‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 206 sur 294 · SEE · texte numérisé non relu

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rement acquise au romantisme, elle prête à ses héroïnes l'inquiétude, les aspirations inassouvies, le trouble que l’on désignait sous le nom de « mal du siècle » ; elle

proclame hardiment les droits de la passion, et ne craint pas de se mettre en révolte contre les opinions reçues et les principes mêmes sur lesquels repose la société.

De ces romans de passion, George Sand en arrive par une pente naturelle aux romans à thèse, où la fiction n’est qu'un moyen pour démontrer une théorie. Elle à beaucoup de goût pour les idées ; ces idées, comme on l’a remarqué non sans malice, sont successivement celles des divers écrivains, artistes ou pen- “eurs, avec qui elle a été en relations. Les dissertations, souvent obscures et confuses, abondent dans les romans de cette période, Consuelo, le Compagnon du Tour d2 France, le Meunier d’'Angibault, le Péché de M. Anloine (1840-1845) qui sont de tendance vaguement socialiste.

. C’est dans un genre très

Les romans champê- différent que George Sand « tres ; la dernière ma- donné ceux de ses livres qui nière !. ne doivent rien aux influences du moment ou de

l'entourage, et qui ont le plus de chances de durer. Nous avons vu qu'elle avait au plus haut degré le sentiment de la nature et l’amour des choses de la campagne. Elle n'eut qu'à se souvenir et qu'à s’abandonner à la pente de sa rêverie nostalgique, pour écrire ces chefsd'œuvre du roman champêtre : La Mare au Diable, la petite Fadette, François le Champi, les Maîlres sonneurs (1848-1852). On a reproché à ces romans de représenter les paysans sous un jour trop favorable et de les peindre avec des couleurs d’idylle. Ce reproche n’est qu’en partie fondé. Sans doute, George Sand idéalise les paysans. Mais l’image qu’elle nous en donne 1. Pour la commodité de la classification on dislinguc dans l'œuvre de George

Sand quatre mauièrés : 4° Romans lyriques ou de passion romantique ; 29 Romans socialistes ; 3° Romans champêtres : 4° Romans simplement romanesques.

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n'est point fausse, L'âme paysanne lui était bien connue, avec les mobiles auxquels elle est accessible, les sentiments qui lui sont le plus familiers, les rêves qui la hantent, Si elle a insisté plutôt sur les beaux côtés, afin de. nous faire partager sa sympathie, c'était son droit, peut-être son devoir d'artiste, Enfin, il serait injuste de dire que tous ses paysans se ressemblent : au contraire, elle a su en tracer des portraits finement nuancés el. faire défiler sous nos veux une série de types fort différents. Quant aux descriptions, elles sont d’une fraicheur incomparable ; le récit est aisé, simple, naturel.

Au sortir de ces romans champêtres, l’âme pour ainsi dire rafraîchie et apaisée, George Sand, installée dans son optimisme, donnera désormais des récits d’un sentiment largement humain, d'une poésie souriante, d’une philosophie indulgente, dont le plus célèbre et le meilleur est le Marquis de Villemer (1860).

Facilité, abondance, c'est ce qu'il faut toujours répéter pour George Sand. Elle écrit régulièrement, sans fièvre, accomplissant chaque jour une tâche pareille, Elle n’a d’ailleurs, quand elle commence son roman, aucun plan. Elle laisse les événements se dérouler et s’enchaîner suivant son inspiration du moment, C'est dire que la composition est souvent assez lâche. De même, les caractères ne sont pas marqués d’une empreinte très nette. Mais cette sorte de nGnchalance à son charme. George Sand écrit très bien. Sa langue est correcte et pure. Sa phrase un peu longue a du nombre et de l'harmonie: On a comparé justement son Style à un large fleuve qui s’épanche paisiblement parmi des campagnes heureuses. Pour toutes ces raisons, George Sand doit être mise au premier rang des romanciers de ce siècle. Son œuvre reste le type du roman proprement « romanesque ».

Ses procédés de composition ; son style.

Cependant, l'esprit du Le roman psycholo- xvur° siècle n’était pas mort : gique. Henri Beyle les idées des philosophes (Stendhal). n'avaient pas disparu sans laisser de traces. C’est cette

tradition du xvm° siècle qui, en se continuant, va pro-

Gliché Bulloz

BEYLE-STENDHAL (D’après un pordrail attribué par Mérimée au prince Demidoft).

