III. — Les Contemporains de Corneille
Si admirable que soit Corneille, son génie ne doit pas nous faire oublier quelques-uns de ses contemporains, rivaux ou amis, qui se partagèrent avec lui la faveur du public. Les principaux sont Rotrou, Du Byer, Tristan Vllermite, Thomas Corneille.
Rotrou (1609-1650). — De la vie de Rotrou on sait peu de chose : qu'il eut un génie précoce, qu'il fit partie du groupe des cinq auteurs de Richelieu, et qu'il mourut héroïquement à Dreux, sa ville natale, où il avait été rejoindre son poste de lieutenant-criminel, au moment d'une épidémie. Nous
LA FORMATION DE LA TRAGÉDIE CLASSIQrE 371
savons aussi qu'il fut un ami de Corneille qu'il appelait son maître; et celui ci le nommait ^onpère. Il nous a laissé un assez grand nombre de pièces dont les principales sont, par ordre de (iates : les Sosies (1636), comédie imitée de ï Amphitryon de Plaute (à comparer avec Molière) ; Laure persécutée, tragi-comédie (1637) ; la Sœur, comédie (1645); Saint-Genest , tragédie (1646) ; Venceslas, tragédie (1647) ; Cosroès, tragédie (1649).
Deux de ces pièces méritent encore d'être lues, Saint-Genest et Venceslas. — Saint-Genest est l'histoire du comédien Genest qui, représentant devant l'empereur Dioclétien et sa cour une pièce sur le martyre d'Adrien, se convertit pendant qu'il joue son rôle, et passe de la fiction à la réalité; quand Genest est en prison et résiste à toutes les tentatives faites auprès de lui pour lui arracher un désaveu, on sent que Rotrou se souvient de Polyeucte. — Dans Venceslas , imité d'un drame espagnol : .On ne peut être père et roi, la situation de Venceslas, roi de Pologne, obligé de condamner son fils à mort, est digne de Corneille ; l'acte V aurait pu être pensé et écrit par l'auteur à.' Horace (1). — Rotrou, mort dans la force de l'âge, n'a peut-être pas donré sa mesure. En tout cas, il est, plus que Thomas, le frère du grand Corneille.
Du Ryer (1605-1658) eut de très grands succès auprès de ses contemporains, surtout avec Alcionée (1639), Saill (1639), Esther (1643) et AmarUlis (1650), pastorale. On goûtait chez lui une délicatesse de style et une simplicité qui, sans doute, reposaient les spectateurs de Corneille lui-même.
Tristan L'Hermite (1601-1655), dont la plus célèbre pièce est Marianne, jouée sur le Théâtre du Marais, en 1636, quelques mois avant le Cid, est également caractérisé par un style naturel, souvent lyrique. On le considère comme un précurseur de Racine.
Thomas Corneille (1625-1709), frère de Pierre Corneille, ne fut pas moins fécond que son aîné, et obtint de retentissants succès : ainsi Timocrate (1^56) fut joué pendant six mois consécutifs. On garda longtemps au répertoire Ariane (1672)
II) Morceaux choisis, l*' cycle, p. li?7; 2* cycle, p. 375.
et le Comte d'Essex (1678). Thomas paraît^avoir eu surtout des qualités de métier; il aime les intrigues romanesques, et les agréments dime assez fade galanterie. Mais il a su varier sa manière selon les changements du goût public ; et, sans forte originalité, il parvint à plaire.
Thomas Corneille nous mène, par les dates dejses dernières pièces, jusqu'après la retraite de Racine.
BIBLIOGRAPHIE
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N. Bernardin, Un précurseur de Racine, Tristan L'If ermite, 1895.
G. Reynier, le Théâtre au temps de Corneille (Jfist. de la littérature. Julleville, CoHn, tome IV, chap. vi).
A. boRCHMS, Pierre Corneille. Paris, 1917.
SOMMAIRE
1° L'Abbaye de Port-Royal, dans la vallée de Chevreuse, fut réformée en 1608 par Angélique Arnauld. L'abbé de Saint-Cyraii en devint le directeur spirituel en 1633. Plusieurs laïques se retirèrent dans le voisinage de cette abbaye; on les appela les Messieurs de Port-Royal. Les plus célèbres sont : Le Grand Arnauld, Antoine Le Maître, Nicole, Lancelot, etc. — Le jansénisme est une doctrine théologique sur la grâce, extraite de Y Augustinus, ouvrage de Jansénius, évêque d'Ypres. Celte doctrine pénètre à Port-Royal par Saint-Cyran. La Sorbonne fait condamner à Rome Y Augustinus, Port-Royal se soumet en droit, mais non en fait. — La casuistique est l'étude des cas de conscience à l'usage des confesseurs; les jansénistes reprochent aux jésuites d'être des casuistes trop complaisants. — Port-Royal est persécuté, et finit par être détruit en 1710.
2° Biaise Pascal (1623-1662) montre dès l'enfance des dispositions remarquables pour les mathématiques, il est gagné au jansénisme et se retire à Porl-Royal où il écrit les Provinciales et où il prépare une Apologie de la religion. — Les Provinciales sont des lettres, au nombre de dix-huit, sur la question de la grâce et contre les jésuites. Elles nous intéressent surtout aujourd'hui par leur style, qui va de la familiarité comique à l'éloquence. — Après la mort de Pascal, on publie (1670), sous le titre de Pensées, les fragments de son Apologie inachevée. Parmi les éditions suivantes, il faut retenir celle de Condorcet (1776), avec notes de Voltaire, celles de Faugère (18'i4) et de Havet (1851), où le texte a été rétabli d'après les manuscrits. — Il est difficile de retrouver l'ordre que Pascal aurait suivi dans cett'e apologie du christianisme; on sait seulement qu'il s'adressait aux libertins de son temps, qu'il partait d'une analyse psychologique et morale de l'homme, et qu'il cherchait à expliquer celte énigme par la philosophie et les religions; le christianisme apportait seul la solution. — Écrivain, Pascal est avant tout naturel; il est le plus vrai et le plus sublime des génies du dix-septième siècle,
3" Influence de Port- Roy al. Cette influence s'exerce sur les caractères, sur la prédication, sur l'enseignement.
1. — L'Abbaye de Port-Royal. — Principaux Écrivains jansénistes.
L'Abbaye de Port-Royal. — Dans la vallée de Chevreuse, à six lieues de Paris, existait, depuis le treizième siècle, une abbaye de femmes de l'ordre de Citeaux. En 1602, Angélique Arnauld, fille d'Antoine Arnauld, célèbre avocat au Parlement de Paris (1), en fut nommée abbesse. Elle ne semblait avoir aucune vocation, et rien ne pouvait faire prévoir qu'elle dût réformer la vie très mondaine de ce couvent. Mais, en 1608, un sermon prêché par un capucin de passage, et qui parla avec force sur la beauté de la vie religieuse, lui toucha le cœur à tel point qu'elle résolut de ramener son abbaye à la stricte observance de l'ancienne règle. Elle éprouva d'abord de sérieuses difficultés, même de la part de sa famille à qui elle se vit obligée d'interdire la libre entrée de la maison (2). Peu à peu, elle arriva à réformer plusieurs abbayes de son ordre, et elle fonda à Paris, en 1625, une nouvelle maison (3). En 1633, la mère Angélique commença à prendre pour directeur de ses religieuses Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643). C'est par lui que le jansénisme pénétra à Port-Royal.
