‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 47 sur 294 · IT, —— LA LANGUE · texte numérisé non relu

IT, —— LA LANGUE

Le vocabulaire du xvi° siè- ; cle est très riche : le défaut Le vocabulaire. en est moins la pénurie que

la surabondance.

Il conserve beaucoup de mots du moyen âge qui disparaîtront dans la suite : ains, moult, cil, ahan (effort), baller (danser), cuider (croire). Il fait au latin des emprunts indiscrets, et nous observons, dès le début du siècle, la manie qui consiste à semer la prose et les vers de mots qui n'ont de français

Vican

ANTOINE MACAULT PRÉSENTE À FRANÇOIS Ier sA TRADUCTION

DE DiODORE DE Sicire (d’après une miniature du XVIe siècle).

Ge magnifique portrait qu roi qui, protecteur de Marot et de Rabelais et fondateur du Collège de France, a mérité le nom de Père des Lettres françaises, à sa place dans l’histoire littéraire. Il est représenté ici, entouré de sa famille et de sa Cour, avec son lévrier, son singe, une tête de cerf, el les belles architectures nouvelles de son château de Villers-Collerets, la première des demeures de la Renaissance,

LA LANGUE. ADP

que la terminaison. En 1529, Geoffroy Tory, dans son Champ fleury, s'indigne contre les écumeurs de latin

« Quant escumeurs de latin disent : « Despumoàs la verbocination latiale et transfrétons la Sequane au dilucule et crépuscule ; puis déambulonspar les quadrivies etplatées de Lutèce, me semble qu'ils ne se moquent seulement @e leurs semblables, mais de leur personne. »

Rabelais à reproduit cette protestation dans son épisode de l’Écolier limousin. Mais c’est la Pléiade, tant calomniée sur ce point, qui a réagi contre cette tendance. Ronsard et du Bellay ont réclamé l’usage de mots purement français ; et ils ont, quoi qu’on en ait dit, conformé leur pratique à leur théorie.

Nos rapports avec l'Italie ont contribué à faire passer dans la langue beaucoup de termes d'emprunt : termes de cour (courlisan, camérier, altesse), de guerre (bataille, alerte, escadron), de plaisir (bouffon, carnaval). L’imitation de l'Italie est une mode aristocratique et courtisanesque, Ronsard, du Bellay, Henri Estienne eurent le bon goût d'attaquer vigoureusement cette importation.

L'Espagne, elle aussi, commence à influer sur les

mœurs ct sur la langue française. Mais cette influence

n’est encore qu'à ses débuts. Les mots qui nous sont venus de l'Espagne sont en petit nombre, et n’ont fourni que peu de composés (häbler, bizarre).

Il faudrait signaler enfin, dans cette bigarrure du vocabulaire, les expressions provinciales qu’on trouve fréquemment chez les écrivains : les termes gascons de Montluc et de Montaigne, les mots tourangeaux de Rabelais, le vendômois de Ronsard.

Si le vocabulaire est con-

fus, la grammaire est incer-

La grammaire. taine et flottante. La langue

ù manque d'unité :elle n’est pas

la même d’un écrivain à

l’autre et varie dans des périodes de dix années. Vauquelin de la Fresnaye écrit : :

126 LE XVIe SIÈCLE.

Car depuis quarante ans déjà cinq ou six fois La façon a changé de parler en françois.

Les grammairiens tentèrent un effort pour la fixer, mais dès le début ils acceptèrent une théorie gravement erronée. Le français dérivant du latin, ils pensèrent que la grammaire devait être calquée sur la grammaire latine. Tous s’efforcèrent de la constituer à priori en se souvenant du grec et du latin. De là, beaucoup d’arbitraire. Seul, un étranger, l'Anglais Palsgrave, dans son Éclaircissement de la langue française (1530), comprit que la grammaire est une science d’observa-

tion et que l'usage est souverain maître en matière de langue.

Après Villon, la poésie s'engage dans la voie la plus fausse, celle des complications de la prosodie, C’est le temps des «grands rhétoriqueurs » de la cour de Bourgogne et des poètes pédants de la cour d’Anne de Bretagne, Molinet, André de la Vigne, Jean des Mares où Marot, Guillaume Crétin, Jean Meschinot.

Un seul, Jean Le Maire (1473-1525), né à Belges en Hainaut, mérite quelque attention. Cet auteur, qui écri- \it notamment Le Temple d'honneur et de vertu, a eu le sentiment de la versification et a su, avant Ronsard, donner une première idée d’un style imagé et éclatant. Nous lui devons, en outre, une importante réforme. Au début du xvi° siècle, on ne compte pas la syllabe muette qui suit le sixième pied dans le vers alexandrin. Inversement, 1l est permis de faire tomber l’accent tonique à la césure sur une syllabe atone, Jean Le Maire supprima cette double licence.

Malheureusement, tous ces écrivains ont les mêmes défauts : la lourdeur, une érudition indigeste, le goût puéril des tours de force de versification, Dénués de

Les grands rhétoriqueurs.

toute imagination, ils cherchent seulement le mérite de la difficulté vaincue. Ils abusent des poèmes à forme - fixe, tels que la ballade, le rondeau et le chant royal. Ts croient avoir fait œuvre de poètes, lorsqu’ ils ont laborieusement fabriqué quelque pièce en rimes « batelées » (rime finale qui se répète au milieu du vers suivant), « brisées » (chacun des hémistiches d’un vers rimant avec ceux du vers suivant) ou «équivoquées » (c'est la rime calembour : rimailleurs et rime ailleurs : évidente et vit Dante), Certains ne reculent même pas devant le coq-à-l’âne ou le rébus ; il n’y à rien de plus misérable que les productions de cette école poétique. On peut en juger par ces vers de Jean Molinet : Molinet n'est sans bruyct, ne sans nom, non ! I1 à son son, et, comme tu vois, voix ; Son doux plaid plaist mieux que ne faict {on ton. C'est dans ce milieu qu'il faut replacer Marot pour ap- Clément Marot : sa vie. précier son originalité, et lui savoir plein gré de son naturel,

Clément Marot est né à Cahors, vers 1497, A dix ans, ne connaissant encore que le patois de Quercy, il vient « en France » et suit son père, Jean Marot, à la cour d’Anne de Bretagne. Il tira peu de profit de l’éducation qu’il put recevoir dans les collèges de l’Université, où l’enseignement était encore purement scolastique :

En effect c'étoient de grands bêtes Que les régents du temps jadis :

Jamais je n’entre en paradis

S'ils ne m'ont perdu ma jeunesse.

Marot avait gardé meilleur souvenir d’autres leçons, qui pourtant ne valaient pas beaucoup mieux, celles qu'il reçut de son père :

Le bon vieillard après moi travailloil Et à-la lampe assez tard me veilloit.

Mais Jean Marot ne pouvait enseigner au jeune homme que ce qu’il savait lui-même : à rimer riche-

ment des pauvretés.

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pe

Après avoir passé par la basoche, Marot entre comme page chez messire de Neuville, seigneur de Villeroy, et compose ses premiers vers (Traduction de la première églogue de Virgile, quelques ballades, le Temple de Cupidon). En 1519, il devient valet de chambre de Mar-

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