ÉTIENNE PASQUIER
(d'après ue gravure du xvi®s.).
Figure de vieil érudit, historien, philologue, humaniste, mais ea qui ni l'immense leclure, ni le grand âge n’ont éteint la verve caustique et le pélillement Cu regard.
institutions. Son œuvre contient, à côté d'’erreurs inévitables, une foule de connaissances qui depuis sont entrées dans l’usage courant. Ajoutons que Pasquier écrit dans une langue souvent rude, mais abondante, en images et en termes expressifs.
Claude Fauchet (1529-1601), premier président de la Chambre des Monnaies, sans avoir les mêmes qualités
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d'écrivain, fait œuvre analogue. Dans son Recueil de
l’origine de la langue et de la poésie françaises (1581),
il oite les noms et les œuvres de cent vingt-sept poètes français ayant vécu avant l’année 1500. Il faudra atten-
dre longtemps avant de retrouver ce souci de notre ancienne littérature.
À l’exemple des humanistes italiens, les Pogge, les Philelphe, les Valla, qui commentaient et traduisaient les | manuscrits déterrés par eux dans les couvents ou « les ergastules gaulois et germains », nos humanistes du xvi° siècle furent d’infatigables travailleurs. |
Etienne Dolet, qui fut exécuté (1546) sur la place Maubert pour crime de droit commun ou pour délit d’opinion, avait écrit un savant Commentaire de la langue latine. Vatable, dont l'italien Paolo Paradisi fut le maiire, enseignait l’hébreu au collège de France et devenait le chef de cette école qui prend l’étude philologique des textes comme fondement des études religieuses. Enfin, Guillaume Budé (1467-1540), l'élève du fameux Lascaris et « le prodige de la France » selon Erasme, s’illustrait par ses travaux sur les Pandectes et les Monnaies anciennes, son Passage de l’Hellénisme au Christianisme et principalement ses Commentaires de la langue grecque.
Tous cependant ont vu leur gloire éclipsée par celle des Estienne1, les plus grands humanistes du temps.
Pour Henri Estienne (1532-1598), la science devient un instrument de polémique. Celui-ci est le plus illustre représentant de cette famille qui a fourni, au xvr° siècle, toute une dynastie de hardis imprimeurs et d’éruditst. 1! reçut chez son père, Robert Estienne, l’auteur du Thesaurus linguæ latinæ, une forte éducation à laquelle
Les humanistes. — G. Budé ; les Estienne.
(1) Henri Eslienne, fondateur de la dynastie (1466-1521). Son fils Robert (1: 03- 1539), Henri II, qu'on désigne ici sous le nom d'Henri Estienne (1532-1598).
i! dut son savoir encyclopédique. À dix-huit ans, il commence ses voyages d'exploration à travers lTtalie, l'Angleterre, les Pays-Bas. En 1550, il suit son père à Genève, et, depuis, partage sa vie entre l’imprimerie de Genève et celle de son aïeul, Henri 1% Estienne, qui fonctionnait toujours à Paris. Henri Estienne n'a pas publié moins de cent soixante-dix éditions en diverses langues, et toutes remarquables. Le Thesaurus grœcæ f{inguæ (1572) est une œuvre de tous points admirable. Ruiné par cette dernière publication, inquiété comme protestant, Henri Estienne passa ses dernières années dans un état voisin de la misère. Il mourut à l'hôpital, à Lyon, en 1598.
Henri Estienne ne s’est pas contenté de ces grands services -rendus aux lettres anciennes : il s’est fait, dans trois ouvrages, l’avocat et le défenseur de notre langue menacée par l'invasion de l'italien. Dans le Traité de la conformité du français avec le grec (1565), il développe cette thèse que la langue grecque élant la plus belle de toutes les langues, et le français élant de toutes les langues modernes celle qui se rapproche le plus du grec, le français doit être préféré à toute autre langue. Dans les deux Dialogues du nouveau langage français italianisé (1578), il met aux prises deux interlocuteurs, Philausone et Celtophile, et raille cette manie d'introduire en français des mots calqués : sur l'italien. Dans la Précellence du langage français (1579), il s'efforce d'établir la supériorité du français sur l'italien.