Les Messieurs de Port-Royal. — L'abbé de Saint-Cyran réunit auprès de l'abbaye de Port-Royal-des-Champs un certain nombre de pieux laïques, résolus à vivre dans la plus stricte pratique du christianisme, et qu'on appela au dix-septième siècle : les Messieurs de Port-Royal. On y vit venir plusieurs membres de la famille Arnauld : l'aîné des fils d'Antoine, l'avocat (t 1619), Arnauld d'Andilly, s'y retira en 1645, et consacra les trente dernières années de sa vie à des travaux d'érudition et de théologie. 11 eut pour fils Pomponne,
(1) Antoine Arnauld se distingua surtout par son plaidoyer en faveur de l'Université contre les Jésuites (1610).
(2) Lire, dans Sainte-Beuve, Port-Boyal, livre I, ch. m, la Journée du Guichet.
(3) Port-Royal de Paris, situé sur le boulevard actuel de Port-Royal. 11 en subsiste quelques bâtiments, enclavés dans un service de l'Assistance publique.
PASCAL ET l'ORl-ROYAL 375
(^ui fut ministre, et môle au procès de Fouquet (voir Lrltrcs i/f jiy'"« de Sévignè). — Un autre fils d'Arnauld d'Andilly, Arnauld de Luzancy, avait devancé son père à Port-Royal. — Trois de ses neveux s'y étaient également établis : Antoine Le Maître (1608-1658), le plus grand avocat du dix-septième siècle, qui, à l'âge de vingt-neuf ans, renonça aux succès du barreau, et se consacra SiUxPetites Écoles de Port- Royal; — Isanc Le Maître ou Le Maître de Sacy (1613-1684), qui fut prêtre, et aumônier de Port-Rt>yat; il fit, entre autres traductions, celle de la Bible, si souvent réimprimée; — Le Maître de Séricourt, le troisième neveu d'Arnauld d'Andilly, mourut jeune.
Mais le plus fameux des Arnauld fut le vingtième et dernier enfant de l'avocat, celui qu'on appela le Grand Arnauld (1612-1694). Devenu- prêtre à vingt-neuf ans, et docteur de Sorbonne, Arnauld se distingua en 1643 par la publication d'un petit opuscule, De la Fréquente Communion, qui le mit aux prises avec les jésuites. Il se rallia, avec tout Port-Royal, aux doctrines de Jansénius sur la grâce (que nous allons exposer plus loin) ; et, en 1656, pour deux lettres écrites à un duc et pair (le duc de Luynes) (1), iî fut solennellement exclu de la Faculté de théologie. A partir de ce jour, Arnauld écrivit une foule d'ouvrages de controverse et d'éducation; parmi ces derniers, on connaît encore la Grammaire et la Logique de Port-Royàl, composées en collaboration avec Nicole. En 1679 il s'exila/ et il mourut à Bruxelles, en 1694. Le Grand Arnauld, admirable par son caractère, logicien impitoyable, très érudit, n'a laissé, de l'aveu de ses plus fervents amis, aucune dsuvre française vraiment achevée et digne de durer.
Au contraire, on pourra toujours relire quelques pages de Nicole (16'^5-1695), sinon de ses nombreux ouvrages théologiques, au moins de ses Essais de morale (1671). N'oublions pas la part prépondérante de Nicole dans l'enseignement donné par les Petites Écoles de Port-Royal. C'est lui aussi
(1) Le duc de Lianccmrt. ami de Port-Royal, s'était vu refuser les sacrements par le curé de Sflint-Sulpice, sous |>rjétexte qu'il avait sa fille pensiounaire au couveat d-e Port-RoyaL Sur ce refus, Arnauld écrivit deux lettres au duc de Luynes également ami de Port-Royal (2/i février et 10 juillet 1655).
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qui aida Pascal dans la documentation des Provinciales, et qui traduisit Touvrage en latin sous le pseudonjone de Wendrock.
Citons encore Lancelot (1615-1695), qui composa pour les Petites Écoles de Port- Royal le Jardin des racines grecques.
Le Jansénisme. — Toutes les philosophies et toutes les religions considèrent comme un problème des plus difficiles et des plus importants, celui de la liberté humaine. La religion chrétienne pose ce problème de la façon suivante : l'homme, déchu par le péché originel, est incapable par lui-même de mériter; il ne saurait y parvenir que si Dieu lui envoie la grâce, don gratuit que l'homme doit à Jésus-Christ rédempteur. Mais dans quelle mesure obtenojis-nous la grâce? Dieu nous l'accorde-t-il chaque fois (jue nous en avons besoin? Nous suffit-il de la demander? Et d'autre part, comment l'homme conserve-t-ii son libre arbitre si Dieu, qui est tout-puissant, lui accorde ou luf refuse à son gré ce secours indispensable? — On conçoit à quel point les théologiens ont dû disputer slir cette question. — Saint Augustin, au quatrième siècle, eut à lutter contre Pelage, qui soutenait que l'homme n'a pas besoin de la grâce; à l'autre extrémité, en quelque sorte, se placent ceux qui soutiennent que l'homme n'a aucune liberté, qu'il est prédestiné par Dieu, et que, quels que soient ses efforts et sa vertu, il est d'avance sauvé ou damné. Les théologiens orthodoxes ont discuté et discutent encore librement sur le degré de liberté et de grâce accordé à l'homme : les disciples de saint Thomas (fAomis/es) donnent un peu plus à la grâce : ils continuent la doctrine de saint Augustin ; les disciples du jésuite Molina (molinisfes) donnent un peu plus à la liberté. Or, on comprend qu'il suffise de forcer l'une ou l'autre doctrine orthodoxe pour toucher â l'une ou à l'autre hérésie.
Il arriva précisément â Janssen, évêque d'Ypres (dont le nom a été latinisé en Jansénius), de défendre jusqu'à l'exagération la doctrine sur la grâce de saint Augustin. Mort en 1638, Janssen laissait en manuscrit un gros ouvrage latin, Augustinus, qui fut publié en 1640. Ce livre fut examiné, comme tous les écrits théologiques, par les docteurs de Sor-
bonne, qui en tirèrent cinq propositions hérétiques, déférées par eux à la cour de Rome, et condamnées. Les molinisteSy en effet, étaient en majorité à la Sorbonne et ils avaient cru démêler, dans YAugustinus, une tendance dangereuse à la prédestination : ils n'accomplissaient en cela que leur devoir de théologiens, et même il faut ajouter que, en cherchant à préserver, dans toute la mesure où l'orthodoxie catholique le leur permettait, les droits de la liberté humaine, ils étaient dignes de sympathie.
