‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 66 sur 294 · UMA IT PATATE TS · texte numérisé non relu

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LEUR ATM RON" dt DE Le.

La Satire Ménippée a pour sujet la parodie des Etats L'œuvre. Les discours. généraux, ouverts à Paris le 26 janvier 1593. Elle se compose d’abord d’une sorte de prologue. Dans la cour du Louvre, deux charlatans, l’un espagnol (cardinal de Plaisance), l’autre lorrain (cardinal de Pellevé), débitent leur drogue : le catholicont. Puis vient Le tableau, en partie seulement imaginaire, de la procession des Etats, l’entrée dans la salle, et la description de tapisseries à sujets allégoriques. C’est alors que commencent les discours, qui forment le corps même de la satire. Ces discours sont composés dans un parti pris d’ironie, d’après un procédé uniforme et un peu gros, mais commode. On suppose les chefs de la Ligue arrivés à un état d’esprit où ils oublient toute prudence, et prennent la parole pour dévoiler eux-mêmes leur propre infamie. M. le lieutenant avoue que, dans toute cette guerre, il n’a songé qu’à son intérêt personnel, voulant se faire roi, lui ou son fils. M. le légat harangue en mauvais italien : il ne faut pas parler de paix ; pour être sauvé on ne doit que vouloir la guerre à outrance. Le cardinal de Pellevé harangue en latin macaronique : il avait, au concile de Trente, soutenu les intérêts de la cour de Rome au lieu de ceux de l'Eglise gallicane ; aussi, le fait-on parler en faveur de l'Espagne et du Saint-Siège. L'archevêque de Lyon : la Ligue fait de vrais miracles,

uisque des individus tarés sont devenus de saints per-

sonnages depuis qu'ils sont ligueurs. Le recteur Rose passait pour un peu fou : il débite une série d’injures contre les divers prétendants :

Somme toute, messieurs, vous êtes trop de chiens à ronger un

os. Vous êtes quatre ou cinq brigands du royaume, tous grands princes, et qui n’avez pas faute d’appétit. Je suis d’avis que pas un

de vous ne soit roy ; je donne donc ma voix à Guillot Fagotin,

latires ct françuise:, à Pierre Pilhos, la ha-angue d+ d'Aubray, à filles

Durunt, avocat an barreau de Paris les regrets de La mort de l'asne ligueur.

1. La Ménippée oue s r ce mot.qui signilie : panacée universelle.

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narguiller de Gentilly, bon vigneron et prud’homme, qui chante bien au lutrin et sait tout son office par cœur.

Le sieur de Rieux harangue pour la noblesse, C'était un brigand féroce et qui devait par la suite expier ses crimes sur l’échafaud :

Si aucun de mon gouvernement, s’écrie-t-il, s’ingère de parler de paix, je le courrai comme un loup gris. Vive la guerre ! il n’est que d’en avoir, de quelque part qu’elle vienne... Cependant je courrai la vache et le manant, tant que je pourrai ; et n’y aura paysan, laboureur, ni marchand autour de moi et à dix lieues à la ronde, qui ne passe par mes mains et qui ne me paie taille ou rançon. Je sçay des inventions pour les faire venir à raison... Je les pends par les aisselles ; je leur chauffe les pieds d’une pelle rouge ; je les mets aux fers et aux ceps ; je les enferme en un four, en un coffre percé plein d’eau. Bref, j'ay mille gentils moÿens pour tirer la quintessence de leurs bourses.

Ainsi, la Ménippée est également hostile au clergé, à la noblesse, au parti os: Reste un ordre pour lequel elle réserve toutes ses sympathies : la bourgeoi- Sie, Il fallait que les idées des bourgeois, leur indignation et leurs espérances fussent exposées dans un morceau d'ensemble : c’est l’objet de la harangue de d’Aubray.

Or, ici le (on change brusquement. Après le rire et les bouffonneries, voici la note sérieuse et grave. ‘Claude d’Aubray, chef des politiques et député du tiers état, s’élait en effet prononcé avec vigueur contre les Seize ; mais il avait dû, dans son discours, garder des ménagements : le discours qu'on lui prêté est d’une extrême violence, C’est un des beaux morceaux d’éloquence qui soient dans notre langue. D’Aubray trace d’abord un tableau dù misérable état où la ville est réduite. /

Tout est à vous, messieurs, qui nous tenez le pied sur la gorge... el faut qu'ayant la mort entre les dents nous disions que nous sommes trop heureux d’être malheureux pour si bonne cause.

D'où viennent tous ces malheurs ? De ce que Paris n'a pas su conserver son roi légitime ! (Il s’agit ici

de Henri IF.)