Figure brutale, d'une impassibilité voulue, bouche mauvaise, c’est le grand contempteur de la nature humaine, héritier des philosophes du xvirie siècle. Après une vie d'aventures et l’Europe parcourue à la suite des armées impériales, il vient d'être nommé consul dans cette Italie dent il fera sa patrie el d'écrire le Rouge el le Noir qui devait le faire si fort admirer cinquante ans plus fard,

804 LE XIXe SIÈCLE.

duire le courant réaliste dans la littérature du x1x° siècle,

Henri Beyle (1783-1842), connu sous le pseudonyme de Stendhal, est un disciple de Condillac, d'Helvétius, de Destutt de Tracy. Il est sensualiste, matérialiste, athée. Persuadé que l'unique mobile de l’activité humaine est Ja recherche du bonheur, l'Italie, où il a trouvé les plus agréables façons de vivre, est sa terre de prédilection. Il a le culte de « l'énergie », par opposilion aux époques où la civilisation détruit l'originalité des individus et efface le relief des caractères : Napoléon est son héros. |

Beyle-Stendhal est surtout l’auteur de deux romans : Le Rouge et le Noir (1831), dont le principal personnage, parfaitement odieux, Julien Sorel, est un type d'égoisme el de basse envie, allant jusqu’au crime, cl la Chartreuse de Parme (1839), peinture de la société italienne. Ce dernier roman commence par une description restée fameuse de la bataille de Waterloo : au lieu de montrer le dessin général de la bataille et de peindre par grandes masses, Henri Beyle ne nous présente que des détails, des épisodes isolés, attendu qu'un témoin ne peut avoir d’une bataille qu’une vision partielle.

Beyle-Stendhal se donne pour être, par profession et comme d'autres sont avocats ou médecins, «observateur Au cœur humain ». C’est un psychologue subtil, d’une pénétration qu'on a d’ailleurs exagérée, cherchant l'originalité dans le paradoxe, soucieux de l'effet, se plaisant à une attitude de sarcasme et d’ironie dénigrante. Comme d’ailleurs il donne une grande importance au tempérament, à l'influence du milieu, et qu'il ne croit guère au libre arbitre, il se trouve par là préparer nos écrivains réalistes ou naturalistes. Son style, qu'il affectait de calquer sur celui du Code civil, est d’une précision et d’une sécheresse voulues.

« Je serai compris vers 1880 » disait Beyle. Et il est vrai qu'il a, vers cette date, trouvé ses plus fervents admirateurs. Néanmoins, son influence est très sensible déjà sur Mérimée et sur Ba!zac. « Les idées de Stendhal sur les hommes et sur les

Prosper Mérimée : la nouvelle.

Gliché Bulloz.

PROSPER MÉRIMÉE (D’après son portrait par lui-même — 1828).

L'auteur du Théâtre de Clara Gazul, le mystificateur à la suite de Stendhal, qui affecte ici de se faire la figure d’ange de Byron. dont tous rêvaient alors, le fervent de notre art monumental, qui allait devenir le maître d’un genre : la nouvelle.

choses, écrit Mérimée, ont singulièrement déteint sur

les miennes ».

Prosper Mérimée (1803-1870) a, en effet, avec Stendhal beaucoup de points de contact. Il est comme lui

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sec, ironique, railleur, mystificateur, Comme lui, 4 affectionne les époques et les pays où lénergie est inlactée el n'a pas été atténuée par la civilisation : le xvi siècle, l'Illyrie, la Corse. Mais il a une culture variée, un savoir précis qui manquait à Stendhal : ii est connaisseur d'art, historien, archéologue, curieux de linguistique : il est en outre l’un de ceux qui nous ont initiés à la connaissance des littératures étrangères ct notamment de la littérature russe.