Mais l'abbé de Saint-Cyran, directeur spirituel de Port- Royal, avait été l'ami et le collaborateur de Janssen. Il avait pénétré de ses doctrines l'abbé Singlin, son second, et tous les Arnauld; et il était loyalement persuadé de la parfaite légitimité des doctrines de VAugustinus. Aussi quand les cinq propositions eurent été extraites du livre, et condamnées, les partisans de Janssen déclarèrent-ils c qu'ils condamnaient, eux aussi, avec Rome, les hérésies contenues dans les propositions, mais qu'ils niaient que \e^ propositions fussent dans r,4M^MS/mtts ».Ce qui voulait dire : « Nos ennemis les jésuites ont forcé ou faussé le sens du livre, de ce livre duquel ils savent que nous enseignons la doctrine; ils veulent nous rendre suspects et nous perdre, en nous faisant soupçonner d'hérésie. » Alors, il y eut dans cette querelle une double question : celle de droit, et celle de fait. Sur la première, les jansénistes se déclaraient soumis d'avance; ils affirmaient ne point dépasser, dans leur doctrine de la grâce, celle de saint Augustin et de saint Thomas. Sur la seconde, ils étaient irréductibles (1).
(1) Sur Venlêtevient vraiment singulier de Port-Royal, nous ne saurions mieux faire que d'approuver l'opinion exprimée par M. F. Hémon ; « Avouonsle, dit-il, l'attitude qu'adoptèrent les jansénistes en face de ces propositions et des censures qui les frappèrent a quelque chose de puéril. Us abritèrent la question de principe derrière une question de fait. Prêts, disaient-ils, à condamner ces propositions si elles étaient dans Jansénius, ils niaient qu'elles y fussent... Bossuet écrit ; « Je crois que les propositions sont dans Jansé- Tiius, et qu'elles sontl'àme de son livre. » Et Fénelon : « La prétendue question de fait est une illusion grossière et odieuse. Personne ne dispute réellement pour savoir quel est le vrai sens du texte de Jansénius. Jamais texte « ne fut si clair, si développé, si incapable de souffrir aucune équivoque. Le « même système saute aux yeux et se trouve inculqué presque à chaque pas. » Les jansénistes pouvaient-ils l'ignorer? N'auraient-ils pas agi avec plus de sincérité en reconnaissant que les propositions, si elles n'étaient pas mot
La Casuistique. — Une troisième question vint se joindre aux deux premières, celle de la casuistique. Les Messieurs de Port-Royal, sous la direction d'hommes comme Saint-Cyran et Singlin, pratiquaient la religion la plus austère. Ils étaient de véritables ascètes; solitaireSj ils avaient en abomination la morale mondaine qui leur semblait en contradiction absolue avec la religion chrétienne. Leurs adversaires, les jésuites, qui étaient, entre tous, les confesseurs à la mode, se montraient plus indulgents. Ils avaient raison de chercher à rendre la religion aimable et douce ; ils avaient tort, s'ils le faisaient par ambition de corps, et pour s'assurer un plus grand nombre de pénitents^ que leur facilité relative attirait et retenait. Pour former, dans leurs noviciats, des confesseurs habiles, prévenus d'avance de tous les sophismes que peut inventer un pénitent, capables d'examiner et de résoudre les cas de conscience les plus variés, ils avaient écrit des livres de casuistique, où, sur chaque péché, des exemples nombreux étaient proposés et discutés. Aux yeux de tous les catholiques, la casuistique est en soi légitime; elle apprend au confesseur à estimer le péché qui lui est avoué, et surtout à subordonner son absolution à telle ou telle promesse formelle de la part de celui qui la sollicite. Ce n'est donc pas la casuistique en soi que l'on doit flétrir, pas plus que la procédure, ou la médecine légale; c'est l'abus qu'en faisaient peut-être certains confesseurs qui en arrivaient, par des subtilités coupables, à fausser la conscience de leurs pénitents, et, par une complaisance intéressée, à permettre la pratique de la religion à ceux qui rusaient avec Dieu (1).
Il ne faut jamais oublier, quand on juge Pascal comme adversaire des casuistes, que Pascal ne se plaçait pas, comme Voltaire ou comme tel critique contemporain, au point de vue de la morale rationaliste et'laïque ; mais que Pascal parlait au nom d'un catholicisme plus sévère, qu'il se confessait
pour mot dans Jausénius, étaient bien d'accord, au fqnd, avec sa théologie très clairement systématique? Ils préférèrent se perdre en d'inextricables arguties. On souffre de voir un Pascal s'abaisser à ces chicanes; mais Arnauld lui avait donné l'exemple, » F. Hémon, Cours de littérature, « Pascal », p. 6. (1) Sur cette délicate question de la casuistique, on trouve une excellente discussion dans : Hekry Michel, les Provinciale s ^ introduction (Paris, Belin).
lui-même, et pratiquait < la soumission totale à son directeur » (M. Singlin) ; et qu'il accusait surtout les jésuites de considérer comme péchés véniels ce qu'il voulait que Ton traitât de péchés mortels. Il serait donc possible que Pascal désavouât, s'il pouvait les connaître, ceux qui le félicitent le plus aujourd'hui de son antagonisme contre les jésuites. Mais tout de même il aurait tort, en ce sens que toutes les morales dignes de ce nom sont solidaires, et répudient, comme la vraie morale chrétienne, les faux-fuyants et les accommodements, pour ne point parler des restrictions mentales.
Pascal fut suivi, dans sa campagne, par les curés de Paris et de Rouen, qui se réunirent pour obtenir du pape la condamnation de l'Apologie des casuistes, écrite par le P. Pirot; et l'assemblée générale du clergé de France agit de même.
Suite de l'histoire de Port-Royal. — Nous avons laissé l'histoire de la célèbre abbaye au moment où s'engage la querelle du Jansénisme. Il convient de terminer cette histoire, avant de nous arrêter à Pascal.
On a vu qu'Arnauld s'était fait expulser de la Faculté de théologie en 1656. Pressé par ses amis de se défendre en portant la question devant le monde, il composa une sorte de mémoire qui, de l'aveu même de l'auteur, n'était pas destiné à faire sensation. C'est alors qu'il aurait dit à Pascal, entré l'année précédente à Port-Royal : « Vous qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose. » Pascal se mit à l'œuvre, et écrivit du 23 janvier 1656 au 24 mars 1657 les dix-huit Provinciales ; nous verrons quel en fut le succès.
Cependant, en 1656, Port-Royal avait été profondément ômu et soutenu dans sa résistance par le « miracle de la sainte Épine ». M"« Périer, nièce de Pascal, pensionnaire à Port- Royal de Paris, était atteinte d'une fistule lacrymale; elle fut guérie par l'attouchement d'une relique, une épine (le la couronne portée par le Christ pendant la Passion. Les jésuites écrivirent contre ce miracle; les religieuses et les Messieurs y virent une intervention divine en favejjr de Port- Royal.
En 1661, on voulut obliger les Messieurs et les religieuses
380 ' LIITÉKAIURE FKAiNVAlhE
à signer le formulaire dont les termes essentiels étaient : € Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cin({ propositions de Cornélius Jansénius, contenues en son livre mXiiViXé Augustinus... laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée contre le vrai sens de ce docteur. » Tout Port-Royal refusa de signer c. formulaire. Il en résulta une persécution très vive, et la dis persion des religieuses de Pxris. Mais, en septembre 1668, le pape Clément IX, par la rédaction d'un nouveau formulaire, auquel Port-Royal adhéra, assura Xd^paix de V Église. Pendant quelques années, Port-Rryal retrouva le calme et la prospérité. La duchesse de Loiigueville, sœur du Grand Condé, se retira dans labbaye de Chevreuse ; son crédit soutint Port- Royal. A sa mort, en 1679, la persécution recommença. L'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, réduisit le nombre des religieuses, et leur défendit de recevoir d(^s pensionnaires. Son successeur, M. de Noailles, était dans des dispositions bienveillantes; c'est pour lui que Racine rédigea, en 1697, son Abrégé de l'histoire de Port-HoyaL Mais tout se gâta en 1706, les religieuses ayant refusé d'adhérer sans restriction à une bulle du pape Clément XI sur le Cax de conscience. En 1709, les religieuses furent chassées de Port-Royal-des-Champs ; et, en 1710, la célèbre abbaye était détruite par ordre du Roi (1).
m - Pascal (1623-1662).
