ANATOLE FRANCE
C’est ici le conteur philosophe et sceptique, le père de Jérôme Coignard et de Monsieur Bergeret en train de visiter une cathédrale,
de vieux savant sceptique et doux ; c’est, en réalité, de son propre esprit libre et agile, nourri de tous les sucs de l’humanisme qu'il dessine ainsi le portrait. Cet esprit, il le promène ensuite à travers des décors empruntés à l’hellénisme raffiné de la civilisation alexandrine où l'esprit chrétien commençait de s’infiltrer (Thäïs, 1890), puis à notre xvrrr° siècle (la Rôlisserie de la reine Pédauque ; les Opinions de Jérôme Coignard,
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1893), Enfin, il aborde résolument l'étude .de notre époque dans la série de ses romans d'histoire contemnporaine ({’Orme du Mail, le Mannequin d'osier, l’Anneau d'améthyste, M. Bergeret à Paris, 1896 à 1901). Ces romans, qui sont à peine des romans mais plutôt des chroniques au jour le jour, inspirées par l’actualité et que relie le fil le plus ténu, montrent jusqu'où le cenre du roman étend désormais ses frontières sans cesse élargies. L'inoubliable M. Bergeret y juge, avec une indulgence à vrai dire décroissante de livre en livre, les ambitions, les amours, les préjugés, les partis pris du monde bourgeois vers la fin du xix° siècle. Autour de lui, l'ironie d’Anatole France esquisse de vifs croquis de la vie de province et groupe des figures légèrement caricaturales. Mais, plus encore que dans les portraits, c'est dans les « conversations » qu'il excelle. Nul aujourd’hui n’a su « causer la plume à la main »,.avec autant d'aisance et d’ingéniosité. Ces qualités, à travers
lesquelles se joue une grâce un peu fuyante, sont aussi
celles de son style souple et nuancé.
Si l'ironie est l’attitude où s’est tenu Anatole France, celle ne fut jamais qu'un point de départ pour Maurice Barrès (1862-1923). Après avoir quelque temps subi le sortilège de Renan, Barrès réagit bientôt pour adopter les idées qui sont l’armature de l’œuvre historique de Taine. Il a été le guide d’une génération, celle qui a précédé et qui a fait la guerre de 1914.
Ses premiers romans (Sous l’œil des Barbares, 1888 ; Un homme libre, 1889 ; le Jardin de Bérénice, 1891 : l'Ennemi des Lois, 1892) constituent l’évangile d’une religion inquiète et passionnée, qu'il désigne sous le nom de «culte du Moi ». Il s’y applique à réagir contre l'esprit scientifique et naturaliste qui dissout la personnalité dans les choses ; il montre comment un jeune homme, avide et ardent, tente de se former une personnalité et lutte pour la défendre contre « les Barbares » qui veulent le plier à leur image. L’ « égotisme » s’y accompagne d'ironie et atteste un goût très vif de la
vie intérieure, Le style, tour à tour lyrique et philo-
ef
sophique, est d’un contour précis, nerveux, d’une sécheresse voulue.
Mais chez Barrès, comme chez Bourget, et en partie sous l'influence de celui-ci, se fait une évolution dont procèdent les livres qui composent le « Roman de l'Energie Nationale » (Les Déracinés, Leurs Figures, L'appel au soldat, 1897 à 1902) ; et ceux qui évoquent
Cliché H. Manuel,