Mérimée, qui a débuté par des fantaisies dramatiques, Théâtre de Clara Gazul (1825), et donné un roman historique remarquable par le souci d’exactitude, la: Chronique du règne de Charles IX (1829), est surtout | un admirable auteur de nouvelles. I a restauré ce genre très français dans Colomba (1840), Tamango, la Vénus d'Ille, Carmen (1847), etc. Dans le cadre étroit d’un court récit, il excelle à faire tenir la peinture d’un milieu, les traits qui dessinent un cäractère. Il à l’art du récit rapide, une sorte de pathétique contenu, sans exclamations ni effusions. Son style, par son éclat sobre non sans sécheresse, donne l'impression jusqu'ici justiliée, de ce qui ne doit pas vieillir. |

Mais le grand maître du roman, c'est Balzac. Comme Molière personnifie chez nous la comédie, Balzac est la plus complète personnification du roman français. Créateur de génie, il a su inventer une société imaginaire dont l’organisation est aussi com-! plexe et la vie aussi intense que celle de la société réelle.

Honoré de Balzac est né à Tours, en 1799. Il fut d’abord clerc de notaire, puis associé d’un imprimeur, fit de mavaises affaires et contracta des dettes qui depuis vont peser sur toute sa vie et lui donner cette préoccupation de l’argent qu'on retrouve dans toute son œuvre, Pour s'acquitter, —— mais surtout pour réaliser son rêye d'écrivain et obéir à sa fièvre de création —-

Balzac ; sa vie ; son caractère.

il se condamne à un effrayant labeur : il s'enferme dans Son cabinet de travail pendant des Semaines, ne voit plus personne, fait du jour la nuit, travaille dix-

huit heures de suite, à la clarté des bougies. Il suc- - Comba littéralement à cet excès de travail : il est mort

BALZAC (D’après le daguerréotype de Nadar — 1842).

, Puissance el vulgarité, regard perçant et lèvre sensuelle, l'air d’un «sanglier joyeux», carrure d’ouvrier robuste, tel nous apparaît le romancier qui, en vingt ans, créa, tout un monde, mit sur pied une société complète dans la Comédié Humaine et mourut victime de cet écrasant labeur. ; use

à cinquante et un ans, en 1850. Vingt années lui avaient suffi pour édifier ce monument impérissable qu'est la Comédie humaine. |

Au physique, robuste, trapu, les épaules larges, les cheveux abondants, « le rire fréquent et bruyant, les

808 © LE XIXe SIÈCLE. FA à

dents solides comme des crocs », Balzac est une force de la nature. De tempérament exubérant, excessif, il mänque de goût. Il s’admire naïvement. Il se donne le titre de « maréchal des lettres ». Il dit : « Il n’y a que trois hommes à Paris qui sachent leur langue : Hugo, Gautier et moi ». Mais il est doué d’une imagination de visionnaire : les personnages créés par sôn esprit vivent devant ses yeux ; il les voit, tels qu'ils sont, avec les passions, les vertus et surtout les vices qu'il a mis en eux ; il s'intéresse aux aventures qu'il leur prête, comme si elles avaient lieu réellement, s'inquiète de leur avenir, tremble de leurs dangers, donne de leurs nouvelles comme de personnes de son entourage. Par là déjà, on peut juger des mérites éminents de l’œuvre de Balzac et de quelques défauts qui y sont inhérents.

Afin d'embrasser tous les aspects de la société. Balzac La« Comédie humaine». eut l’idée, en cours de route, de relier tous ses romans entre:

eux suivant un plan général.

(1842). L'ensemble porte le titre de la Comédie hu-. maine. Il se subdivise en catégories dont chacune contient plusieurs romans. Scènes de la vie privée, la! Femme de trente ans (1831), la Maison du chat qui pe-! lote (1830), ie Colonel Chabert (1832). — Scènes de la vie! de province, Eugénie Grandet (1833), le Lys dans la vallée (1835). — Scènes de la vie parisienne, le père Goriot} (1834), Grandeur et décadence de César Birotteau (1837), la maison Nucingen (1838), la cousine Bette, le cousinh Pons (1847). — Scènes de la vie politique, Une ténébreuse affaire (1841), le député d’Arcis (1847). — Scènes de la vie militaire, les Chouans (1829). — Scènes de Ia vie de campage, le Médecin de campagne (1833), le Curé de village (1839), les Paysans (1844). — Etudes philosophiques. — Etudes analytiques. — De l’un à l’autre de ces romans on retrouve les mêmes personnages qui s’y rencontrent comme dans la vie réelle, qui ont entre eux des rapports de famille et de société.