Vie. — Biaise Pascal est né à Clermont-Ferrand, le 19 juin 1623. Son père, Etienne Pascal, était alors président de la cour des aidés de Montferrand; il résida à Paris de 1631 à 1639, où il s'occupa exclusivement de l'éducation de ses enfants ; de 1639 à 1648, il fut intendant de la généralité de Rouen; il mourut en 1651. Biaise Pascal avait une sœur aînée, Gilberte, qui épousa Florin Périer, conseiller à la
(1) Sur cette histoire de Port-Royal, si importante pour l'étude des idées et des mœurs du dix-septième siècle, voir particulièrement (avec le Porl- Royal de Sainte-Beuve) l'édition de l'Abrégé de Ratine, donnée par M. A. Gazier, 1908, avec 7iot€S et appendices propres à préciser et à éclaircir tous les points.
Portrait de Pascai,.
Daprîa l'estampe de Gérard Edclinck (ia'j9-1707).
Ce portrait, çravé après (a mort de Pascal, semble bien avoir été pris
d'après le masque mortuaire.
382 LIITÉRATURK FRANÇAISE
cour de Clermont, et qui eut pour fille Marguerite Périer, la miraculée de la sainte Épine (1656), et pour fils Etienne Périer, premier éditeur des Pensées (1670). La sœur cadette de Pascal, Jacqueline, entra au couvent de Port-Royal, sous le nom de sœur Sainte-Euphémie ; elle mourut en 1661, un an avant son frère. — Etienne Pascal était un homme d'une rare distinction et d'un noble caractère. Très versé dans les mathématiques, il remarqua de bonne heure les dispositions géniales de son fils. Mais désireux de lui donner, avant tout, une sérieuse connaissance des langues anciennes, « il évita, dit M™« Périer (dans sa Vie de Biaise Pascal), de lui parler de mathématiques, et serra tous les livres qui en traitaient, lui promettant seulement qu'il les lui apprendrait dès qu'il saurait le latin et le grec ». C'est alors, si nous en croyons toujours M™« Périer, que Biaise Pascal, ignorant même les définitions essentielles de la géométrie, appelant un cercle rond^ et une ligne une ban^e, c poussa ses recherches si avant qu'il en vint jusqu'à la trente-deuxième proposition du premier livre d'Euclide ». Il convient peut-être de corriger ce récit par celui de Tallemant des Réaux {Nistoriettes, 188-189), où l'on voit le jeune Pascal avouer à son père qu'il a lu en cachette les six premiers livres d'Euclide (1)? Quoi qu'il en soit, et que Biaise ait, à l'âge de douze ans, inventé ou retrouvé la géométrie, il était' doué d'un véritable génie pour les sciences. A seize ans, il composait un Traité des sections coniques^ qui aurait excité, dit-on, la jalousie de Descartes. Il prenait part à des conférences scientifiques. Il inventait la machine arithmétique^ pour simplifier les calculs de son père, alors intendant à Rouen. Bref, il commençait une carrière de savant et il avait pleine conscience de son mérite, quand un incident vint donner à sa vie une nouvelle direction.
En 1646, Etienne Pascal, à Rouen, fit une chute si malheureuse sur la glace qu'il se démit la cuisse. Deux gentilshommes du voisinage, MM. de la Bouteillerie et Deslandes, qui exerçaient la chirurgie par charité, le soignèrent et
(1) Cf. Brunscuvicg, Opuscules et Pensées de Pascal (Paris, Hachette), p. 6; et F. Strowski, Pascal et son temps, tom., II p. 10.
demeurèrent chez lui pendant trois mois. Or, ces deux gentilshommes avaient été convertis au jansénisme par un certain docteur Guillebert, curé de Rouville, et ami de Saint- Cyran. Biaise Pascal, ses deux sœurs, et leur ,père, furent dès lors gagnés au jansénisme; et du christianisme déjà fervent qu'ils pratiquaient, ils passèrent à une religion plus austère. C'est ce que l'on appelle, assez improprement, la première conversion de Pascal. On en a des témoignages dans la Prière à Dieu pour le bon usage des maladies (1648), et dans la lettre à M. et M™« Périer, Sur la mort de M. Pascal le père (1651). Cependant en 1648, Pascal avait fait ses expériences sur la pesanteur de l'air, au sommet du Puyde-Dôme, en Auvergne, et à Paris, sur la tour Saint-Jacques. En 1651, il écrivait un Traité sur le vide, dont il ne nous reste qu'un fragment intitulé : De l'autorité en matière de philosophie. — Sa santé, très précaire, l'obligea, en 1652, à interrompre ses travaux scientifiques. C'est alors, pendant deux ans, ce que l'on appelle la période mondaine de Pascal. Il fréquente la société; il est intimement lié avec le duc de Roannez et le chevalier de Méré. Par eux, il fait connaissance avec les libertins^ que nous désignerions aujourd'hui sous le nom de libres-penseurs; et peut-être, dès cette époque, à entendre leurs arguments contre la religion, à considérer leur état d'âme particulier, réfractaire à toute apologétique traditionnelle, Pascal a-t-il conçu le dessein de ses Pensées (1).
A quoi faut-il attribuer sa seconde conversion, c'est-à-dire son retour définitif au jansénisme le plus fervent? Pascal,
(1) On ne saurait trop se prémunir contre une fausse interprétation des sentiments et de la conduite de Pascal pendant cette période mondaine. Bien qu'on lui attribue, à cette date de 1652-1653, le Discours sur tes passions de l'amour, il est à peu près certain que Pascal ne parle des passions (ju'en moraliste et "isn théoricien, et qu'il ne cessa d'être un chrétien, au sens le plus strict du mot. S'il céda, alors, à une sorte de libertinage, ce ne fut guère qu'à l'ivresse de la science, je veux dire à un certain orgueil de savant qui se sentait admiré, et qui s'occupait à la fois des questions les plus abstraites et les plus pratiques. Mais, en même temps, on est surpris de voir Pascal si intéressé et si dur envers sa sœur Jacqueline, qui voulait se retirer à Port-Royal, et dont il contrariait les projets. (Voir sur ce sujet : A. Gazier, Mélanges de littérature et d'histoire, Colin); et F. Strowski, tom. II, p. 224. t
qui passait en carrosse à quatre chevaux sur le pont de Neuilly, fut victime, le 8 novembre 1654, d'un accident : deux dos chevaux se précipitèrent dans l'eau, et, sans la rupture des traits, Pascal et ses amis étaient noyés. Le fait, établi par un récit authentique, est certain. Mais eut-il les conséquences morales qu'on lui donne? Et ne faut-il pas plutôt reconnaître, dans cette seconde conversion, l'action lente et sûre d'une foi janséniste toujours vivace, et surtout l'influence de Jacqueline? Tel est l'avis de M. A. Gazier, dont personne ne contestera l'autorité en ces matières; tel est aussi celui de M. F. Strowski. Enfin, le 23 novembre 1654, Pascal éprouva, au cours d'une méditation, une sorte de singulière extase. 1! en avait noté les phases sur un morceau de parchemin qu'il portait toujours cousu dans la doublure de son habit, et que l'on retrouva après sa mort. Ayant choisi pour c directeur » M. Singlin, il se retira d'abord à Port-Royal-des-Champs, puis à Port-Royal de Paris. En 1655, se place son Entretien avec M. de Sacy, sur Épictèie et Montaigne.
