‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 73 sur 294 · Publié en · texte numérisé non relu

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taigne avait voulu seulement qu’on lui fit violence : une situation de cette importance était pour flatter sa vanité. Jl exerça ses fonctions pendant quatre ans et sut à l’occasion faire preuve de fermeté. En 1585, la guerre civile ayant éclaté, il unit ses efforts à ceux du maréchal de Matignon et réussit à engager Bordeaux contre la Ligue, Montaigne est royaliste par tradition de naissance : il est surtout ennemi du trouble et des excès. Aussi eut-il beaucoup à souffrir pendant la guerre, élant également suspect à tous les partis.

J’encourus les inconvéniens que la modération apporte en telles maladies : je fus pelaudé à foules mains. Au Gibelin j'étais Guelphe, au Guelphe Gibelin.

Il mourut avant la pacification totale (1592). Les contemporains attestent la fermeté, la résignation et la religion de cette mort.

Montaigne avait réuni les matériaux d’une nouvelle édition des Essais.

M'° de Gournay se chargea du soin de la publication.

C'était une personne lettrée, de plus de savoir que Ve D CRE d'esprit, d’enthousiasme facile et opi-

st PROS ne do niâtre, et bien de aa née nee ei ie son siècle. À l’âge toire de la littérature. Elle se consacra de dix-huit ans. en ee

elle fut transportée « d’une admiration telle que peu s'en fallut qu'on ne la

(d’après une gravure du xvi®s,).

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ot sit tient tit ste, à 0.dt à

segardât comme une visionnaire ». Elle fit le voyage de Paris pour se rencontrer avec Montaigne, reçut de celui-ci le titre de « fille d'alliance » et prit au sérieux sa nouvelle parenté. Après la mort de Montaigne, elle se rendit auprès de la veuve et des filles du défunt et mêla ses regrets à ceux de ses presque sœurs. Avec une piété vraiment filiale, elle se consacra à la mémoire du grand écrivain et à la fortune de son œuvre. Même, elle en devint un peu ridicule, et la nouvelle génération littérare s’amusait aux dépens de la vieille demoiselle. Nous lui devons le texte dans lequel nous lisons aujourd’hui les Essais 1.

La physionomie de Montai-

gne a été très diversement

L'homme. interprétée, et, au premier

abord, il semble qu’elle soit

faite d’assez de contrastes

pour échapper à la définition. Montaigne est vaniteux,

-et c’est par lui que nous savons tels détails et traits de

son caractère qui ne lui font pas honneur. Etranger À

tous les préjugés, il est entiché de gentilhommerie.

Médiocrement dévot, il suspend un ex-voto à Lorette.

Egoïste, il a parlé avec plus d'émotion que personne

de l’amitié, de cette amitié qui est un abandon de nousmêmes et un sacrifice de notre personnalité.

1. Montaigue publia en 1580 les deux premi-rs livre, des Æssais. « Les Essais de messire Michel, seigneur de Montaigne, livre premier et second, Bordeaux ». — Réimprimés cn 1582 à Bordeaux et en 1587 à Paris.

En 1583 Montaigne publie une n ruvelle éditionscontenant ‘e troisième livre : Les Essais de messire Michel, seigneur de Montaigne, riaquiè re édition augmentée d'un troisième livre et de six cents additions aux deux premiers. — Paris, Alel l’Angelier, 1588.

En 1592 il mourut laissant deux exemplaires de l'édition de 1588 tout chargés do corrections et d’alditions écrites de sa propre main, mais qui différaieut dun exemplaire à l’autre. Ce'ui qu fut jugé 1: meileur fut donné : ar la ve 1ve de l'auteuc à mademoiselle de Gournay et servit pour l'édition de 1595, dent le texte est sujou:d'hui le texte vulg ire.

Le second exemplaire, annoté de la muin de Montaigne et non repro ‘uit par mademoiselle de Gournay, fat donné au couvent des Feuillants; de Jà il a pa‘sé à la hibliothèque de Bordeaux où 1l est encore; il a servi à établir Lédition fe Naigeon (Paris: Didot, 1802). Naigcon n'a pas tout reproduit.

Il y a donc en réalité trois textes : ceux de 1588, de 1595 et ce lexemplaire de Bordeaux.

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Depuis le jour que je le perdy (La Boétie), je ne fay que traîner anguissant ; et les plaisirs mesmes qui s'offrent à moy, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte. Nous estions à moitié de tout, il me semble que je lui desrobe sa part. J’estois desjà si fait et accoutumé à estre deuxiesme partout, qu’il me semble n’estre plus qu'à demi.

On lui a reproché d’avoir manqué de courage. En effet, Bordeaux étant ravagé par une sorte de peste,

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