‹ Histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 94 sur 294 · PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

PIERRE CORNEILLE

(Médaillon sculpté de l'Eglise Saint-Roch, d’après le buste de Caffieri.

Un je ne sais quoi d’héroïque respire dans ce visage d’un contemporain de Richelieu et rappelle l'atmosphère guerrière dans

laquelle écrivait celui qui créa notre tragédie classique en lui insufflant sa grande âme.

310 LE. XVIIe SIÈCLE.

prunté dans ses manières, maladroit dans ses rapports avec les grands, naïf dans l'expression de l'estime où ii tient son propre mérite. Au surplus, rien ne nous empêché de croire que chez un Pierre Corneille l'âme fut à l'unisson du génie.

C'est par des comédies Ses premières pièces. qu'il débute. Mélite (1629) Les Comédies. était un imbroglio de galan- « Médée ». terie dans le goût du temps.

Ce qui en fit le succès, ce fut qu’on y trouva pour la première fois une image de là « conversation des honnêtes gens », Tel est, en effe!, lé caractère de ces comédies, conçues d’une manière toute nouvelle : au burlesque, au comique grossier et licencieux le poèle substitue un comique plus délicat, une plaisanterie de meïlleur goût ; les rôles bouffons disparaissent ; la nourrice fait place à la suivante ; le ton s'élève : c'est une peinture fidèle de la société élégante. Clitandre, 1632 ; la Veuve, 1633 ; la Galerie du Palais, la Suivante, la Place Royale, 1634, comédies originales et charmantes, sont un acheminement vers la comédie de Molière, et auraient suffi à faire à leur auteur une place de choix dans l’histoire de notre théâtre. Jusqu'ici Corneille n'est encore qu’un écrivain agréable, curieux de nouveauté, et qui cherche, en provincial fraîchement débarqué, à se donner l’air parisien, Rien pourtant ne laisse deviner en cet auteur aimable et ingénieux, le poète de génie, Médée (1635) fut pour le public, et pour Corneille même, une révélation. Un trait parut sublime, NÉRINE Votre pays vous haïit, votre époux est sans foi : Dans un si grand revers que vous reste-t-il ? MÉDÉE Moi,

La pièce était imitée de Sénèque. C’est en se tournant vers l'Espagne que Corneille va trouver les exemples qui donneront l’éveil à son génie. Il en rapporte d’abord

+ : LA TRAGÉDHE : CORNEILLE: 311

l'Hlusion comique (1636), puis le premier en date de ses chefs-d'œuvre : le Cid.

C'est en 1636 que le Cid dut être représenté pour la ‘première fois. Le sujet était emprunté à Guillen de Castro, mais Corneille l'avait

iranspasé et traité à la manière française, au point d’en

faire une œuvre d’ une originahté si puissante que le modèle’s’en imposera donne à notre tragédie. Tenant compte de la différence des deux théâtres, il avait - fait rentrer les événements dans l'espace fixé par les trois unités, supprimé les brutalités qui auraient choqué le goût français, et transformé une pièce d’un éclat tout extérieur en un drame dont les beautés parlent surtout

"à l'âme.

Toutes les qualités, qui manquaiïent encore à la tragédie, et dont l’idée hantait les esprits, on les voyail enfin réunies. C'était un tableau d'histoire : on aurait ju en contester l'exactitude, mais la peinture séduisait par son brillant coloris. Les personnages, bien différents des figures conventionnelles qui jusque-là occupaient la scène, étaient à la fois des types personnifiant certains sentiments et des êtres vivants d’une intense individualité. Puis, c'était une action qui ne languit pas un

- instant, une lutte pathétique de sentiments, un dialogue serré et pressant, un récit qui semble détaché d’une épopée, d’adorables duos d’amour, des suites de vers

* qui sonnaient fièrement. Enfin, on sentait passer dans

toute la pièce un souffle d'enthousiasme et de générosité. Une verve si chaude a dicté Le Cid, un élan si irrésistible le soulève, qu'aujourd'hui encore, après trois siècles, le trait qui nous frappe dans cette merveille, c'en est l’air de jeunesse.

Le Cid fut un triomphe. Ce fut aussi le signal d’une polémique restée célèbre sous le nom de « Querelle du Cid ». Les rivaux du poète, ceux-là mêmes qui avaient

« Le Cid ». Les chefsd'œuvre.

4, La date de la première représentation du Cid est incertaine,

épuisé, en son honneur toutes les hyperboles de la louange, alors que son mérite ne leur portait pas

(Gravure extraite de l'Edition de 1660).

LE Crp.

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