C'est au mois de janvier 1656, que Pascal est appelé à servir les intérêts de Port-Royal, en défendant Arnauld devant l'opinion publique, contre la censure de la Sorbonne. 11 publie alors ses dix-huit Provinciales (1).
A partir de 1658, Pascal ne s'occupe plus que de réunir des matériaux pour une apologie de la religion chrétienne dont le dessein général se trouve tout entier dans VEnlretien avec M. de Sacy. Pascal, en proie à d'incessantes souffrances, notait, ou dictait, quelques pensées relatives à son ouvrage. En même temps son puissant cerveau le ramenait malgré lui à des questions de science et à des inventions pratiques (2). Mais ses dernières années ne sont qu'une lente et
affreuse agonie. Pascal mourut le 19 août 1662, dans la
(1) 11 en avait commencé une dix-neuvième et annoncé une vingtième, quand il s'interrompit, soit que cette polémique ait fini par lui sembler dangereuse pour le fond même de la religion (comme la suite l'a prouvé), et qu'il ait cru plus utile de s'appliquer sans retard à son Apologie, soit que la lutte entreprise par les curés de Paris contre les casuistes lui ait fait sentir que son but était atteint et son rôle terminé.
(2) Le problème de la cycloïde; les « carrosses à|Cinq sols » {omnibus). Cf. la lettre de M™« Périer, citée par L. Brunschvico, p. 2'il.
PASCAL ET PORT-ROYAL 38î>
maison de M. Périer, son beau-frère; il fut inhumé à Saint Ktienne-du-Mont (1).
Les Provinciales (1656-1657). — Nous avons rappelé les circonstances qui donnèrent naissance à cette suite de dix- huit brochures que les contemporains ont appelées les Petites Lettres; le nom de Provinciales leur vient d'abord du titre que l'imprimeur mit à la première : Lettre écrite à un provincial par un de ses amis...; puis du titre général mis au recueil de Cologne, en 1657 : Lettres de Louis de Monlalte à un provincial de ses amis et aux BB. PI\ jésuites sur la morale et sur la politique de ces Pères (2). Une traduction latine fut publiée en 1658 par Nicole (sous le pseudonyme de Wendrock), le latin étant toujours à cette époque une sorte de langue internationale entre théologiens et savants de tous pays.
Sans revenir sur la question de la grâce et de la casuistique, indiquons brièvement le sujet des principales lettres, dont les n"' 1, •,', 3, 17, 18 sont consacrés à la question théologique, et dont les Il " 4 à 16 traitent particulièrement de la morale. — Dans la première Promîiciale, Pascal passe rapidement sur la question de fait, cL arrive aux définitions de la grâce efficace et du pouvoir prochain, — Dans la deuxième, il étudie la grâce suffisante. — La iroisième est une discussion en faveur d'Arnauld qui venait dètre IVappé d'une censure par la Sorbonne. — Avec la quatrième, nous (Mitrons dans la morale, et les jésuites commencent à être mis en cause directement : il s'agit pour Pascal de ruiner cette doctrine : " Une action ne peut être imputée à péché, si Dieu ne nous donne, avant que de la commettre, la connaissance du mal qui }- est. » Si on l'admet, dit Pascal, « ceux qui ne pensent jamais à Dieu ne sont jamais coupables ». — Dans la cinquième, procès des « casuistes » : Examen de la doctrine de \b. probabilité (dans un cas douteux, il suffit d'avoir pour soi l'autorité d'un seul docteur, pour que votre opinion soit probable, c'est-à-dire digne d'être approuvée). — La sixième nous fait entrer dans le détail de ces probabilités, et de leurs conséquences (pour les prêtres, les religieux, les domestiques). — La septième, très importante, est consacrée à la direction) (VinLention : on peut, d'après certains casuistes, corriger le vice par ta pureté de la fin (ainsi pour le duel, Vhomicide]. — Avec la /tvi-
(1) Lire le testament de Pascal, dans L. Brunschvicg, p. 250.
(2) Montalte est le pseudonyme de Pascal; c'est lanagramme tiré du lieu de sa naissance, Clermont {Mons altus).
DES Granoes. — Littérature. U
386 MTTÉRATUWE FRANÇAISE
twTMy no*8 «Olîtiowoïls à (ii«6«lter 1» o»saisti€|a«, « towchiïrt les juges, les usuriers, les banqueroutiers, etc. ». — Neuvième ieflrr : Même su}et (ambition, envie y gourmandise, équivoques...). — Diœièrur leUre: Sur le sacreiw^nt de pénitence. Les jésuites <mt rend» • la confession aussi aistie qu'elle é4;ait difficile autrefois ». A la fin de cette lettre, Pascal abandonne le ton ironique et le dialogue comique, pour s'adn^sser dorénavant, en son propre nom et sur le ton de l'indignation la plus éloquente, à ses adversaires. — Onzième lettre .' Pascal se défend d'avoir outrepassé •son droit en traitant par des railleries les erreurs des casuistes. H reproche, au contraire, aux jésuites leurs - bouffonneries impies ». -- Douzième lettre : Erreurs des jésuites sur VavmAine et la simxtnie. — Treizièmr letlî'c (une des plus importantes) : Sur Vhomicidc. — Quatorzième lettre : Continuation du môme sujet. — Quinzième lettre : Sur la calomnie. — Sfniièrne Uttre : Calomnies des jésuites contre des religieux. — Depuis in onzième jusqu'à la seizième, Pascal s'adressait directefinent aux Rft. PP. jésuites; les dix^sepiième et dls>fimiième portent pour suscnption : Au B. P. Annat, jésuite; Pascal y revient à la question théologique : Les papes et les conciles ne sont point infaillibèes dans la question de fait (17*); tout le monde condamne la doctrine qae les jésuites renferment <iaos le sens de Jans^i«s<18"^).
