LA GUIRLANDE DE JULIE
Soixante-seize fleurs peintes et autant de madrigaux calligraphiés par le dernier des minialuristes, Jarry, composent cet album offert par Montausier à Julie d’Angennes et auquel ont collaboré les princinaux habitués de l'hôtel de Rambouillet.
déguisements, même les mystifications. Et, de là aussi, la place faite à la littérature, dans laquelle cette société ne voit qu'un divertissement plus relevé que les autres,
Mr.
On peut dès lors déterminer le rôle de l'Hôtel de Rambouiet. Il ne s'est pas proposé de régenter la littérature. Aucun écrivain, sauf un seul, ne s’y est formé : encore
. Voiture est-il moins un écrivain qu'un causeur de salon. Les autres n’y ont fait que passer. Mais son importance
sociale est grande. Il a rapproché les grands seigneurs ct les écrivains : les premiers y ont pris l’habitude des conversations sérieuses et le goût des choses de l'esprit ; les seconds y ont appris la politesse et la tenue, qui jusque-là leur avaient trop fait défaut. Enfin, il a contribué à épurer la langue. Aux siècles précédents, les écrivains n'avaient eu dans leur style aucun souci de la décence : désormais, désireux de l’approbation des femmes, ils craindront de les choquer. Par là l'Hôtel de Rambouillet a exercé sur la littérature une influence indirecte mais considérable, que continueront jusqu’à uos jours tous les salons institués plus ou moins à son image et qui forment une suite désormais ininterrompue de société polie.
Il y avait toutefois dans ces réunions un danger : il était à craindre que la juste proportion entre les deux éléments, l’un de mondaihs et l’autre de gens de lettres, ne vint à s’altérer au profit du second. Ce défaut est celui des réunions qui se tiennent le samedi, rue de Beauce, au Marais, chez M'° de Scudéry (1608-1701). Celle-ci est une femme de
Mie de Scudéry : les Samedis.
‘grand mérite, auteur de romans qui contiennent
une image fidèle de la société contemporaine, et qu’on éut beau jeu à déprécier plus tard, quand ils eurent passé de mode. Elle proteste contre ceux qui « se figuraient qu’on ne parlait jamais chez elle que des règles de la poésie, que de questions curieuses et de philosophie ». Elle sait beaucoup de choses, « sans faire la savante », et elle parle excellemment du degré d’instruction qui convient à une femme.
« Ce que je voudrois principalement apprendre aux femmes,
seroit à ne parler point trop de ce qu’elles sauroient bien, à ne
parler jamais de ce qu’elles ne savent point du tout, et à parler raisonnablement, Je voudrois qu’elles ne fussent ni fort savantes ni fort ignorantes. »
Il reste que M'° de Scudéry est une femme auteur, ct qu’elle se pique de donner des leçons de bon goût.
Me bE ScupéRY (D’après une estampe de E. Desrochers).
L'auteur de ces interminables romans aujourd’hui illisibles dont le succès fut si vif parce qu’on y trouvait sous un vague déguisement historique l’image de la so-iété contemporaine.
Des personnes de la haute société, comme Montausier, M°° de Sablé, la comtesse de Maure, viennent parfois aux samedis ; mais les amies de M de Scudéry appar-
PTT