PAC
Lisez plutôt sa lettre à Jean-Jacques Rousseau qui lui avait envoyé son fameux Discours. C’est, sous la forme qui semble la plus naturelle du monde, le triomphe de la politesse ; et c’est unique dans l’histoire des littératures.
On a souvent comparé cette correspondance à celle de Cicéron. Elle est infiniment plus variée, plus alerte, plus nuancée, plus riche d'idées et de fantaisie, et plus spirituelle. Mais comme celle de Cicéron, elle est le miroir d'un temps, le miroir de tout un siècle. Le grand historien qu’a été Voltaire s’est surpassé, sans le savoir, dans ses innombrables lettres. Il écrivait au jour le jour l’histoire de son époque. Graves événements, menus incidents, les guerres, la diplomatie, le théâtre, les lettres, l’Académie, la société parisienne, la cour, les Genevois, les Anglais, le Prussien, la vie des campagnes, les parlements, la justice, tout y est, tout y vit et y respire. Et quelle langue ! Voltaire, comme Bossuet, mais autrement que lui, est dans la pure tradition française. Sa phrase, toujours limpide, est courte, rapide sans être essoufflée. L'expression est toujours précise. Et toujours simple. Voltaire se sert de la langue de tous et, sans qu’on distingue aucun procédé spécial, dans un style dont on n’a jamais égalé le naturel et l’aisance.
Esprit universel dans un temps où la pensée s’étendait en tous les sens et s’appliquait à toutes sortes d'objets nouveaux, Voltaire a été le rlus habile et le plus puissant des vulgarisateurs ajoutons le plus artiste. On a dit qu’il n’a été que le second dans tous les genres : ce serait déjà beau, Mais ei l’on songe à la multitude de ses pamphlets dont beaucoup ne sont pas plus longs qu’un article de journal, il apparaîtra comme le premier, le plus étonnant et le plus prestigieux des journalistes. Si l’on songe au roman philosophique, on réfléchira qu’il y est un maître, qu’il en est le maître incontesté. Si l’on songe à ses
Sa place dans l’histoire de la littérature.
616 LE XVIIe SIÈCLE.
ouvrâges historiques, on conviendra qu'il marche de pair avec nos grands historiens. Si l’on songe à cette poésie légère qui a donné de si jolis chefs-d’œuvre depuis Marot, on reconnaîtra qu'il y tient une des pre-