L'art de Pascal dans les Provinciales. — Malgré l'importance réelle du débat sur la grâce (car la vraie question qui s'agite est celle des limites de la liberté humaine et de la prescience divine), malgré la portée universelle des discussions sur la morale sévère ou relâchée, les Provinciales auraient depuis longtemps rejoint l'énorme fatras des pamphlets de tout genre qui ne survivent guère à l'actualité, si Pascal ne s'y était montré un écrivain de génie. Voltaire dit, dans son Siècle de Louis XI V : « Les meilleures comédies de Molière n'ont pas plus de sel que les premières Provinciale.^ ;. Bossuet n'a rien de plus sublime que les dernières. » 11 suffit de développer ce jugement, en indiquant quelques-uns des procédés employés par Pascal :
l® Pascal veut d'abord dans s«s premières lettres — et i! réagit en cela contre le style triste d'Arnauîd — atteindre le monde, l'intéresser, l'obliger à comprendre ou à croire qu'il comprend le sujet des disputes de Sorbonne. Lui-même, il se donne pour un t iionnète homme » très ignorant en ces matières et désireux de s'instruire ; et il s'adresse naïvement à des docteurs et à des jésuites. — Ainsi, dans la première
PASCAL ET POKT-UOYAI. 387
Provinciale, il a pour interlocuteur un docteur de Navarre qui lui fait solennellement de creuses réponses; puis il va cliez un janséniste, revient chez son docteur, interroge un Jacobin. Chacun de ces personnages a sa physionomie, son genre particulier d'entêtement, son style. Le Jacobin se retrouve dans la deuxième lettre, avec sa suffisance acolastique et sorbonique, mise en relief par l'ironique naïveté de son interlocuteur. Mais le Père jésuite de la quatrième lettre est une figure plus achevée : c'est lui qui, pouv éclairer Pascal sur la vraie définition de la grâce actuelle, va < chercher des livres » : la Somme du P. Bauny, un f'actum du P. Annat, les écrits de M. Le Moyne; et Pascal le pousse, l'oblige à s'enferrer lui-même et à dégringoler de citation en citation... Cependant, le jésuite perd tout à fait pied. Heureusement « on vint l'avertir que M™^ la maréchale de... et M'"^ la marquise de... le demandaient. Et ainsi, en nous quittant à la hâte : J'en parlerai, dit-il, à nos Pères. Ils y trouveront bien quelque réponse. Nous en avons ici de bien subtils ». La comédie est complète, comme dans un dialogue de Platon. — Mais nous avons encore un meilleur jésuite, plus comique, plus naturel, à partir de la cinquième lettre, et qui joue son rôle jusqu'à la fin de la neuvième. Le système de Pascal, dans ce procès de la morale des casuistes, consiste à donner la parole aux casuistes eux-mêmes, représentés par ce bon Père qui défend ses opinions et celles de toute sa Compagnie avec une sérénité aussi risible qu'inquiétante. — Pour sincère que soit Pascal dans toute cette polémique, on peut avouer qu'il fait souvent rendre aux textes cités un sens exagéré ; car il y implique toutes les erreurs qu'on peut en tirer. Mais son habileté d'avocat égale sa science du dialogue. Bref, on doit dire de ces premières lettres, avec Racine : « Vous semble-t-il que les Provinciales soient autre chose que des comédies? »
2^ Dès la fin de la neuvième lettre, Pascal sentait peut-être que le public, très amusé par la comédie avec le bon Père, allait se lasser; et, sans attendre qu'on lui reprochât de « faire de l'esprit », il change de ton et il s'adresse aux jésuites eux-mêmes. L'indignation qu'il avait peine à contenir, et qui se trahit déjà gà et là par des exclamations et par
des étonnements que seul son interlocuteur ne comprend pas. éclate enfin dans la dixième lettre. On attendait avec anxiété le moment où il cesserait de badiner; on éprouve une sorte d'émotion quand il se transforme en accusateur, quand, avec cette logique passionnée qui est le propre de la grande éloquence, il poursuit et confond les casuistes. Les plus belles lettres, sous ce rapport, sont la treizième et la seizième. On y sent la profonde conviction d'une âme blessée et scandalisée, qui s'est longtemps maîtrisée et qui déborde. On peut dire avec Voltaire : « Tous les genres d'éloquence y sont renfermés (1). »
Les Pensées. — Le manuscrit. — Après la mort de Pascal, •ses héritiers trouvèrent parmi ses papiers des liasses de nole>i préparées en vue d'une apologie du christianisme. Ces notes, presque illisibles, furent collées sur des registres; puis Etienne Périer, son neveu, s'occupa d'en faire exécuter deux copies par des secrétaires habitués à l'écriture de Pascal. Ce manuscrit et ces copies existent encore, et sont conservés à la Bibliothèque nationale (2).
La première édition (1670). — Les amis et les parents de Pascal résolurent de publier ces fragments (3). Bien que la préface^ écrite par Etienne Périer, son neveu, prouve que le plan probable de Pascal leur était connu, les premiers éditeurs ne s'évertuèrent pas à établir entre ces fragments un ordre tout à fait définitif. Ils intitulèrent leur édition : Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers. En tête, apparaissent les pensées contre les athées, sur Moïse, sur Jésus- Christ, sur les Juifs... Puis viennent la Grandeur, la Vanité, la Faiblesse et la Misère de Vhomme. Enfin, des pensées morales, pensées diverses, etc. C'était le renversement du plan esquissé par Et. Périer. Mais on peut croire que les amis de
(1) Morceaux choisis, 2^ cycle, p. .391.
(2) Sur l'état du manuscrit, cf. L. Bruivschvicg, p. 266.
(3) Une sorte de comité fut chargé de l'examen des papiers et de la préparation du livre; il comprenait : Arnauld, Nicole, de Tréville, du Bois, de la Chaise, le P. Brienne de l'Oratoire, Etienne Périer (cf. Saime-Beuve, Porl- Royal).
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Pascal savaient bien ce qu'ils faisaient. De même, ils se virent obligés d'atténuer le sens trop janséniste de certains fragments; depuis 1668, la paix de l'Église semblait avoir réconcilié les partis; il s'agissait d'être prudents. Enfin, les premiers éditeurs durent compléter certaines phrases, en modifier quelques autres, en songeant au goût des lecteurs de leur temps. Tous ces changements furent raisonnes, faits avec respect et mesure (1). Ce n'était pas là « tout Pascal, et rien que Pascal », comme le demandait Cousin en 1842. Mais telle qu'elle était, cette première édition des Pensées eut le plus grand succès; la cinquième (1687) fut augmentée de la Vie de Pascal par 31"'^ Périer, sa sœur.
Les éditions du dix-huitième siècle. — Au dix-huitième siècle, la renommée de Pascal subit une crise. Voltaire joignit à ses Lettres philosophiques (ou Lettres anglaises, 1734), des Remarques sur certaines pensées de M. Pascal. Ces remarques, développées, constituèrent plus tard le commentaire qui accompagnait l'édition publiée en 1776 par Condorcet. « Dans cette édition, dit M. L. Brunschvicg, c'est un philosophe, l'apôtre le plus intrépide du rationalisme optimiste, qui présente Pascal au public ; il le loue, il le réfute ; et qui pis est, il le plaint comme une victime de la superstition ; la foi a sinon éteint, du moins combattu le génie de Pascal, et l'éditeur réprimande son auteur d'un ton tranchant, comme un savant sûr de lui ferait avec un enfant qui doute et qui pleure. » Pour la réimpression de cette édition, en 1778, Voltaire aggrava encore le sens de son commentaire. — A l'édition de Condorcet, s'opposa, en 1779, celle de l'abbé Bossut, qui resta, jusqu'au rapport de V. Cousin, la meilleure et la plus équitable.
