LES FUNÉRAILLES D’'ATALA
(D'après le tableau de Girodet).
C’est le roman d’Atala qui rendit célèbre le nom de Chateaubriand, Le peintre a représenté ici la scène des funérailles d’Atala; qui fit couler autant de larmes que celle du naufrage de Virginie.
Atala où les amours de deux sauvages dans lé désert (1801), « Atala ». a peut-être plus fait pour imposer au grand public-le nom
dé Chateaubriand que les
quatre gros volumes du Génie du Christiañisme. En pu-
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bliant à part ce court roman, probablement comme « ballon d'essai », le jeune écrivain a été bien inspiré : il savait, par l’exemple de Paul et Virginie, que seule la littérature d'imagination peut conquérir à un auteur ce qu’on appelle le grand public.
Il n’était pas besoin de feuilleter longuement le petit volume pour deviner qu’un grand écrivain nous était néôs :
La nuit était délicieuse. Le génie des airs secouait sa chevelure bleue embaumée de la senteur des pins, et l’on respirait
la faible odeur d’ambre qu’exhalaient les crocodiles couchés sous les tamarins du fleuve, La lune brillait au milieu d’un azur
shns tache, et sa lumière gris de perle descendait sur la cime
indéterminée des forêts, Aucun bruit ne se faisait entendre, hors
je ne sais quelle harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des bois : on eût dit que l’âme de la solitude soupirait dans toute l'étendue du désert.
Il était impossible d'évoquer, avec des mots mieux choisis et plus subtilement agencés, la douceur pacifique d’une nuit tropicale. Ce nouveau venu parlait une langue dont l'éclat, l'ampleur et l'harmonie étaient une fête pour tous les sens. Il avait l’art de dépayser ses lecteurs, de mettre sous leurs yeux des tableaux, des sentiments, des mœurs, bref, une nature toute différente de celle qu'ils observaient tous les jours et dont lé charme exotique était pour eux comme une révé-
lation. Enfin, et surtout, il savait les intéresser à ses |
personnages, à leurs tragiques aventures. Il ne leur laissait pas le loisir d’objections pourtant bien faciles : il les entraînait dans le cours de son récit. Lui-même s'était évidemment passionné pour ses deux sauvages, ét l'émotion qu’il avait éprouvée à concevoir et à conter leur douloureuse destinée, il la communiquait au public. M#° de Staël avouait avoir « beaucoup pleuré > en lisant Atala.
C'est que, sans le dire et avec toute sorte de transpositions préalables, Chateaubriand s'était peint luimême sous les traits de l’un de ses héros. Chactas lui ressemble presque comme un frère. L'accent personnel,