‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 80 sur 294 · OP TT D'NO IT CR · texte numérisé non relu

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La satire n’était plus un

genre nouveau depuis que

Les « Satires ». les poètes de la Pléiade en

avaient donné la théorie et

parfois le modèle. L’une des

meilleures œuvres de Du Bellay est une satire : Le Poète

courtisan ; quelques-uns des plus beaux vers de Ronsard

se trouvent dans'le Discours sur les misères du temps,

ct dans la Réponse à un prédicantereau de Genève. Et

Vauquelin de la Fresnaye venait de publier cinq livres

de satires, où il avait mis, à défaut d’une verve très

mordante, son bon sens pratique d'honnête homme et de magistrat lettré.

Ce qui a fait choisir à Régnier la satire, c'est la liberté que le genre comportait alors, permettant à l'écrivain de suivre son caprice, et de n’avoir pour règle que son bon plaisir. Dans Ja satire telle qu'il la conçoit, il fait entrer divers éléments : l’imitation des anciens, celle plus directe des satiriques italiens (Berni, Moro, Caporali), enfin des souvenirs du vieux coq-àl’âne. La satire n’est pas pour lui une composition régulière : le désordre et la libre fantaisie lui semblent constitutifs du genre. Tous les tons comme tous les sujets y ont leur place. Il y trouve le cadre le plus commode pour y faire tenir le tableau de son temps.

Régnier, en effet, nous présente dans ses Saltires (1608) l’image de la société d’alors et nous en donne ia comédie, plutôt qu'il n’en fait, au sens propre du mot, la satire. T1 n’écrit point « par humeur de médire » ; il n’éprouve aucune indignation contre les vices du temps : le seul qu'il ait attaqué avec une réelle vi- gueur, l'hypocrisie, est aussi le seul vice dont nous ne trouvions guère trace dans ces premières années du siècle. Boileau aura la haine d’un sot livre et s’attribuera une mission. Rien de semblable chez Régnier.

Celui-ci est un spectateur curieux, mais presque indulgent. Il mérite par là ce surnom de « bon » qu’on lui avait donné, et qui étonne d’abord, appliqué à un satirique. Ce n’est pas lui qui imprimerait tout vif le

nom de,ses victimes : d’ailleurs, sous sa plume; les allusions personnelles sont rares, « Tout le monde s’y voit,

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