Les éditions du dix-neuvième siècle. — Victor Cousin, qui s'était mis à étudier le dix- septième siècle, et qui a laissé une belle étude sur Jacqueline Pascal, lut à l'Académie française, en 1842, un rapport intitulé : « De la nécessité d'une nouvelle édition des Pensées de Pascal. » Il signalait.
(1) De cette édition de 1670, M. A. Gazier a donné une réimpression (Lecène et Oudin, 1908).
jyO LITTÉRATUM FKANÇAISI
avec autant de justesse que de véhémence, le singulier pro cédé de ce» éditeurs qui n'oubliaient qu'une chase : consulter le manuscrit original des Pensées. Or^ ce manuscrit existait; et sa leotupe révélait un Pascal tout nouveau, presque inconnu, pour le fond comine pour la forme. — Léloquent appel de Cousin fut entendu. En 1844, Prosper Paugère donnait une édition de Pascal, faite d'après le manuscrit ; toutes les autres éditions en dérivent; quelques-unes (entre autres, celle de M. A. Molinier, 1877) ont encore amélioré le texte (1>. — D'autre part, M. E. Havet, en 1851, publiait une édition accompagnée d'un remarquable commentaire. Parmi les éditions suivantes, il faut signaler particulièrement celle de M. L. Brunschvicg.
Le plan des Pensées. — Si la plupart des èdîteui^s se sont contentés, même en améliorant le texte, de reproduire, pour la suite des Pensées, soit l'édition de Port-Royal, soit l'édition de Bossut, d'autres ont cherché à retrouver et à reconstituer le plan de VApotoffie. Ainsi, en 1835, M. Frontin; et, plus récemment, MM. Molinier, Astiê, Rocher, Brunschvieg. Pour cette reconstitution, on se guide sur V Entretien de Pascal avec M. deSact^ei sur la Prêfkee d'Él. Périer. Mais î) faut tenir compte aussi de deux éléments essentiels, à savoir, que Pascal est un savant, et que Pascal est un janséniste. Résumons, en quelques mots, cette question si complexe :
1» Queès sont les lecteurs auxqtbeh Pcisoai destinait son Apoloff-ie? Ce sont, à n'en pas douter, les lihertins, qui se refusaient à toute discussion théologique et dogmatique, niais qui raillaient volontiers, avec Montaigne, ceux qui se croient en possession de la vérité ; pour eux, ils se piquaient de n'obéir qu'au raisonnemeixt.
2** Par là s'e^xpUque, cbez. Pascal, la recherclie d'une base scientifique et philosophique, d'un terrain sur lequel le^ libertins veuillent bien consentir à accepter le débat. Par là, aussi, tous ces fragments (écrits pour lui-mémo et qui n'eus-
(1) Mfif. Mk^ui et Bruiuohvicg «utt i>ublié uu fdc-siuailé et une leiijroduc- Uon exacte du manuscrit lui-même.
PÀflCAI. BT ÎPbBT-ROTAl 3fl!
sent paint figuré dans bôg livre) sur la diffic'ulté de Vet^dir^ sur i& diflPérence de VtspQHt de finesst et de ïiesprit de géométrie, sur « les raisons du eœur que la raison ne connaît pas ». Par là, enfin, ces arguments désespérés^ qui seraient Vefius s'ajouter comme conclusion, tels i3(ue la règle dvipari.
3° Pa-scal eût sans doute commencé son Apeloyie par un« aaàaiyse psychologique et scientifique de ia nature humaine ; et, pour ne pas dépayser son lecteur, c'est au moyen de Montaigne, livre de cheVet des iibel'tin'S, qu'il l'aurait faite. Le libertin ne pouvait manquer d'en reconnaître l'exactitude. >fais Pascal aurait eu l'art d'en faire sortir^ ^ar une sorte de nécessité scientifique, la dimnéc, le problème, ïéni§me. Or quelle est cette énigme 'î L'homme est faible, l'honime est misérable ; il ne possède ni la certitude ni le moyen d'y arriver. Mais, au milieu de cette misère, il a des velléités de grandeur et des- aspirations démesurées. Comment accorder ces contradictions?
4^^ Ici, Pascal suppose qu'il aura si fortement posé le problème, que le libertin tout le premier sera vivèniént intéressé à en désirer la solution (1). Cherchons donc, eût dit Pascal, si les philosophes peuvent nous ^ iaider. toutes lés philosophies se ramènent à deux types : le pyfrhonUmè (Montaigne), le stoïcisme (Êpictète). Of Montaigne n'a vu de l'homme que la fiaiblesse ; Êpictète, que la grandeur. Jusqu*à ce moment, le mot de religion n'a pas été prononcé. Mais le libertin, piqué au jeu, consent à interroger les îreligions, ne fût-ce que pour les convaincre d'une iitt^uissance égalé h celle des philosophies.
5<* Dans notre enquête sur les religions aiîtiques, l'ordre historique nous amène à l'examen de la Bible. Mais là, qUe trouvons-nous? Pâsdal s'arrête, comme sui^pris tout le premier; il aperçoit, à la base de la religion chrétienne, un dogme, le dogme de la cliùte, qui, par une clarU subite, nous explique l'é^t misérable de la Créature déchue, et les souvenirs d'uhe grandeur passée ; le dogme de la Rédemption vient légitimer de nouveau ses espérances. Ainsi, on est arrivé, sans violence, sans raisonnement dogmatique,
(1) }fQrccaux chdtsis, i«'^cytle, p. 1W.
sans appareil théologique, à une solution religieuse et chrétienne, chrétienne parce que la religion juive contient la figure de la loi réalisée par le christianisme.
Qo Pascal aurait alors ajouté des preuves historiques et théologiques sur Jésus-Christ, les miracles, l'Église, etc. Mais aussi, l'esprit janséniste se fût retrouvé tout entier dans cette dernière partie. Pascal aurait tiré de ce fait que la rédemption est un don gratuit de Dieu, cette conclusion que ce don est réservé à quelques-uns. Et toutes les discussions sur la grâce eussent repris leur place dans les conclusions pratiques de V Apologie.
Tel est le plan probable de Pascal. On ne saurait, d'ailleurs, prétendre assigner une place définitive aux fragments qui subsistent il).
Le style de Pascal. — Nous avons déjà signalé plus haut quelques-uns des mérites du style des Provinciales. Mais quand on considère le livre à sa date, on en sent mieux la valeur relative. Selon Voltaire, c'est « le premier livre de génie qu'on vit en prose >. Et Voltaire ajoute : « 11 faut rapporter à cet ouvrage l'époque de la fixation du langage. » Jamais, en effet, le vocabulaire français n'avait atteint ce degré de propriété; jamais écrivain n'avait passé plus aisément de l'ironie à l'éloquence, et n'avait donné à ce point la sensation du naturel en tous les genres. Ajoutons que le premier, depuis Calvin, P^cal portait devant le public des questions de théologie. 11 sécularisait tout un domaine d'idées générales. Si des Provinciales on passe aux Pensées, l'admiration redouble. Dans ces fi^agments, en effet, Pascal n'est plus seulement un pamphlétaire de génie, un orateur véhément : il est un poète. Son imagination prodigieuse lui suggère des images égales à celles de nos plus grands lyriques. Ses souffrances physiques et morales ont laissé des traces dans ce premier jet vigoureux et brisé, dans ces lambeaux d'arguments et dans ces cris d'angoisse ou d'espérance. Sans doute, quelques-uns regretteront que V Apologie de Pascal n'ait pas été achevée. Mais nous y aurions perdu un mo-
(1) Morceaux choisis, l*"" cycle, p. 160 : — 2" cycle, ^^i.
