‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 83 sur 294 · Boileau, Art poélique · texte numérisé non relu

Boileau, Art poélique

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J’escoute à demy transporté, Le bruit des ailes du silence Qui vole dans l'obscurité.

Cette rêverie entremêlée de réflexions religieuses et d'élans pieux, cette émotion en face de la nature, ce sont des notes toutes modernes, isolées dans la poésie du xvr® siècle. Saint-Amant, poète buveur, a réussi encore dans les pièces bachiques, et dans le genre grotesque, destiné à avoir un immense et déplorable succès sous le nom de buresque.

Le burlesque (de l'italien

burla, plaisanterie) a sévi en

Le burlesque : Scarron. France de 1640 à 1660, L’époque de la Fronde est le temps

de sa plus grande vogue. Plu-

sieurs causes ont déterminé son apparition : l'esprit d’indiscipline qui se réveille dans la littérature comme dans la société, la réaction contre les tendances autoritaires de Richelieu, la personnalité du nouveau ministre combattu par l’arme du ridicule (les Mazarinades), enfin la protestation contre l’affectation et la préciosité. Scarron (1610-1660) est le maître de ce genre dont il

a donné les modèles dans son poème de Typhon (1644) et dans le Virgile travesti (1648-1653). Figure singulière que ce Paul Scarron, qui nous offre dans sa personne même le contraste de la souffrance et du rire. Atteint dès l’âge de vingt-sept ans d’un rhumatisme déformant qui le tenait plié en deux, il ne perdit rien ni de son activité littéraire, ni d’une gaieté volontiers cynique. Ce « malade ordinaire » d'Anne d’Autriche se fit l’amusoeur de son temps. Autour de son fauteuil se réunissait une société brillante et assez mêlée à qui madame Scarron, la même qui devait un jour s’appeler M" de Maintenon, faisait les honneurs de ce peu banal intérieur. Voici en quoi consiste le genre burlesque. Le poète prend un sujet héroïque et, tout en conservant aux

personnages leur rang et leur condition, il leur prête

des sentiments et un langage vulgaires. Cette opposition

entre la trivialité des épisodes et la sublimité des personnages constitue le burlesque, et le distingue du genre héroï-comique qui consiste, au contraire, à donner à des personnages vulgaires des mœurs, des senti-

ments et un langage héroïques.

Le Typhon ou la Gigantomachie est le récit de la lutte des dieux et des géants. Que va devenir ce sujet sous la plume de Scarron ? Un beau dimanche, Typhon, le plus grand des géants, jouait aux quilles avec ses frères : l’un d’eux lui marche sur le pied.

De rage, Typhon jette les quilles en l’air. Elles montent jusqu’au séjour des dieux où elles cassent un buffet dans la salle à manger de Jupiter. De là, upe guerre qui se termine par la défaite des géants.

Voilà un premier procédé du burles-

SCARRON (D'après un Lableau du musée du Mans).

Sur la figure douloureuse du «malade ordinaire » d’Anne d'Autriche, le rire plisse le visage, élargit la bouche, pé- Lille dans Ja malice du regard. A cel infirme qui bouffonne autour de son mal il appartenait de créer le genre burlesque.

que : il prend un sujet d’ordre épique et le ramène aux

proportions d’un incident banal et terre à terre.

En voici un second : il consiste à prendre des personnages consacrés par la tradition historique ou religieuse et à les présenter dans des postures ridicules. Mars est un soudard et un traîneur de sabre « qui jura i

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Dieu, comme un vrai diable ». Neptune est en enfance. Les dieux, un moment déconcertés, fuient vers l'Egypte : «ils avaient perdu le mot pour rire ». Jupiter, qui s’est inétamorphosé en bélier, leur adresse une harangue eu yrec. $ Autre procédé : l’anachronisme. Jupiter jure par

l’Alcoran ; sa foudre se charge à poudre et tire à six coups. Mercure apporte des lettres « dont le port n'était pas payé ». Dans le Virgile travesti, Carthage est une ville moderne.

Elle n’élait premièrement

Qu'un bailliage seulement,

Mais Junon rompit tant la têle

A Jupiter qu'à sa requête

Il en fil un présidial,

Y fonda deux ou trois collèges.

Le Virgile travesti contient par endroits des détails plaisants, des critiques judicieuses à l’adresse du poète latin, mais il ne supporte pas une lecture suivie : Scarron même n'eut pas le courage de l’achever.

Ce méchant poème eut un succès qui mit le burlesque à la mode. Les libraires ne voulaient plus que du burlesque : les sujets les moins propres à la plaisanterie furent traités dans cette manière, Scarron eut des rivaux tels que d’Assoucy (1605-1679) auteur de l’Ovide en belle humeur, et qui s’intitulait empereur du buriesque. Mais ce succès fut de courte durée. Le genre ne survécut pas à Scarron. Il n'avait été qu’une aventure, une équipée en littérature comparable à l’équipée politique de la Fronde ; c’est la dernière et folle insurrection, après quoi, apaisé et docile, l'esprit du siècle sera prêt à se plier au joug d’une autorité incontestée.

RÉSUMÉ

112. Une réforme était nécessaire pour réagir contre l’excessive facilité à laquelle se laissaient aller les derniers disciples de Ronsard : Malherbe va l’accomplir

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bar la double: leçon de son œuvre et de sa doctrine. 113. François de Malhérbe (1555-1628), que nous trouvons à la cour auprès de Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XIIT, à composé des odes, des stances, des poésies religieuses en petit nombre,

mais qui atteignent à la perfection. Elles donnent le modèle de la poésie classique qui consiste à graver des idées éternelles dans une forme impérissable. 114. La réforme opérée par Malherbe a une importance considérable. Il impose la souveraineté de la raison, et le règne du goût, donne pour le style et la versification des règles sévères, et fonde la tradition - en poésie.

115. Mathurin Régnier (1573-1613), au contraire, défenseur de l’école poétique du siècle précédent, est partisan de la liberté en art. Adversaire de Malherbe, il le seconde pourtant sans s’en douter, en donnant dans ses « Satires » (1608) l'exemple d’une poésie qui a pour qualités principales la franchise et le naturel. 116. Théophile 1590-1626), poète libertin, et Saint-Amant (1594-1661), poète buveur, sont les meil- leurs de ces irréguliers qui représentent une poésie Ivrique en liberté, condamnée par Malherbe.

117. Le burlesque (1640-1660) est la dernière révolte de l'esprit d’indiscipline contre l'autorité. Scarron (1610-1660) a donné le modèle de ce genre déplorable

dans son «Virgile travesti » (1648-1653).

LECTURES RECOMMANDÉES

Duc de Broglie, Malherbe (Les grands écrivains français): __ Allais, Malherbe, — Brunetière, Etudes criliques V. —- . Prunot, La doctrine de Malherbe. — Louis Arnould, Racan.

T2 Th Gate, Res Grolesques.… = Morillot, don - genre burlesque. — J. Vianey, Mathurin Régnier.

TEXTES A CONSULTER

SL" Théophile, Saini-Armant (Bibl. mn — = Virgile | me & art vestli (Bibl, Gauloise). — D Her nu LE

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