partie, l’œuvre de prédicateurs fougueux : Jean Boucher
le recteur Rose, le bénédictin Génébrard, François
Feuardent qui transformaient la chaire en tribune politique.
Mais l’éloquence a su aussi traduire les idées de modération et de tolérance. Le chancelier Michel de l'Hospital (1505-1573) est au premier rang parmi Ces orateurs hommes de bien. Sa conduite a pu être appréciée diversement : il reste une des plus hautes figures de son temps, modèle de noblesse morale et de dignité. « Tous le redoutaient comme font les écoliers le principal de leur collège ». Dans son éloquence, l’Hospital affecte la simplicité et la bonhomie. Il dédaigne les traditions de la rhétorique ancienne : il est traînant à dessein, répète les mêmes phrases et les mêmes mots, offrant le contraste d’une pensée toujours élevée qui s'exprime en un style lâche et négligé. C’est un exemple, alors isolé, d’une parole familière, triviale même, mais qui devait être efficace.
Le protestant La Noûe (1531-1591), dans ses Discours politiques et militaires, s'honore en défendant la même cause. Duplessis-Mornay (1549-1623), dans ses Remontrances, Du Vair, dans le Discours pour le maintien de la loi salique, prononcé aux Etats généraux (1593) prétent l'appui de leur éloquence forte et nette au parti des Politiques.
Guillaume du Vair (1556-1621), conseiller au Parle- : ment de Paris, qui devint député aux Etats de la Ligue, puis garde des sceaux, n’est pas seulement un orateur de la plus généreuse éloquence : c’est un moraliste- qui, dans son traité de la Constance et consolation ès cala-
mités publiques, nous initie aux émotions d’un grand honnête homme au milieu des guerres civiles ; c’est un théoricien qui, dans son traité De l’éloquence française et des raisons pourquoi elle est restée si basse, expose une doctrine déjà toute classique. Il tient une belle place dans l’histoire de notre littérature, qui lui doit en outre d'avoir guidé et fait connaître Malherbe.
La Satire Ménippée (159,4)
À TEA est le manifeste de ces Politi-
La « Satire Ménippée 2: ques, c’est-à-dire des sages et Les auteurs. des modérés, qui n’entendirent pas que la France cherchât un roi à l’étranger et surent amener l’abju-
. PROGESSION DE LA LIGUE A L'ÉPOQUE DE LA Satire Ménippée
(d’après une gravure de l’époque).
ration de Henri IV. Elle est l’œuvre de plusieurs auteurs : de Ià son charme de variété.
Au plus fort de la Ligue, Jacques Gillot, curé doyen de Langres et conseiller clerc au Parlement, réunissait
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quelques amis lettrés dans, sa maison du quai des Orfèvres. C'étaient Pierre Leroy, chanoine de Rouen, celui qui, d’après une tradition, aurait conçu l'idée première et tracé le plan de l’œuvre commune ; Nicolas Rapin, tour à tour avocat, soldat, grand prévôt de la connétablie de Paris, poète distingué, à qui Régnier adressa une de ses plus importantes satires ; Jean Passerat, professeur au collège du Plessis, puis au collège Royal, où il succéda à Ramus, érudit et faiseur de vers galants ; Florent Chrestien, médecin, traducteur oublié et poète médiocre ; Pierre Pithou, jurisconsulte de grand mérite, et celui des rédacteurs de la Ménippée qui a, par lui-même, le plus de valeur ; ces deux derniers, anciens calvinistes, convertis avec une sincérité d'autant moins douteuse qu'ils ne demandèrent jamais ni faveurs ni récompenses.
+ Tous ces hommes ont des traits communs. Ils appartiennent à la bourgeoisie. Ils en ont le bon sens, l’honnêteté, la droiture. Ils en ont aussi certains défauts, tels que l’étroitesse d’esprit ; ils ne comprennent pas les sentiments profonds qui avaient suscité le mouvement de la Ligue, et ne voient dans les chefs que des coquins, dans les soldats que des imbéciles. [ls en ont encore le souci des intérêts matériels et du bien-être. Ce sont ensuite des patriotes, chez qui le sentiment national ne va pas sans une nuance d’exaltation et de prévention. Gens d'esprit, ils ont une verve un peu libre et une gaieté souvent cruelle. Il faut enfin noter que ces lettrés, qui en se réunissant ont composé un chef-d'œuvre, sont tous des hommes de second ordre, s’égayant en dehors de leurs travaux habituels. Ils n’ont pas attaché d’importance à leur œuvre et n’en ont pas prévu la durée. Aussi, ne se sont-ils pas occupés de nous dire la part qui revenait à chacun d’eux dans le travail collectif : et ce n'est que grâce à ure tradition indirecte et peu certaine que nous faisons cette attribution 1.
1. On attribue à P, Leroy la pre vière partie de la Sa ire Menippie, à J. Gillot
la harangre du Légat, à Florent Chrestien celles de 1 arch: vêque de Lyon et du recteur Rose, À Passerat celle du sieur de Rieux, et plusieurs épigrammes