‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 170 sur 294 · IH. — LE DRAME · texte numérisé non relu

IH. — LE DRAME

C’est à égale distance en-

tre Aa tragédie et la comédie

Les théories de Diderot. que se place un genre interinédiaire, le drame, dont

Diderot à l'honneur d’avoir

le premier donné la théorie, Les personnages seront,

comme dans la comédie, des gens de condition moyenne. Mais, au lieu que le caractère soit ici l’impor: Lant, ce sera la condition. «Que quelqu'un, écrit Diderot, se propose de mettre sur la scène la condition du juge, qu'il intrigue son sujet d’une manière aussi intéressante qu'il le comporte et que je le conçois ; que l’homme y soit forcé par les fonctions de son état ou de manquer à la dignité et à la sainteté de son ministère et de se déshonorer aux yeux des autres et aux siens, ou de s’immoler lui-même dans ses passions, ses goûts, sa fortune, sa naissance, sa femme et ses enfanis, et l’on prononcera après, si l’on veut, que le drame honnête et sérieux est sans chaleur, sans couleur ét sans force. » Du contraste entre la condition et les événements naîtra donc l'intérêt.

De la situation naîtra le caractère. « C’est aux situations x décider des caractères, Le plan d’un drame peut être fait et bien fait sans que le poète sache rien encore du caractère qu'il attachéra à ses personnages. Des hommes de différents caractères sont tous les jours exposés à un mêre événement. Celt qui sacrifie sa fill peut être ambitieux, faible ou féroce. Celui qui « perdu son argent, riche où pauvre. »

C'est là le trait essentiel de la théorie nouvelle. Dans le théâtre du xvn° siècle, le poète dessine d’abord en imagination le portrait du misanthrope, et après avoir

conçu ce caractère, s'occupe de la condition où ül le placera. Dans le drame, où s’occupera d’abord de ,nous montrer un père, un fils, un juge ; on ne S’avisera qu’ensuite de déterminer le caractère qui sera celut de ce père, de ce fils, où de ce juge.

Un trait encore est constitutif du genre : la comédie avait pour objet de nous divertir, le dranie devra nous émouvoir. Et Diderot ne cesse de proclamer qu'il sera l'école de la Vertu.

Diderot avait eu un précurseur, Nivelle de La Chaussée, qui, dans le Préjugé à la mode (1735) et dans Mélanide (1741), domna les premiers exemples du genre larmoyant, auquel conviendrait aussi bien l'appellation

de genre ‘ennuyeux. Lui-même essaya d'appliquer ses théories dans deux drames, Le Fils naturel (1757), le Père de famille (1758), mais sans succès. Le don du théâtre est quelque chose de tout particulier ; Diderot, en dépit de toute sa verve et de l’art du dialogue où il excelle dans ses divers écrits, en est complètement dépourvu. $Ses drames, verbeux et déclamatoires, ne supportent pas l’épreuve de la scène.

‘Seul Sedaine, dans le Philosophe sans le savoir (1765), donna une agréable et délicate esquisse du genre nouveau encore hésitant, et qui ne sera qu’au siècle suivant cn possession de son objet et de ses moyens.

Ill. — LA POÉSIE LYRIQUE.

Le xvini° siècle avait ignoré la poésie sous sa forme la plus élevée et dans ses manifestations supérieures. Dans les premières années, Jean-Baptiste Rousseau (1671- 1741), disciple fidèle et maladroit de l’Art poétique, avait rimé des odes, des psaumes, des cantates, — quand il ne rimait pas des épigrammes licencieuses, — et fait sans idées comme sans émotion des vers sonores. Vol- {aire n'avait eu que de l'esprit dans ses Épiîtres et dans ses Contes. Et l’abbé Delille (1738-1813), versificateur habile, que sa traduction des Géorgiques (1769) et son poème des Jardins (1782) avaient rendu célèbre, avait porté à une sorte de perfection ridicule l’art de la périphrase. C’est André Chénier qui, sans avoir le temps d'achever son œuvre, donnera le signal du renouveau poétique. :

André Chénier est né le 30 octobre 1762 à Constantinople ; sa mère était grecque, et il faut sans doute attacher quelque importance à ces origines, quand il s’agit d’un poète dont le génie a tant d’affinités avec le génie grec. Arrivé en France en 1768, il témoigna, dès le collège, de son goût pour la poésie ; 11 était à Londres en qualité d’attaché d'ambas-

André Chénier. Sa vie ; ses écrits.

sade, lorsqu'éclata la Révolution. I] revint aussitôt en France et se jeta avec ardeur dans la mélée. T1 souhaïi-

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