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596 LE XVHIe SIÈCLE.

vrir. Fixer une nuance de ce sentiment très délicat, faire quelque découverte dans cet ordre d'idées très subtiles, c’est toute la variété à laquelle prétend Marivaux, et qui lui semble suffisante pour échapper au reproche de monotonie. L’instrument d’analyse est toujours le même, les résultats de l’analyse sont toujours nouveaux.

Cette place donnée à l’amour devait entraîner plusieurs conséquences : l’importance des rôles de femmes ; — la faiblesse de l’action : l’analyse du cœur étant ici l'essentiel, il n’y a, à proprement parler, ni incidents, ni péripéties, mais seulement une progression de sentiments ; — l’honnêteté du milieu : cet amour scrupuleux ne peut naître que dans des âmes vertueuses ; aussi, jusqu'aux valets et aux soubrettes, il n’y a ici que d’honnêtes gens. Et c’est encore une des formes de l’originalité de ce théâtre, que l’opposition où il est avec le théâtre si profondément immoral . de Regnard et de Lesage.

Notons encore certaines particularités propres au théâtre de Marivaux. Les rôles de pères, qui dans notre ancienne comédie sont presque toujours ridicules ou odieux, prennent ici un caractère tout nouveau de raison, d’indulgence et de bonté. Par une curieuse interversion, ce sont les rôles de mères qui se trouvent sacrifiés. Enfin Marivaux est l’un des premiers qui, mettant en scène le paysan, nous ait présenté de sa condition une image, que sans doute on ne saurait appeler réaliste, mais qui néanmoins contient déjà des détails empruntés à la réalité. Ses paysans ont l’âpreté au gain, la finesse matoise ; ils parlent un jargon qui se rapproche suffisamment du patois des campagnes.

Il fallait à ce théâtre nouveau une langue nouvelle. C'est en prose qu'’écrit Marivaux. Mais, tandis que ses contemporains avaient, à la suite de Dufresny, renoncé au vers afin de se débarrasser d’une difficulté et de s’épargner une peine, Marivaux travaille beaucoup sa prose. Il s’efforce de lui donner l'élégance qui convient à une conversation de bon ton, la délicatesse qu'’exige

l'expression de sentiments très subtils. Il n’est que juste de remarquer qu'il ne s’est pas arrêté sur la limite du raffinement et de la préciosité. Mais ici encore, et quels que soient les défauts qu’on puisse à bon droit reprocher, moins encore à lui qu’à ceux qui ont exagéré sa manière, Marivaux est créateur ; il a attaché son nom à un genre de style nettement caractérisé : le marivaudage.

Marivaux est, au xvin° siècle, le seul représentant de cette comédie, amoureuse et spirituelle, plutôt que vraiment comique. Il faudra attendre le xrx° siècle pour lui trouver un émule. en Alfred de Musset.

Ce sont d’autres mérites qui font l'originalité de Beaumarchais, l’une des figures les plus caractéristiques du xvur® siècle. Nous revenons avec celui-ci à la comédie de Molière, non point transformée, mais rajeunie et renouvelée.

Pierre-Augustin Caron est né à Paris le 24 jan- Vier 1733 «: il était fils d’un horloger du roi et apprit d’abord le métier paternel. Ayant épousé une femme de petite noblesse, il ajouta à son nom celui de Beaumarchais. Il entra en relations avec le financier Pâris-Duverney, qui l’associa à de grandes spéculations. Celui-ci meurt, lui devant quinze mille francs. Le comte de La Blache, héritier de Pâris-Duverney, nie la dette. Beaumarchais perd son procès. Mais, au cours de l'instruction, il avait dû, afin d'obtenir une audience du conseiller Goëzman, déposer entre les mains de M°° Goëzman une somme d'argent qui n’avait pas été intégralement rendue. Beaumarchais s'empare de cet incident et, dans quatre Mémoires, ridiculise ses juges (1774-1775). Il eut le bonheur de se rencontrer avec le sentiment public, soulevé contre le parlement Maupeou. Son nom, obscur la veille, devint

aussitôt célèbre, :

Beaumarchais : Sa vie.

L'homme.

1. Ce mol doit être entendu au sens d'écril exposant une aflaire dans un procès.

Beaumarchais avait déjà donné, mais sans succès, Eugénie (1767) et les Deux Amis (1770). Il avait fait recevoir Le Barbier de Séville en 1772, lorsque survint son procès. Interdite en février 1774, la pièce ne put

BEAUMARCHAIS (D'après la gravure de Hopwood reproduite par Ad. Nargeot).

Homme de théâtre doublé d’un homme d’affaires, fanfaron, spirituel, intrigant, Beaumarchais s’est peint lui-même en mettant à la scène le type immortel de Figaro.

être représentée que le 23 février 1775. Elle réussit médiocrement la première fois ; Beaumarchais vit aussitôt le défaut et, avec sa merveilleuse souplesse, y obvia. La pièce avait trop peu de matière pour ses cinq actes : le Barbier, en quatre actes, fut un grand succès.

Mêmes difficultés, mêmes oppositions pour faire re-

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