‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 228 sur 294 · Avec Charlès Maurras et Ernest Raynaud · texte numérisé non relu

Avec Charlès Maurras et Ernest Raynaud

imonieusement leurs suggestions, Pant Fort fait revivre la vieille forme de la ballade, qu'il affranchit des contraintes trop rigoureuses et qu'il élargit musicalement : ses Ballades françaises (1921) reflètent à la fois l’histoire

et la nature à travers l'âme d’un gentil trouvère, trop indulgent à sa facilité,

Cliché Bulloz, LA COMTESSE DE NOAILLES.

Dans ce portrait stylisé qu’elle a tracé d’elle-même, l’ardente poétésse a voulu traduire ce qu’elle sentait de plus profond en elle: le goût de la vie et l’éblouissement d’une âme ingénue devant les choses de la nature;

Le lyrisme féminin entonne

énfin, à voix éclatante, ce

Le Lyrisme féminin. qu'on appellerait volontiers l'hymne de confiance à la vie.

La plus ingénue et la plus

à émerveillée » des Muses nouvelles, la Comtesse de

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Noailles1 (1876-1933), bondit en 1901, dans le jardin de la poésie, avec une ferveur enivrée ; distribuant son «cœur innombrable » entre les mille aspects des choses, elle confond son âme avec celle de la nature. L’ivresse de vivre respire en ses poèmes, et l’insatiable avidité

D'être, d’être toujours et sans fin, d’être, d’être...

Ce goût passionné et païen de la vie l'amène à médiler sur la mort ; cette méditation introduit dans ses derniers vers une gravité pensive et pathétique dont on avait pu regretter l'absence dans les premiers. Les uns el les autres doivent beaucoup, pour la forme, à l’influence des grands romantiques ; leur facilité aurait parfois gagné à être disciplinée par un art plus patient.

M% Gérard d'Houville a moins de frénésie romantique, une grâce plus égale, une fantaisie plus harmonieuse qui l’apparente tour à tour à Racine et à Musset. De la nature elle goûte les charmes nuancés plu- IÔt que le sauvage attrait ; elle aime

Le goût el la saveur succulente d’un fruit, Le rayon de soleil qui me dore la joue,

Et l'heure paresseuse où le rêve se joue, Et le petit croissant de lune dans Ia nuit...

Elle a interprété, avec une émouvante sobriété, !à grand thème de l’amour et de la mort, et en des vers de foime toute classique, elle a peint, au pays infernal,

Le rameur qui m'a pris l’obole du passage Et qui ne parle pas aux ombres qu’il conduit...

Toutes ces influences, et celle aussi d’une sorte de logique intérieure qui s’est exercée sur les plus sincères et les meilleurs poètes, ont amené une transformation totale de la poésie symboliste.

Charles Guérin (1873-1907), cœur tendre, esprit inquiet, à la recherche d'une foi qu'il finit par trouver

Le néo-symbolisme.

Henri de Régnier.

1. Elle a publié: L? Cœur in1ombrable (1901); l'Ombre des jours (1902) ; trs Eblouissements (1907) ; Les Vivants et Les Morts (1913) ; les Forces élerneiles (1920),

dans le catholicisme, a écrit dans Le Cœur solilaire, 1898 ; le Semeur de Cendres, 1901, des poèmes d’une émotion pénétrante, où le doute atteint à un accent presque tragique.

Henri de Régnier, après 1900, revient, sans tapage

Archives pholograpriques. JTENRI DE RÉGNIER (D’après le portrait de Capiello).

Dans sa haute silhouette d’une élégance aristocralique, contemplant par-dessus les spectacles d’aujourd’hui son rêve de beauté, c'est le noble poète qui, engagé d’abord dans les rangs des symbolistes, a repris le grand chemin de la pure {radi ion francaise.

mais avec netteté, au vers traditionnel, assoupli d’ailleurs sous sa plume à toutes les libertés que n'’interdit pas un juste sentiment de l'harmonie. C’est dans ses recueils de cette époque ! qu'on trouve l'inspiration la plus pure et la plus caractéristique de ses vingt dernières années.

1. Les Médailles d'argile (1900) ; La Cité des Euux (1902) ; lu Sandale ailée (1906, ; le Miroir des Heures (M0) , Vestigta Flamme (1921).