Fac-similé d’une épreuve corrigée par Balzac. (La femme supérieure (1837). Edition Conard, t. x1x, p. 33-35). }

Couvertes de ratures, de corrections et d’additions, les épreuves de Balzac, qui faisaient le désespoir des typographes, sont un document significatif de sa facon de composer.

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Outre les romans réunis sous celte appellation générale, Balzac a donné lés Contes drolatiques (1832-1837), écrits dans un style de convention qui est un pastiche de la langue du xvi siècle, et des pièces de théâtre dont la meilleure est Mercadet ou le faiseur (1838).

Dans la préface de Ja Comédie humaine, Balzas indique son intention d’écrire « l’histoire naturelle » de l’homme. Tel est le point de vue où il se place : c'est le point de vue du savant, De là découlent diverses conséquences. Le savant ne prend pas parti : il ne s’indigne pas, il ne condamne pas, il ne juge pas. Son rôle est seulement de décrire, d’analyser, de classer. Tout ce qui existe sollicite également son attention : la laideur autant que la beauté, le mal autant que le bien. Ou plutôt il n’y à pour lui ni beauté, ni laideur, ni bien, ni mal ; il n’y a que les manifestations variées de la vie, Il assimile l’homme à un animal ou à une plante. Par suite, il ne tient pas compte de la liberté, mais il explique toute l’activité humaine d’abord par l'instinct, par le tempérament physique, par les tendances héritées, enfin par l'influence du milieu et l’action déterminante des circonstances, rencontres et hasards. À vrai dire, Balzac est homme d'imagination, non de science, mais le point de vue scientifique lui sert à justifier les tendances de son imagination. Dépourvu de délicatesse et de distinction, il échouera dans la peinture de l’humanité supérieure, il réussira surtout dans l’étude de la vulgarité, des manies et des vices.

Ainsi sont déterminés les types qu’on rencontrera dans les romans de Balzac. Les gens du monde y ont des manières, des sentiments, des façons de penser vulgaires, Les hommes d’esprit y ont un esprit de commis voyageurs. Quand il veut exprimer l'élégance, la noblesse, la générosité, Balzac se guinde. Ses peintures de l’honnête femme et de la jeune fille ont de la gau-

Sa conception du roman ; ses types ; son style.

cherie. Il est adimirable toutes les fois qu'il met en scène l'être hnmain déformé par lé imétier, enlaidi par le ridicule ou par le vice. Commis, employés de bureau, hôtes des prisons, convives des tables d'hôte, provinciales prétentieuses et revêches, femmes coupables font dans son œuvre une galerie sans pareille.

On se tromperait d’ailleurs si l’on croyait que Balzac se contente de peindre l’humanité moyenne et les carac- : tères médiocres. Ce n’est pas en ce sens qu'il est réaliste. Au contraire, ce qu’il étudie de préférence, c’est comment une faculté, grandissant hors de toutes proportions chez un individu, dérange l’équilibre, crée une sorte de monstruosité, fait de l’homme l’esclave d’une passion tyrannique. Ainsi l'individu s'élève à la hauteur du type. Les grandes créations de Balzac sont comparables aux plus puissantes de l’art classique. Le père Grandet est l’Avare au même titre qu'Harpagon. Ses principaux personnages sont des maniaques possédés par l’idée fixe, asservis par la passion à laquelle ils appartiennent tout entiers : maniaques de l’avarice (Grandet), de la sensualité (le baron Hulot), de la faiblesse paternelle (le père Goriot), de l’ambition (Rastignac).

Les romans de Balzac sont touffus et d’un abord difficile, en raison des préparations qu’il accumule au début du récit. Soucieux de nous donner des renseig#nements complets sur le milieu où se passe l’action, et sur les antécédents des êtres qu'il va faire vivre devant nous, Balzac s’attarde en de minutieuses descriptions. Il décrit la ville, la rue, la maison, l’appartement, le mobilier ; il a des inventaires d’huissier, des notes de tapissier. Son style est rocailleux, embarrassé, lourd, compact. Mais ce style, auquel manquent l'élégance aisée et parfois même la propriété des termes, a le relief ét la puissance. Il grave les figurés dans la mémoire. Comme celui de Molière, et pour des raisons analogues, il contribue à donner âvec une extraordinaire intensité, l'impression de la vie.