Les idées théoriques d'Henri Estienne n’ont pas de réelle valeur scientifique : il part de principes erronés. Il est inexact que le grec ait eu aucune influence sur la formation de notre langue. Pour ce qui est d'établir une comparaison entre deux langues en vue d'attribuer à l’une d'elles la supériorité, c’est un exercice qui n’a aucun caractère scientifique : chaque langue est la meilleure pour le peuple qui la parle, étant la création de son génie, Quoi qu'il en soit, Henri Estienne a rendu service à la langue de son temps, en la protégeant contre
l'invasion des mots étrangers : il a fait beaucoup pour l'intégrité du vocabulaire français.
Le xvr° siècle s’est essayé à
l’histoire (Histoires de France
Les Historiens. de du Haillan, Belleforest,
La Popelinière). Mais nous
sommes loin encore du jour
où l’histoire prendra conscience d’elle-même. L'’Histoire universelle de d’Aubigné (1616-1620) n'est, sous son titre ambitieux, qu’un récit de nos guerres civiles. Le poète des Tragiques apporte à cette œuvre, sur laquelle il avait le tort de compter beaucoup, quelquesunes de ses qualités et beaucoup de ses défauts, C’est un témoin suspect, bien qu'il soit arrivé par un effort de volonté à une impartialité relative. Il est confus, embarrassé, obscur ; il a beau diviser méthodiquement son ouvrage en quinze livres dont chacun se termine par un traité et par une revue des pays étrangers, cette symétrie apparente laisse place à un désordre réel. [1 reste à d’Aubigné les mérites de son style énergique et coloré, plein d'images qui révèlent tout à la fois le poète et l’homme de guerre. De Thou (1553-1617), esprit large et indépendant, mériterait seul le nom d'historien. Mais, en écrivant en latin son Historia mei temporis (1604), il a privé notre langue d’un monu-
ment imposant.
Les Mémoires même qui
En nous sont parvenus de cette
Auteurs de Mémoires. époque, A pas une valeur
La Noue. littéraire comparable à leur
importance historique. Tou-
tefois on peut lire avec plaisir ou profit ceux de Margue-
rite de Valois et du maréchal de Vieilleville, de Saulx-
Tavannes et de Sully. Les plus curieux sont certainement ceux de La Noué, de Montluc et de Brantôme.
François de ‘La Noue, dit Bras de Fer (1531-1591),
converti tout jeune au protestantisme, ne tarda pas à
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devenir le plus ferme soutien de la religion réformée. Cinq fois prisonnier, mutilé, forcé de se servir d'un bras de fer (ce qui lui valut son surnom), toujours il chevauche, il bataille, et, quand il meurt, c'est en soldat, devant les murailles de Lamballe, regretté de ses adversaires, pleuré par Henri IV, et laissant la réputation d’un capitaine intrépide, mais désintéressé et humain,
Ce vaillant guerrier composa, pendant ses trop courts loisirs, un des ouvrages les plus intéressants du xvi° siècle. Récit des événements, dissertations sur la stratégie ei la morale, prédications contre l’alchimie et le danger des mauvaises lectures, tout se mêle dans ces Discours politiques et militaires (1587), qui sont le livre autant d’un philosophe que d’un soldat. François de la Noue veut instruire : il prétend que son expérience serve aux autres de leçon. Il s’acquitte, d’ailleurs, de cette tâche, en maître écrivain: Dans chacun des vingt-six discours, il a son plan qu'il suit avec une fidélité remarquable, prévoyant les objections, y répondant. Pas de diffusion, cas de prolixité : chez lui, tout est ferme et tout est précis. Avec ces qualités d'ordre, il possède une imaginalion qui évoque les hommes et les choses dont il parle, et il a l’art de résumer en quelques phrases énergiques toute une situation. Voyez plutôt son tableau de la pauvre France « où les finances sont épuisées, les dettes accrues, la discipline militaire renversée, la piété languissante, les mœurs débordées, la justice corrompue, les hommes divisés, et tout en vente ». Est-il possible de dire plus de choses et de les dire mieux en moins de mots ?
Bien différent est Blaise de
Montluc qui naquit en 1502.
Montluc. à Sainte-Gemme, près de Con-
dom, et qui mourut en 1577,
dans son château d’Estillac.
Le rôle de ce gentilhomme gascon est assez connu, et son nom n'est que trop célèbre, Bon soldat, capitaine
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lieureux, 11 a pris une part honorable aux guerres d’Italie, et s’est iliustré par des actions d'éclat, telles que la défense de Sienne. Mais, du jour où, nommé lieutenant général de Guyenne, il trouve devant lui, au lieu d’étrangers, des Français, il devient pour la religion un ter-