ce visage d'homme heureux

anhonce ce théâtre sans profondeur mais dont tien n’altère l’irrésistible gaieté:

plus de mouvement dans ses pièces. Même étude des caractères, mais étude beaucoup moins poussée : la

« distraction » est u ridiculé plutôt encore qu’un défaut, et c'est en traits bien faibles que Regnard a représenté « la passion dù jeu ». Mémeé société ; seulement, depuis Molière, cette société s’est corrompue ; les mœurs tournent au débraillé ; le libertinage a perdu son élégance ; les chevaliers d’ industrie, les marchandes à la toilette et les professeurs de trictrac sont auprès des fils de famille sur le pied de conseillers intimes.

Ce qui fait le mérite propre du théâtre de Regnard, c'est que, Suivant le mot de Boileau, « il n’est pas médiocrement gai ». Cette gaieté ne laisse pas après elle l’arrière-goût de tristesse qui se dégage dé certaines comédies de Molière. C’est sans doute que l'observation chez Regnard se joue à la surfacé et ne pénètre pas jusqu'au fond éternellement triste des choses. C’est surtout que cette gaieté est à l’image du caractèré même de Régnard : elle est aussi bien la marque distinctive de son talent, gaieté facile, légère, jaillissante, sans rien dé précieux ni de cherché, qui circule à travers tout son théâtre. Elle se traduit par la vivacité de l’action, par l’imprévu de mots qui appellent le rire, par la libre allure d’un style excellent. C’est l’honheur de Regnard

. que, tout en se souvenant de la comédie de Molière, on

puisse encore le lire avec plaisir.

: Dancourt (1661-1725) em- Dancourt, Lesage, prunte sés sujets aux nou- Dufresny. Destou- veautés du jour. Il écrit faiches. Piron. Gresset. blement et ses intrigues sont mal agencées ; mais il excelle à croquer les silhouettes qui apparaissent sur l’écran de la mode. Les titres de ses pièces sont souvent au pluriel (Les Bourgeoises de qualité, 1700), car l'intérêt ne se concéntre plus sur un personnage mais sur plusieurs : l’étude porte sur un coin de la société. C’est, sous une forme légère, la comédie de mœurs, ou, pour plus de précision, d'actualité.

Au théâtre, Lesage (1668-1747) est surtout l’auteur de Turcarel (1709). chef-d'œuvre d’une observation impi-

toyable et d'une âpre satire. C’est le monde des financiers qui nous est dépeint dans le temps d’une effrayante corruption. « J’admire le train de la vie humaine, dit

Cliché Giraudon.

LE SAGE (D’après une gravure de E. Desrochers).

L'auteur dramatique qui le premier mit au théâtre la question d'argent ; le romancier qui dans Gi! Blas sut donner le modèle d’un réalisme. sans grossièreté et peindre toute une société en joignant à l'observation le piquant d’une ironie voilée.

Frontin. Nous plumons une coquette, la coquette mange ur homme d’affaires, l’homme d’affaires en pille d’autres : cela fait un ricochet de fourberies le plus plaisant du monde.» C’est ici une condition et non plus un carac-

tère qui est étudié : le Turcaret est en ce sens une date.

Dufresny (1648-1724) n’est qu’un écrivain facile et spirituel (L’esprit de contradiction, 1700 — La récon- - cilialion normande, 1719). Mais il essaie de se soustraire à l'influence de Molière : il précède ainsi et annonce Marivaux.

Destouches (1680-1754) dont la meilleure pièce est le Glorieux (1732) essaie de tirer de la comédie l’élément pathétique qu’elle contient parfois. I] annonce ainsi la comédie larmoyante de La Chaussée et le drame de Diderot, mais sans tomber dans l’excès qui consiste à méconnaître la nature même de la comédie.

Piron (1689-1773), dans la Métromanie (1738), a pour mérite sa verve gauloise : on lui doit un certain nombre de vers restés proverbes que, parce qu’on ne prête qu'aux riches, on attribue souvent à Boileau.

Gresset (1709-1777) a donné dans le Méchant (1747) l’esquisse ingénieuse et légère d’un caractère.

Mais on a hâte d’arriver à un écrivain vraiment original, et qui apporte dans l’art une note nouvelle. Ce sera Marivaux, créateur d’un genre qui ne doit rien à Molière.

Pierre Chamblain de Mari-

vaux est né à Paris en 1688.

Marivaux. Il fit de très médiocres étu-

des, et, plus tard, il s’ap-

plaudissait d’une ignorance

première qu'il tenait pour avoir été la sauvegarde de son originalité. On le trouve d’abord cherchant sa voie, échouant avec une tragédie, la Mort d’Annibal, qui valait tout juste autant que l’Aspar de Fontenelle, parodiant le Télémaque et les romans langoureux. Reçu à titre de causeur charmant dans les salons de M de Lambert, de M de Tencin, de M"° Geoffrin. il rencontra dans la société élégante et précieuse du siè-

LE. XVIIIe. SIÈCLE.

cle sa véritable maîtresse d'école, « J’ai täché. de saisir le langage des conversations et la tournure des idées

MARIVAUX (D'après un portrait de Garand gravé par Chenu),

Jolie tête, on dirait de gardé française, C’est l’hônnête et délicat auteur de la Vie de Marianne et du Jeu de l'amour et du hasard, «qui pèse des rièns dans des toiles d’araignée » ; mais ces riens, ce sont les nuances de l'Amour combattu par l’amour-propre.

familières et variées qui y viennént. Mais je ne mé flatte pas d’y être parvenu. Tout cé qu'un auvèur pourrait faire pour les imiter n’approchera jamais du feu et dé

la naïveté subite et fine que les gens d’esprit y mettent. »

C'est d’abord pour le Théâtre Italien que travailla Marivaux. Le succès de la Surprise de l'amour (1722) fut pour lui une révélation et lui indiqua le genre dans lecçuel il donna, de 1730 à 1740, ses meilleurs ouvrages : le Jeu de l’amour et du hasard (1730) : les Serments indiscrets ; l’Heureux Stratagème ; le Legs ; les Fausses Confidences ; l’Epreuve (1740).

Marivaux fut élu à l’Académie en 1743. Il mourut à soixante-quinze ans. Il avait eu toute sa vie à se débattre contre la gêne, et avait dû s’astreindre à de pénibles besognes, répandant dans des feuilles éphémères une prose hâtive : il s'était attiré le respect de tous par lhonnêteté et la délicatesse de sa nature.

« J'aime mieux être assis TRE EC sur le dernier bane de la re analyse petite troupe des auteurs originaux qu'orgueilleusement placé. à la première ligne dans le nombreux bétail des singes littéraires. » Celui qui exprimait ainsi son désir de n'être le disciple de personne a, en fait, été le créateur d’un genre. La principale nouveauté de son théâtre, et d’où toutes les autres découlent, consiste dans l’importance donnée à l’amour. Jusqu’alors, l’amour n’avait joué dans les comédies qu'un rôle épisodique : il va devenir Ie ressort principal, et le sujet même. « J’ai guetté dans le cœur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour, lorsqu'il craint de se montrer, et chacune de mes comédies a pour sujet de le faire sortir d’une de ces niches. » Tel est, en effet, l’objet de la comédie de Marivaux.

L'amour, tel qu’il le conçoit, est un sentiment discret, honnête et timide, qui se défend, qui se nie et se dissimule : les obstacles qu'il rencontre lui viennent non pas du dehors, mais bien de lui-même : c’est cet amour, tout confus d’exister, qu'il s’agit de produire

à la lumière et de forcer, en dépit de lui, à se décou-

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