FANTASIO
(D'eprès une cravure de l’aquerelle d’'E. Lami).
Un jeune homme charmant el un peu fou, qui s’est donné pour un bouffon et qu’on prend pour un prince, une pure jeune fille dont une gouvernante chimérique a cullivé l'humeur romanesque, voilà quelques types de ce théâtre de jeunesse, d’amour et de poésie.
tour à tour Fantasio l'étudiant espiègle, Valentin le dandy, le petit maître corrigé d'Il ne faut jurer de rien, le sérieux Perdican d’On ne badine pas avec l'amour, Fortunio, le Chérubin attendri du Chandelier et, dans les Caprices de Marianne, tout à la fois le liberlin Octave et le sentimental Cœlio. Et aussi les jeunes filles que Musset excelle à peindre, dont nul n’a su mieux que lui rendre le charme de candeur souriante et de
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pureté. C'est la romanesque Elisabeth de Fantasio, c'est la raisonnable Cécile d’Il ne faut jurer de rien. Camille, l’orgueilleuse d’On ne badine pas avec l'amour, parle déjà un langage de femme. Marianne des Caprices et Jacqueline du Chandelier, qui sont de grandes amoureuses, complètent cette galerie féminine.
Pareille vérité dans la peinture des sentiments, ou, pour mieux dire, d’un sentiment toujours le même, et qui est l’amour. Tous les personnages de Musset ne savent et ne veulent qu'aimer, Perdican est leur por Leparole dans la ie où il exprime la pensée de tout ce théâtre : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et ter malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé ; c’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui ». De cet amour dont il fait le tout de la vie, Musset, dans son théâtre, a su dire les rêves, les joies et les tourments, les contradictions, les malentendus et les fatalités. C’est par là que ce théâtre, qui emprunte à Shakespeare un peu de sa liberté et à Marivaux un peu de son raffinement, s’apparente surtout à celui de Racine.
Ajoutez l’enchantement d’une prose souple, variée, imagée, musicale où fiqtie sans cesse un parfum de P'oCSIe.
Nous pouvons maintenant conclure, et on voit quelle a été au théâtre la contribution du romantisme, Certes, il en subsiste les meilleurs drames en vers de Victor Hugo et tout le théâtre d'Alfred de Musset ; mais il été surtout une insurrection qui a permis de rejeter le joug par lequel se survivait la tragédie morte et de maintenir, sous une forme rajeunie, la tradition du théâtre en vers qui allait heureusement se continuer sur notre scène.
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Le drame, si contestable qu'en soit le genre, a une Eugène Scribe. place dans l’histoire du théàâtre ; au contraire, dans la Comédie l’apport de lécole romantique a été à peu près nul. Scribe (1791-1861) a été
NE
Archives photographiques.
EUGÈNE SCRIBE (D'après le portrait d’Edouard Dubufe).
Gelui qui fut le théâtre fait homme, dont les comédies, vaudevilles, livrets, dénués de valeur littéraire mais véritables merveilles d’invention dramatique et d’agencement, ont longtemps triomphé sur toutes les scènes en France et hors de France.
un auteur dramatique d'une fécondité prodigieuse et qui posséda au plus haut degré l’habileté scénique et les ressources particulières du métier : agencement de l'intrigue, ingéniosité des combinaisons, fertilité d'’invention, tout ce qu'on peut appeler la « mécanique
théâtrale ». Dans ses quatre cent dix-neuf pièces — vaudevilles (ia Demoiselle à marier, 1821), comédies (une Chaîne, 1841), comédies historiques (le Verre. d’eau, 1840), — aujourd’hui complètement rejetées dans l’oubi mais dont le succès à l’époque fut immense, il n’y a ni peinture de mœurs, ni étude de caractères, ni analyse de sentiments, ni observation, ni style, ni aucune qualité littéraire, — et une incontestable valeur de théâtre. Elles prouvent qu’une œuvre peut être œuvre de théâtre, tout en étant entièrement en dehors de la littérature.
Au contraire, après 1850, commence pour notre comé- La comédie de mœurs. die une des périodes les plus brillantes qu’elle ait traversées, Le genre qui domine est la moderne comédie de mœurs à la manière de ses créateurs, Alexandre Dumas fils et Emile Augier.
C’est aux théories de Diderot, aux essais des invei-
Ses origines. teurs du drame bourgeois
et de la comédie larmoyante qu'il faut faire remonter les origines de la moderne comédie de mœurs. Diderot et Sébastien Mercier, Nivelle de la Chaussée et Sedaine ont pressenti l’œuvre à faire et en ont donné des ébauches sans parvenir à la réaliser pleinement.
Cette comédie, vers laquelle s’acheminaient les esprits curieux du xvire siècle, s’est constituée dans la seconde partie du x1x°, en utilisant quelques-unes des nouveautés introduites au théâtre pendant la première moitié du siècle.
C’est d’abord le drame romantique dont elle sut à plusieurs points de vue tirer parti. Le drame romantique admettait le mélange des genres ; de même, notre comédie, tour à tour ingénieuse et pathétique, spirituelle et émouvante, réunira en elle les deux élément: que la doctrine de la séparation des genres tenait
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rigoureusement isolés l’un dans la tragédie, l’autre
dans la comédie. Au moderne drame de passion, tel qu'est Antony, la comédie de mœurs empruntera la description des erreurs et des violences de l’amour qui, la plupart du temps, serviront de principal ressort à l’action. Au drame d'histoire elle empruntera la description du milieu : le soin qu’apportaient les romantiques à reconstituer le cadre des sociétés disparues, elle le mettra à décrire le cadre de la société contemporaine.