PASCAL Vil PORT-ROYAL
miment unique de l'âme française et chrétienne au dix-septième siècle. L'œuvre terminée aurait eu la perfection des Provinciales y mais n'eût pas révélé l'écrivain à la fois le plus passionné et le plus naturel de notre langue. Il a fallu un hasard, une surprise, pour arracher à ce dix-septième siècle ennemi de la littérature personnelle deux chefs-d'œuvre qui ont la valeur des esquisses de Vinci et de Michel-Ange : les Pensées de Pascal, et les .Sermons de Bossuet.
« La Rhétori que » de Pascal.
— Ce serait ici le lieu de résumer ce que l'on appelle si improprement la rhétorique de Pascal (l'expression est de M"^ Périer). Pascal nous a laissé un certain nombre de pensées sur la composition et sur le style.
Cette rhétorique, ou cet art de persuader, repose essentiellement sur la distinction entre V esprit de géométrie (le raisonnement déductif du savant) et V esprit de finesse (la perception instinctive ou intuitive des meilleurs arguments). L'orateur doit deviner quelles sont les raisons propre.s à persuader l'adversaire, et dans quel ordre il
Masque mortuaire de Pascal.
C'est d'après ce masque qu'ont été composés tous les
portraits représentant Pascal dans son âge mûr.
394 UTTBHAÎtJRE FRANÇAISE
faut les hû présenter. Cet omt/re, si difficik à sîù&ir, ne f>eut être fixé par aucune r*ègle ; e'e&t Ye^iprit de fiued&e qui, dans chaque question, le crée et le suit. Esclave inconscient de cet ordre, l'écrivain B'a pas le loisiF de songer aux ornements, aux fausses beautés; toute recheirobe trahit Y auteur^ et ce n'est pas l'auteur qui persuade, c'est Y homme (I). La rè^le suprême, c'est donc le naturel, mais non pas la tiatm^; car ce naturel, variable selon les cas et les personnes, n© s'obtient que par une profonde méditation et par une véritaWe science psychologique. Ces principes, Pascal les a suivis. W n'est pas d'écrivain en France qui sente moins Yautvur. Chacune de ses pages nous doqne Timpression d'une idée, &\\n sentiment, d'une passion, qui se c^^mmunique directement à nous. Et pourtant, on .sait combien il travaillait son style, puisque, au témoignage de Nicole, ij avait refait jusqu'à trei^ie Inh' la dix-huitième Provimù^k.
\l\. — iBtlueuee de Port Royal au XVI1« i'^ic'^ete.
Part-Royal. malgré les persécutions qui l'accablèrent, eut, sur la société et sur les écrivains du dix-septième siècle, une très sérieuse influence.
1" fl faut signaler le grand exemple de fermeté et de résistance donné par les Messieurs de Port-Royal, en un temps où l'esprit de docilité et d'abandon permettait au pouvoir absolu de s'établir pour près de deux siècles en France. S'ils nous étonnent par leur entêtement, toutefois ces Messieurs, quand ils s'appellent Saint-Cyran, Arnauld, Nicole, Pascal, et qu'ils payent de leur liberté, de l'exil, de la vie même, l'attachement à leurs opinions, sont grands et dignes d'admiration. Et l'on peut dii'e que quelque chose de leur solidité morale, de leur vertu stoïque, a passé dans les Bossuet, les La Rochefoucauld, les Boileau, les Saint-Simon. — 2° Port- Royal eut, par Saint-Cyran et M. Singlin, une influence sur la réforme de la pirédi<5ation ; il n'eg^t pas jusqu'à gourd^loue,
1) Morceaux choisis, 2« cycle, i). 383.
un jésuite, qui ne leur doive quelque chose. — 3° Les Messieurs de Port-Royal ont contribué à transformer les méthodes et les outils de l'enseignement ; dans leurs Petites écoles ils enseignaient, avec le latin, le français et le grec, qui ne faisaient partie à cette époque ni des programmes de l'Université, ni de la Ratio Studiorum des Jésuites. Leur Logique, leur Grammaire, leur Jardin des racines grecques^ devinrent au siècle suivant des livres scolaires officiels. N'oublions pas aussi qu'ils eurent, dans ces écoles, des élèves qui leur firent honneur, et que Racine doit peut-être à Lancelot et à Nicole, avec sa connaissance du grec, sa fine psychologie.
Aussi suffit-il d'ouvrir les Mémoires ou les Correspondances du temps pour voir la place qu'y tient Port-Royal; et cette influence se continue pendant une partie du dix-huitième siècle, jusqu'au moment où, avec Voltaire et l'Encyclopédie, c'est le rationalisme et V optimi&rm qui remportent.
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SOMMAIRE
1° Avant Bossuet, la prédication est réformée par saint Vincent de Paul, l'Oratoire, les Jésuites et Port-Royal.
2' Bossuet (1627-1704) fait ses études à Dijon et à Paris, est archidiacre de Metz où il réside jusqu'en 1658, puis vient prêcher à Paris et à la Cour. Il est nommé évéque de Condom (1669) et précepteur du Dauphin (1670), prononce plusieurs oraisons funèbres et devient évêque de Meaux (1681). — Son caractère est fait de bonté, de loyauté et de lu)n sens. — Les Sermons de Bossuet ne furent publiés qu'à la lin du dix-huitième siècle. — Bossuet n'avait aucune prétention littéraire; il ne cherchait qu'à toucher et à convaincre. Son éloquence est lyrique. — Il renouvelle ïoraison funèbre, en y introduisant Vhistoire et le sermon. — Précepteur, il étudie par lui-même, et à tond, tout ce qu'il enseigne. Il compose pour le Dauphin plusieurs ouvrages, entre lesquels il publie le Discours sur V Histoire universelle (1681); après sa mort paraissent la Politique tirée de l'Écriture Sainte et le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même. — Controversiste, Bossuet l'est pendant toute sa vie. Il publie en 1688 son Histoire des Variations des Églises protestantes, chef-d'œuvre d'érudition et de style. Il combat le quiétisme. — Écrivain, Bossuet s'inspire surtout de la Bible et des Pères. — Son style est remarquable par sa propriété et sa variété.
3° Bourdaloue (1632-1704), jésuite, prêcha dix fois le Carême et l'Avent à Versailles ; il eut comme sermonnaire plus de succès que Bossuet. Il savait plaire par son art de raisonner, et surtout par ses portraits où la malignité de la cour voyait des personnalités.
4° FLÉCfflER (1632-1710) est resté célèbre par l'oraison funèbre de Turenne. — Mascaron (1634-1703) a de la véhémence, mais son style est archaïque; — Massillon (1663-1742) a prononcé l'oraison funèbre de Louis XIV, le Petit Carême, etc. Il a un style harmonieux et élégant; on l'a surnommé VIsocrate français.
BOSSURT ET LES PREDICATKUKS 'MH