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Tantôt, il fait revivre des légendes et des paysages ‘tiques (Hélène de Sparte, Hercule), où bien il évoque le peuple inférieur des demi-dieux de l'antiquité, satyres, naïades, sylvains, en qui éclate la vie universelle ; tantôt, il s’altarde dans les villes de rêve, à Venise, ou à Versailles, « cité des eaux ».

Son vers, qui suggère l’idée d’une indolence haulaine, s’égale sans effort à toutes les nuances de la beauté, 11 n’est point impassible cependant ; derrière lui transparaît le frémissement d’un cœur que l’écoulement inévitable des choses attriste sans le désespérer, ei qui se défend mal contre la blessure de l'amour

Car la forme, l'odeur, et la Couleur des roses Sont la seule beauté dont on ne souffre pas.

Ainsi ressuscite, dans l’âme douloureuse d’un contemporain, la voluptueuse mélancolie d'un Ronsard.

Emile Verhaereni (1855-1916), poète abondant et fougueux, à incarné en son œuvre touffue l’âme de la Flandre belge ; Francis Jammes, parti d’une ingénuité raffinée où l'humour avait sa part, a tenté, parfois avec bonheur, de chanter les joies mystiques d’une âme chrétienne récemment convertie.

On rangerait, au contraire, parmi les néo-parnassiens

en qui l’on retrouverait plus d’une trace de l’influence symboliste, Sébastien-Charles Leconte (1865-1934), André Rivoire (1871-1930), d’autres encore qui commençaient tout juste de se faire apprécier à la veille de la guerre.

RÉSUMÉ

320. En réaction contre l’école parnassienne, le symbolisme réintègre le rêve dans la poésie et l’apparente à la musique plutôt qu'aux arts plastiques.

321. C'est de Baudelaire (1821-1867) et de son art morbide que procède l’école symboliste qui a pour

1. Œuvres. — Les Flamandes (1883) ; les Campagnes hallucinées (1893); Les

Villes tentaculaires (A895), les Visages de ln vie (1900); là Multiple splendeur (1906) ; Les Ailes rouges de la guerre (1916).

iiliateurs Arthur Rimbaud (1854-1891) et l’énigmati-

que Stéphane Mallarmé (1812-1898).

322. Son meilleur poète est Paul Verlaine (1844- 1896) dont la vie et l’œuvre, oscillant du cynisme à la dévotion, ont été comparées à celles de Villon et dont quelques chansons ont la naïveté de l’âme populaire.

323. Néanmoins le courant venu du romantisme se continue dans. l’œuvre brillante et sonore de Jean Richepin (1849-1996).

324. Henri de Régnier comme Jean Moréas (1856- 1910) s’esi peu À peu dégagé du symbolisme pour reprendre avec plus de souplesse et de liberté la tradition parnassienne.

325. Le lyrisme féminin est représenté par la Comtesse de Noaïlles (1876-1933) qu'inspire une adoration toute païenne de la nature et de la vie, et par Mme Gérard d’Houville dont la mélancolie s’encadre dans une forme toute classique.

LECTURES RECOMMANDÉES

Brunetière, Æssais sur la liltérature contemporaine.

L'évolution de la poésie lyrique au XIX® siècle. — Jules Lemaitre, Les Contemporains. — A. France, La vie litléraire. — Ernest Raynaud, Charles Baudelaire. La mêlée symboliste. = Paul Verlaine, Les Poèles maudits. — André Beaunier, La poésie nouvelle, —"G. Kahn, Symbolistes el décadents. — J: de Gourmont, Henri de Régnier el son œuvre. De

TEXTES À CONSULTER

Ch. Baudelaire, Les fleurs du mal (Garnier). — Paul Verlaine, Œuvres complètes (Vanier). — Mallarmé, Poésies (Nouvelle Revue française). — Henri de Régnier, Jean

Moréas, Albert Samain, Charles Guérin, Œuvres (Mercure de France).-— Comtesse de Noaïlles, Œuvres (Galmann Lévy). Richepin, Haraucourt, Œuvres (Fasquelle). — Gérard d'Houville, Poésies (Grasset).

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