Ensuite elle doit beaucoup au roman de mœurs doni Balzac venait de révéler les richesses. Le théâtre est le plus souvent devancé par le roman dans la voie des nouveautés. Balzac venait de brosser dans une suite de romans le plus large tableau d’une société. Il n’y avait qu’à puiser dans ce vaste répertoire de documents humains.
Restait à trouver le moyen d’adapter à la scène celle matière fournie par l'observation. Ce moyen, la comédie de mœurs l’empruntera au théâtre de Scribe. Une intrigue ingénieusement combinée servira de support à l'étude de mœurs. L’habileté à bien mener une intrigue, élément dont s'étaient passés les auteurs de comédies du xvrr° siècle, sera pour ceux du x1x° une importante partie de l’art. Sous toutes les comédies d’Augier ou de Dumas court un vaudeville de Scribe.
Un roman de Balzac soutenu à la scène par une intrigue de Scribe, telle est la formule de la moderne comédie de mœurs.
Le genre nouveau aura pour
objet, suivant la formule
Le système dramatique. d’A. Dumas fils, de peindre non plus «l’homme moral »
dont l'étude après la comé-
die classique n’est plus à refaire, mais «l’homme social », c’est-à-dire de montrer les déformations produites dans le caractère et la conduite des hommes par l’état des mœurs et les institutions du temps où ils
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vivent. Tout devra donc être combiné de façon à présenter, dans un relief saisissant et dans une image grossie, une erreur, une injustice, un défaut, quel qu'il soit, de l’organisation sociale. Les faits seront choisis à dessein et les circonstances arrangées en vue de mettre en pleine lumière le problème moral et social que pose l’auteur. Telle est la comédie de mœurs ou comédie d'observation.
Mais peut-on se résigner à mettre en lumière les vices de l’organisation sociale sans être amené à en indiquer” le remède ? Pourquoi dénoncer le mal si ce n’est afin d’en préparer la guérison ? Les travers de la nature humaine sont éternels, mais l’état des mœurs est par essence variable et changeant, ét doit pouvoir être amélioré. C’est ainsi que la comédie d'observation mène à là pièce à thèse,
Grâce à ce système, les
auteurs dramatiques de la
Les sujets. L'influence. seconde moitié du xrx° siècle
ont pu faire de la société de
leur temps un tableau le plus
souvent fidèle. Si, plus tard, on veut savoir quelle a été
pendant trente années Ja façon de vivre en France dans
une partie de la société et quels courants d'opinion se
sont formés sur quelques-uns des plus graves problè-
mes sociaux, c’est chez les écrivains de théâtre autant que chez les romanciers qu’on ira Se renseigner.
Dans une société égalitaire, les classes en arrivent for- | cément à se mêler ; mais aristocratie et bourgeoisie con: | servent néanmoins certains traits distinctifs, produits | d’une longue habitude, et certains préjugés invétérés. De | là, un premier cycle de comédies consacrées aux rapports des classes entre elles et à leur imparfaite fusion. La révolution économique et industrielle ayant été le plus grand fait du siècle, un fait sans précédent, la queslion d'argent y a pris une importance toute nouvelle, au poiut de primer toutes les autres, C’est pourquoi la question d'argent fait Funique sujet de plusieurs comé-
dies, et on n’en cite guère d’où elle soit complètement absente, Après les questions sociales, voire même politiques, voici venir les questions qui intéressent plus particulièrement la famille : mariage, divorce, rapports des enfants et des parents.
Faisant de toutes ces questions sa matière, la comédie à commencé par décrire les mœurs ; ensuite, se souvenant du vieil adage Castigat ridendo mores, elle à ambitionné de les corriger. Ellé n'a pas seulement reflété l’opinion : elle l’a souvent réformée, Son influence à été grande, au point de se traduire de façon matérielle en amenant certains changements dans la législation.
Le plus vigoureux initiateur du théâtre contemporain est Alexandre Dumas (1824- 1896), fils dé Pauteur d’Antony.
. Dans Ja nature intellectuelle d'Alexandre Dumas fils, se réunissent deux tendances. 11 est d’abord un observateur très pénétrant. Il est de ceux qui aperçoivent sous toutes les apparences qui la voïlent, la parent el la dénaturent, la réalité. I à le coup d'œil net, précis et sûr, la raillerie âpre, amère. I'est tel que certains des personnages de son théâtre, les « raisonneurs », qu'il charge de porter la parole en son nom Olivier de Jalin, de Ryons, Lebonnard, Rémonin. Mais le fils d'Alexandre Dumas ne pouvait manquer de porter en lui une partie de l'héritage romantique. Non seulement les thèses. qu'il soutient sont pour la plupart celles où s'était complu le romantisme, mais par l’outrance où il les porte, par le romanesque de son imagination et par les tons heurtés d’un style qui recherche la couleur et l’effet, il s'apparente au romantisme, Un jour viendra enfin où se révélera chez l’observateur à la vue si mette et à l'esprit si pénétrant, une tendance au fnysticisme. [ lui arrivera de prendre les attitudes, le ton et le langage qui ont été de tout temps ceux des
Les auteurs. Alexandre Dumas fils.
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hiérophantes : « Donc ceux qui voient ayant reconnu à des signes évidents ce qui va se passer, se sont regar-