Pont

Tu n’as pas pu supporter ton Roy si débonnaire, si facile, si familier, qui s’étoit rendu comme concitoyen et bourgeois de ta ville qu’il a enrichie, qu’il à embellie de somptueux bâtiments, accrue de forts et superbes remparts, ornée de privilèges et exemptions honorables. Que dis-je ? pu supporter ! C’est bien pis. Tu las chassé de sa ville, de sa maison, de son lit. Quoi, chassé ? Tu l'as poursuivi. Quoi, poursuivi ? Tu l’as assassiné, canonisé l’assassinateur et fait des feux de joie de sa mort.

Il fait ressortir le contraste des souffrances qui ont suivi « cette détestable mort conseillée par les prêcheurs » et des prospérités d'autrefois : « Chacun avait du blé en son grenier et du vin en sa cave. » Et ce trait œui décèle le bourgeois ami de la vie large et cossue, loin de déparer le discours, en complète le caractère. Aussi bien, aux yeux de d’Aubray, la religion n’est pour rien dans les guerres de religion : ce ne sont que rivalités de grandes familles. Après avoir fait à Mayenne le portrait de sa propre carrière et montré l’incapacité des députés et les pièges de la politique espagnole, d'Aubray adjure les Etats d'appeler Henri IV.

La Ménippée pourrait finir après cette magnifique conclusion ; mais c’est une satire, il faut qu’on entende de nouveau la note comique. Aussi, a-t-on ajouté quelques pièces de vers, médiocres d’ailleurs, sauf le Regret sur le trépas de l’âne ligueur. ;

On a dit que la Ménippée avait ouvert à Henri IV les portes de Paris. C’est une exagération évidente.

- Du moins a-t-elle achevé la victoire en enterrant la

. Ligue sous le ridicule. Elle reste aujourd’hui comme

d’une des œuvres que l’esprit français a le mieux marquées de son empreinte, parce qu'elle exprime tour à

four advec malice et éloquence des idées modérées.

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RÉSUMÉ

86. Les discussions” théologiques ont servi aw progrès des lettres, en faisant entrer dans l'usage commun des idées dont l’expression était jusqu'alors réservée au latin.

87. C’est ainsi que l’« Institution chrétienne » (1541) de Jean Calvin (1509-1564), est une des dates importantes dans l’histoire de la langue, parce qu’on n'avait pas encore traité en français les matières de la théologie.

88. La polémique calviniste est le plus souvent violente et parfois cynique, comme dans l’ « Apologie pour Hérodote » (1566) de Henri Estienne.

89. Les théories politiques les plus contradictoires sont exposées par Bodin dans sa k République» (1576), Hotman dans la France-Gaule » (1573), Hubert Languet dans les « Vindiciæ contra tyrannos » (1579).

90. Le « Discours de la servitude volontaire » (1548) d'Étienne de la Boétie (1530-1563) est un viotent réquisitoire contre le pouvoir d’un seul, Mais, il ne faut voir dans cette œuvre de jeunesse que la très brillante amplification d’un humaniste tout plein des souvenirs antiques. La valeur de la forme relève seule ces lieux communs empruntés à l’éloquence tributienne.

91. L'éloquence politique profite de nos discordes. Les prédicateurs de la Ligue sont, en partie, responsables des violences de la Ligue. Un Michel de l’Hospital (1505-1573), un La Noue (1531-1591), un Du Vair (1556-1621), se sont acquis l’estime de la postérité, pour avoir été les avocats de la tolérance et du patriotisme.

92. La « Satire Ménippée » (1594) est le manifeste des Politiques. Elle a consacré le triomphe de Henri IV, en jetant le ridicule sur les partisans de la Ligue.

93. Mélange de vers et de prose, elle a pour sujet la parcdie d:s États tenus à Paris, le 26 janvier 1593. La partie principale est formée par les discours placés ironiquement dans la bouche des chefs de la Ligue qui dévoilent eux-mêmes leurs mobiles secrets. Le plus important de ces discours, d’un ton très différent, celui de d’Aubray, grave et pathétique, est un superbe morceau d’éloquence.

94. La Satire Ménippée est, chez nous, le. plus célèbre des pamphlets. Elle à l’incomparable mérite de mettre l’esprit et l’éloquence au service des idées modérées.

LECTURES RECOMMANDÉES

Brunetière, Hisloire de la littérature classique. — Faguet, Seizième siècle. — Sayous, Les Écrivains de la Réformation. — Lenient, La Salire en France au xvi° siècle. — Léon Feugère, Caractères et portraits du xvi siècle. — Ch. Labitte, Les Prédicateurs de la Ligue. — Bossert, Calvin (les grands écrivains français). — Radouant, G. du Vair.

TEXTES A CONSULTER

Calvin (2 vol. chez Meyrueis. Paris, 1859). — La Boélie

(Feugère). — Satire Ménippée (Ch. Labitte). — Du Vair, De l’éloquence française (Radouant).

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