‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 82 sur 294 · RAR TT TE · texte numérisé non relu

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RÉFORME DE LA POÏSIE. ne

Dans ce val solitaire et sombre

Le cerf qui brame au bord de l’eau Penchant ses yeux dans un ruisseau S’amuse à regarder son ombre...

Un froid et ténébreux silence Dort à l'ombre de ces ormeaux, Et les vents battent les rameaux D'une amoureuse violence.

La Bruyère, quand il a dit, en un éloge énigmatique : « J'ai lu Malherbe et Théophile : ils ont tous déux connu la nature », n’a pas craint de rapprocher ces deux noms. Il nous semble aujourd’hui que, comme peintre de la

- nature, Théophile est fort supérieur à Malherbe.

Sdint-Amant (1594-1661) est, lui aussi, une gloire ridicule. Dans son Moyse sauvé (1653), il met, pour voir passer les Hébreux,

Les poissons aux fenêtres, Peint le pelit enfant qui va, saute, revient Et joyeux à sa mère offre un caillou qu’il tient {.

On a fait remarquer, et Saint-Amant y insiste, que le Moyse est une idylle héroïque, non un poème épique, et que le genre admet un mélange de détails familiers. Ii esb vrai surtout qu'on ne doit pas condamner une œuvre sur un détail, que le Moyse contient des descriptions remarquables, et que les meilleures odes de Saint- Amant comptent dans le petit nombre de celles qui font honneur à la poésie lyrique du xvn° siècle. Sa Solitude vaut pour le moins celle de Théophile ; la na-

ture y est vue directement, et non à travers les œuvres

des maîtres anciens. Son Contemplateur est une œuvre plus curieuse encore. Le poète est assis.

Au sommet d’une roche nue.

Et il suit des yeux et de l’esprit le spectacle mouvant qui s'offre à lui. C’est une rêverie à propos de tout et de riéen, à propos d’uñe colombe qui passe, d’une barque qui glisse, d’un nid d’alcyon respecté par l'orage,

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