LES MEMOIRES. — LES ROMANS
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sieurs années dans la terre des Rochers, près de Vitré, où (>lle réussit à reconstituer le patrimoine' de ses enfants. En 1654, Mme ^^e Sévigné revint à Paris, et se remit à fréquenter la société. On la vit reparaître à l'Hôtel de Rambouillet, dont elle fut une des plus illustres urécieiises, et dans tous les salons aristocratiques. Mais elle faisait de fréquents voyages en Bretagne, et elle s'occupait elle - même de l'éducatioii et de rinstruction de ses enfants. Elle apprit à sa fille l'italien et le latin et lui fit donner des leçons de philosophie par l'abbé de la Mousse, qui lui inspira un goût peut-être exaliéré pour Descartes. Quand
M"*' de Sévigné fut d'âge à paraître à la cour, sa liière l'y présenta. « La plus jolie fille de France ■», comme la nommait Bussy-Rabutin, était un parti fort avantageux, et les prétendants ne lui manquèrent pas. Mais sa mère et le Bien lion songeaient à lui éviter les cruelles déceptions d'un mariage irréfléchi; et celui qui l'emporta fut le comte de Grignan. M'i« de Sévigné avait vingt-trois ans; il en avait quarante et était deux fois veuf. « Toutes ses femmes sont mortes, écrit M"»® de Sévigné à Bussy, pour faire place à
Madame de Sévigné.
D'après le portrait peint par Lefèvre et gravé par I»elletier.
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votre cousine >. Notons que la première femme du comte fut Angélique de Rambouillet, fille cadette de Tincomparable Arthénice.
Mariée en 1669, Mf^^ de Grignan dut, en 1671, rejoindre son mari nommé lieutenant général de Provence. Cette séparation fut douloureuse; M^® de Sévigné idolâtrait sa fille. Et nous devons à cette circonstance et à ce sentiment un peu outré, la plus grande et la plus vivante partie des lettres de la marquise. — D'ailleurs, elle n'aimait pas moins son fils, Charles de Sévigné,*doué d'un cœur plus ouvert et d'un tempérament plus expansif que M'"" de Grignan (1). Charles fut brave soldat, prit part à plusieurs campagnes, et finit par se retirer en Bretagne. 11 était assez dépensier; et sa mère fait souvent des doléances sur ses perpétuels besoins d'argent. Mais le ménage Grignan lui donnait à ce sujet de fréquentes inquiétudes. On y menait trop grand train. Formée par le bon sens de l'abbé de Coulanges, M"'» de Sévigné prodigue les conseils à sa fille. Ellle l'entretient également, avec autant d'intelligence que d'affection, de ses petits-enfants. Mi"° de Grignan avait trois enfants : Marie-Blanche, que M '"''de Sévigné appelle « ses petites entrailles », et qu'elle garda chez elle, à Paris, pendant trois ans; on la sacrifia aux intérêts des deux autres enfants, en la.me.ttant, dès l'âge de six ans, au couvent de la Visitation d'Aix, d'où elle ne sortit plus ; — Pauline, dont il est si souvent question dans les Lettres, et qui devint M™^ de Simiane; — et Louis-Provence, le petit marquis, qui fut bon officier, et à qui sa mère fit épouser, en 1694, la fille d'un fermier général... « Il faut bien fumer ses terres. »
M'"' de Sévigné, qui recevait souvent à Paris sa fille et ses petits-enfants, allait aussi les visiter à Grignan. Elle se trouvait dans ce château, en avril 1696, quand elle fut atteinte de la petite vérole, et mourut.
Caractère. — Tous les témoignages contemporains sont d'accord pour nous montrer, en M™<^ de Sévigné, une femme aussi aimable que vertueuse. Elle tenait de son père, le baron deRabutin-Chantal, \me gaitè (\m résista à toutes les épreuves,
(1) Voir sa lettre à M"» de Griguan, du 8 août 1696 {Morceaux choisis, 1" cycle, p. 207).