MONTAIGNE
(d’après une gravure du xvres.),
sionomieque lagaieté dont témoi- Mes habitués à” VOIT” en gnent certaines pages des Essais et La Boétie le cadet et le qui fail le charme de son style. protégé de Montaigne.
Il faut renverser les rôles. La Boëétie était de trois ans plus âgé; et toutes les fois que Montaigne parle de ses relations avec lui, c’est pour lui attribuer l'initiative et l'influence.
Montaigne avait épousé, en 1569, Françoise de Chassaigne. Après la mort de son père et de son frère aîné, il & quitta la robe pour l'épée » ; on ne sait pas d’ailleurs S'il fit campagne.
Montaigne approche de la quarantaine ; il a déjà vu beaucoup de choses el il est revenu de beaucoup d'illu-
sions ; il se sent chaque jour plus de goût pour le repos : il prend alors plaisir à résider plus fréquemment à Montaigne dans sa « librairie ». Il y relit ses auteurs préférés ; surtout il s’oceupe à s’observer lui-même, à s’écouter vivre et penser. C’est dans cette étude qu'il trouve la matière de son livre :
; Dernièrement que je me retiray chez moy, délibéré, autant que je pourray, de ne me mesler d’autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oisiveté s’entretenir soy mésmes, et s’arresler et rasseoir en soy : ce que j’espérois qu’il peuts meshuy faire plus aisément, devenu avec le temps plus poisant et plus meur mais je trouve, Variam semper dant otia mentem, que, au rebours, faisant le cheval eschappé, il se donne cent fois plus d’affaire à soy mesmes qu’il n’en prenoit pour autruy, et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres sans ordre et sans propos, que, pour en contempler à mon aise l’ineptie et l’étrangeté, j’ay commencé de les mettre en rolle, espérant avec le temps luy en faire honte à luy mesmes.
Les deux premiers livres des Essais parurent en 1580. Aussitôt la publication faite, Montaigne entreprend un voyage dont nous avons le journalf, C'était, avant tout, un voyage de santé ; aussi, le Journal de Montaigne contient-il les plus amples détails sur les hôtelleries, l'efficacité des eaux ‘et la régularité des digestions. Quelques mots de la nature, rien sur l’art, Pourtant, Montaigne ne voyage pas seulement par hygiène, Sa curiosité est éveillée. S’il fait peu ‘d’attention aux choses, il s'intéresse davantage aux hommes, il s’enquiert des usages et fait provision de remarques, Ainsi, son expérience s'enrichit, son horizon se fait plus large on s’aperceyra, lors de la publication du troisième livre des Essais (1588), du progrès accompli.
Montaigne avait visité le nord de la France, l’Allemagne, la Suisse, l'Italie. À Rome, il obtint le titre de citoyen romain. Aux bains de Lucques, il apprit qu'il venait d'être élu maire de Bordeaux. Il refusa d’abord ; on insista, et Henri II lui enjoignit d'accepter. Mon-