La Comédie humaine, suivant le mot de Taine, est le plus vaste « répertoire de documents humains ».

Non seulement Balzac à fait un tableau de la socicté française qui, remontant au temps de la Chouannerie el de l’Empire, embrasse toute la période de la Restauration et de la Monarchie de juillet, mais il a pressent la société du second Empire qui semble s’être modelée sur celle de la Comédie humaine. Et il a créé des types qui valent pour tous les temps. Nul écrivain n’a fait plus victorieusement « concurrence à l’état civil ».

Dans la seconde moitié du

xix° siècle, le roman a pris

Le roman après 1850. une extension plus grande

encore. Il tend à devenir !e

genre unique qui englobe

tous les autres. Les mêmes tendances s’y rencontrent

que nous avons déjà notées dans la première partie du

siècle, toutefois avec cette différence que le courant

réaliste devient de beaucoup le plus puissant. L'’initia-

teur et maître, dans cette nouvelle période, est Gustave

Flaubert. C’est de lui que procèdent tous les romanciers

qui ont suivi. Et il est l’auteur d’un des chefs-d’œuvre du roman : Madame Bovary.

L'originalité de Gustave

Gustave Flaubert. Ro- Flaubert (1821-1880) est

mantisme et réa- qu’en lui se combinent les

lisme. éléments du romantisme avec ceux du réalisme.

Ce géant, aux épaules et aux moustaches de vieux chef northman, qui emplit de ses éclats de voix son vaste cabinet de travail, est par ses goûts et dans le fond de sa nature un romantique. Du romantisme il à les puérilités : telle, cette haine du bourgeois qui chez lui est naïve, sincère et persistante, qu’on retrouve dans tous ses livres et qui lui a inspiré des créations devenues fameuses. C’est par horreur pour notre médiocrité moderne qu’il s’enfuit vers les civilisations antiques ei que, pour se « débarbouiller » de la vulgarité bourgeoise de Madame Bovary, il se jette dans la truculence de Salammbô. Il incarne la sottise bourgeoise, ren-

= forcée de présomption faussement scientifique, additionnée de bassesse et d’envie, dans le type du pharmacien Homais. TI consacre sa dernière œuvre à

FLAUBERT (D’après le portrait de Mc F, Sabalier).

Lxtrait de l‘laubert, par R. Dumesnil (Desclée et de Bronwer, éditeurs).

collectionner les niaiseries qui peuvent éclore dans le cerveau de deux petits bourgeois, Bouvard et Pécuchet. Mais il sait aussi admirer le romantisme pour ce qu'il y à eu en lui de meilleur. Chateaubriand, Victor Hugo sont pour lui l'objet d’un véritable culte. Il déclame les vers de l’un, la prose rythmique de l'autre. Il à comme eux Je plus vif sentiment de la forme : 11 à

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souffert les « affres » du style, passant des heures sur une phrase, ne consentant à la mettre par écrit que lorsqu'il se l’est déclamée à lui-même et que le rythme lui en a donné satisfaction.

D'un autre côté, par sa conception de l’art et de !a vie, Flaubert est réaliste. Suivant la tendance qui domine après 1850, il n’admet pas que l'écrivain se mette dans son œuvre, qu'il y intervienne personnellement pour y exprimer les façons de penser qui lui sont particulières, ou épancher sa sensibilité. L'œuvre doit être impersonnelle, objective. Il en bannit tout souci étranger à l’art, celui même de la morale. I] ne croit pas à la liberté. Fils de médecin, il est très préoccupé de physiologie el y subordonne la psychologie. Il peint la

vie telle qu'elle lui apparaît ; et elle lui apparaît mauvaise.

Ces deux tendances, l’une PRom:ns de vie moderne réaliste, l’autre romantique, et Romans d’archéo- alternent dans l'œuvre de logie. Flaubert. On peut classer ses romans en deux catégories Madame Bovary (1857), l'Éducation sentimentale (1869), un Cœur simple (1877), Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881) sont des romans réalistes par les sujets étudiés, par les personnages mis en scène, par la peinture de la vulgarité moderne. Salammbô (1862), roman carthaginois, la T'entation de saint Antoine (1874), Hérodias, la Légende de saint Julien l’Hospitalier (1877) sont des romans d'archéologie, d'histoire ou de fantaisie légendaire. Mais il va sans dire que certaines qualités foncières se retrouvent les mêmes dans ces deux ordres de romans : même besoin de précision, que ce soit dans l’observation de la réalité ou dans la recherche des documents historiques, même souci de la composition et du style.

