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802 LA FIN DU XIXe SIÈCLE ET LE DÉBUT DU XXe SIECLE.
les treize portes de la ville), cet art raffiné mêlait une expression aiguë de la sensibilité moderne.
La, grâce d'Albert Samain (1858-1900) ne paraissait pas moins pénétrante ; elle assouplissait le vers parnassien jusqu’à en faire un instrument musical aussi subtil que le vers de Verlaine. Samain est surtout un élégiaque ; il a senti profondément la tristesse dans l'amour ; il Fa parée, dans Au jardin de l'infante (1893), de somplueusés images
Mon âme est une infante en robe de parade, Dont l’exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d’un vieil Escurial, Ainsi qu’une galère oubliée en sa rade ;
Son page favori qui s'appelle Naguère,
Lui lit d’ensorcelants poèmes à mi-voix, Cependant qu’immobile, une tulipe aux doig:s Elle écoute mourir en elle leur mystère.
Albert Samain, comme Du Bellay, comme Chénier, appartient au chœur des poèles morts jeunes qui n’ont pu remplir tout leur destin.
Il, — LA RÉACTION CONTRE LE SYMBOLISME.
Méime au temps de sa plus grande faveur, le Symbolisme dut partager sa domination avec d’autres écoles. Un certain nombre d'excellents poètes continuèrent à se réclamer des Romantiques et des Parnassiens, de qui les influences se concilièrent dans leurs œuvres.
C’est ainsi que Jean Rêhe:
pin (1849-1926) reprenait le
Les Néo-Parnassiens. thème romantique de la révolte contre les conven-
ions et les hypocrisies socia-
les. Sa Chanson des Gueux (1876), avec une virtuosité éblouissante, qui unissait le souvenir de Villon et le vocabulaire de Rabelais à l’influence de Victor Hugo,
célébrait la misère, l'indépendance et la fierté des vagabonds et des irréguliers. Ce défi aux préjugés, — qui h'épargnait pas toujours les sentiments les plus respec-
LA POÉSIE. 893 tables, > Jean Richepin l'a soutenu avec éclat dans les recueils suivants : Les Caresses : Les Blasphèmes ;: la Mer :
ils ont affirmé son talent puissant et sonore, auquel
JEAN RICHEPIN (D'après une eau-forle de Lefort, 1876).
Le poète à l’âme ardente, dont les premiers livres firent scardale et dont toute l’œuvre, qui vaut surtout par sa virluosilé, procède d’une rhétorique enflammée.
n'ont manqué que le goût de la mesure et une plus grande défiance de la rhétorique et de ses excès. Restèrent, comme lui, fidèles aux influences antérieures: Edmond Haraucourt, interprète éclatant d’un sombre pessimisme (l’Ame Nue, Seul) ; Auguste Dorchain (1857-1931) (la Jeunesse Pensive, Vers la Lumière),
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en qui revivent la noblesse de pensée et l'inquiétude d'u SuNv Prudhommie,
Dès 1892, Jean Moréas fondat l'Ecole Romane qui L'École Romane. proposait comme modèles aux poètes les représentants de la plus pure tradition française remontant de Racine jusqu’à Ronsard, et qui aboutit bientôt à un retour vers l’antiquité. « Mon ins- Unct, explique-t-il, n'avait pas tardé à m'avertir qu'il fallait revenir au vrai classicisme et à la vraie antiquité, ainsi qu'à la versification traditionnelle la plus sévère. Et, en plein triomphe symboliste, je me séparai courageusement de mes amis.» L'œuvre de sa maturité, les Stances (1898), est le fruit de cette conversion raisonnée. Par la pureté du rythme et de la langue, où reparaissent quelques discrets archaïsmes, la forme de ce recueil est toute classique. Le poète y reprend, en les disciplinant, ies thèmes généraux du lyrisme à toutes les époques.
Le poète symboliste s’iso-
lait dans la légendaire «tour !
Les humanistes. d'ivoire ». Au début de ce
siècle, la poésie fut heureuse-
ment rappelée vers la beauté
de l’action, de l'effort, de la vie. Le groupe des Huma-
nistes dont le chef, Fernand Gregh, publia le mani-
feste en 1902, reprit, pour l’appliquer au poète, le mot
célèbre de Térence : «1! est homme, et rien de ce qui
est humain ne doit lui être étranger. » Dans les prin-
cipaux de ses recuéils (les Clartés humaines, l'Or des
Minutes, la Chaîne éternelle, Couleur du temps), Fer-
nand Gregh traduit avec souplessé les émois d’une sen-
sibilité ardente et fine, où les inquiétudes dé la pensée contemporaine se prolongent en ondoyants frissons.
En dehors de toutes les écoles, mais conciliant har-