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forme la plus ingénieuse de sa propre pensée. Enfin, il fait retour sur lui-même ét s'applique ces réflexions et ces exemples.
. Si la composition est défectueuse, le style ne laisse rien à désirer. Il est très travaillé. On peut, au premier abord, se laisser abuser par les négligences apparentes de ce style qui a toutes les allures d’une causerie aimable et abandonnée. Mais, dans ce laisser aller il y à beaucoup d'art. L’historien de Thou traduit Essays par le latin Conatus ; le mot est gauchement choisi, ce n’est pourtant pas un contresens : on sent partout le travail, sinon l'effort. Montaigne n’en convient pas : il nous dira « qu’il suit simplement sa forme naturelle », « qu'il rééditerait plus volontiers encore autant d’Essays que de s’assujétir à resuivre ceux-ci par puérile correction »., Mais il suffit de comparer les différentes éditions parues du vivant de l’auteur pour voir que, tout comme un autre, plus que beaucoup d’autres, il donnait à son livre « des œillades fréquentes ». Il lui arrive de traiter de puérile la recherche des locutions peu communes. Cependant, lorsqu'Etienne Pasquier lui signale dans son livre des termes gascons, il s’obstine. C’est que ces mots de patois ne lui ont pas échappé ; il les a recherchés et employés à dessein : il sent combien son style gagne à s'enrichir de ces locutions qui ont la saveur du terroir.
Montaigne a eu, au plus haut degré, le don du style, c'est-à-dire le don de trouver le mot qui peint. Ses idées revêtent naturellement la forme d'images, et ces images ont toujours une fraîcheur, un je ne sais quoi de souriant qu'il a en commun avec les écrivains de l'antiquité.
Le parler que j'aime, c’est un parler simple el naïf, tel sur Je papier qu’à la bouche ; un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné que véhément et brusque, plutôt difficile qu’ennuyeux, éloigné d'affectation, déréglé, décousu et hardi ; chaque lopin y fasse son corps.
C’est par son style que Montaigne a mérité d’être appelé «un poète ». Il est créateur de mots et d'images, il a le génie de l’expression.
Les disciples de Montaigne. Son influence.
LE XVIe SIÈCLE.
Par son bon sens, par ce
sentiment de l'équilibre et de la mesure qui fait de lui l’ennemi de tout excès, par son comme par la gaieté de son style, Montaigne est un
idéal de sociabilité
des
écrivains les plus représentatifs de l’esprit français.