Il faut faire dans l’œuvre de Flaubert une place à part à Madame Bovary. Flaubert s’y est proposé de montrer quels peuvent être dans la cervelle d’une petite bour-

geoise les ravages d’un faux idéal de lyrisme et de sentimentalisme. Il a placé cette étude dans un cadre de mœurs provinciales. L'analyse aiguë de la crise morale, la peinture si exacte de la vie de province, le relief des types, la précision des descriptions, la vigueur de la composition, l’éclat et la sobriété du style font de ce livre une œuvre achevée.

Des exemples de Balzac et de Flaubert et des théories mal interprétées de Taine, est sortie une école littéraire qui s'intitule l’école « naturaliste », et dont le chef a été Emile Zola.

Le naturalisme, c’est encore le réalisme, mais poussé à l’extrême. Non content de prendre au pied de la lettre les idées exposées dans la Préface de la Comédie humaine, mais les exagérant jusqu’à l’absurde, le naturalisme affiche des prétentions scientifiques et tente d’assimiler les procédés de la littérature aux procédés de la science. Emile Zola se donne pour un disciple de Claude Bernard.

Le romancier naturaliste, tel qu'il le définit, commence par l’observation : il recueille des documents humains ; il note sur son carnet les faits dont il à été le témoin, les anecdotes qu'il a entendu conter, une figure, un mot, une attitude, un geste. Ce sont les premiers imatériaux de l'œuvre. Mais observer ne suflit pas, il faut expérimenter. Le roman doït être expérimental. — De même, c’est aux dernières hypothèses de la science que les romanciers naturalistes empruntent leur conception de l’activité humaine. Ils font notamment le plus grand usage des lois de l’hérédité. — Ainsi, le roman naturaliste serait, d’après la théorie, œuvre de science autant que de littérature.

Ne nous contentons pas de dire que cet appareil scientifique n’est chez ces romanciers qu’une apparence, un trompe-l’œil. Il y a plus. Rien n’est plus dangereux que Femploi de Fa science quand celui qui

L'école naturaliste.

Les théories.

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sc largue d'y avoir recours manque de l'indispensable préparation : « Science sans conscience » disait Rabelais. De même, rien n’est plus décevant que la science sans l'esprit scientifique. L’étalage d’une prétendue science dans le roman naturaliste n’est qu’une grossière parodie.

Ecartons le fatras de ces grands mots : il reste que les romanciers naturalistes ont été des observateurs de la vie moderne qui, de parti pris, n’ont voulu en connaître et en décrire que les vilenies, les tares et les hontes. Le naturalisme a été, dans l’histoire du roman, une crise de grossièreté. S’adressant à la foule illettrée, il a marqué un abaissement passager du goût. C’est également de lui que date l'introduction dans la vie littéraire de la publicité commerciale qui «lance» les ouvrages de l'esprit à coups de réclame et traite les « produits » de la littérature comme n'importe quelle marchandise,

Re et Re de St ‘école. naturaliste, Emile Émile Zola « Les Rou- ; 1, (1840-1902) s’est, plus

gon-Macquart ». qu'aucun autre, appliqué à en exécuter rigoureusement le programme. À l'exemple de Balzac, dont il se croyait naïvement le continuateur, et ne visant à rien de moins qu'à donner un pendant à la Comédie humaine, il s’est cfforcé d'établir une relation entre les différents romans qui composent les Rougon-Macquart, histoire naturelle el sociale d'une famille sous le second Empire. Le lien qui réunit ces romans est d'ailleurs des plus lâches et dépourvu de toute signification. Deux de ses romans surtout, l’Assommoir (1877), où il a donné une pein- Lure poussée au noir et outrageante du bas peuple de Paris, et Germinal (1885), tableau dramatisé de la vie dans les mines, ont eu un succès retentissant et scandaleux. — Zola est un peintre des instincts les plus bas de la nature humaine, incapable de camper uu individu vivant, el qui ne réussit qu'à brosser des tableaux de foules déchainées. Sax manie descriptive

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