‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 111 sur 323 · I.F.S I.KTTRKS. — LES MKMOIRF.S, — LES ROMANS 4î · texte numérisé non relu

I.F.S I.KTTRKS. — LES MKMOIRF.S, — LES ROMANS 4î

-t qui aniuK; son style; et, dos Coulanges, une bonté inépuisable, mêlée à un sens pratique des affaires développé en elle par son tuteur. Bussy, à qui elle avait refusé un prêt d'argent, lança contre elle un portrait satirique qu'elle lui pardonna généreusement, et oii il l'accusait d'être avare. On s'est demandé si elle avait du cœur, et si tout chez elle ne venait pas de la tête. 11 est vrai qu'elle a tant d'esprit, que le sentiment même ne le lui fait pas perdre ; et que, parfois, un certain persiflage, sur des sujets graves ou douloureux, peut nous surprendre. Mais prenons garde d'être injustes. Amie courageuse de Fouquet, mère dévouée, grand'mère attentive et tendre, c'est elle aussi qui écrit sur la mort de Turenne et de Louvois des lettres belles comme des oraisons funèbres de Bossuet. Il se peut parfois qu'elle ait songé, en badinant, beaucoup moins à exprimer son propre sentiment, qu'à divertir à tout prix son insensible fille. L'impression que ■ donne une lecture suivie de ses Lettres est celle d'une femme excellente, mais chez laquelle a l'esprit ne fut jamais la dupe du cœur ».

Publication de sa correspondance. — M"^« de Se vigne eut, de son vivant, une réputation d'épistolière. Ses lettres étaient parfois copiées avant le départ du courrier; elles étaient lues en société, et couraient de mains en mains : ainsi la lettre du cheval, et la lettre de la prairie. Dès 1697, la famille de Bussy-Rabutin, en publiant sa correspondance, y intercala un certain nombre de lettres de M"»" de Se vigne. En 172') et 1726, parurent des éditions plus ou moins tronquées; et M"»« de Simiane, petite-fille de M">«= de Sévigné, se décida à confier au chevalier de Perrin la publication des lettres qu'elle avait conservées. Le texte original ne fut pas absohiment respecté ; on substitua, en particulier, des initiales à certains noms ^propres, et l'on atténua quelques expressions. Cette édition du chevalier de Perrin, parue de 1734 à 17.")7, fut réimprimée en 1754. — En 1818, parut une édition nouvelle, plus complète, celle de Monmerqué. Mais la seule où le texte ait été reconstitué selon une véritable méthode critique, est celle de M. Ad. Régnier, dans la Collection des grands écrivains de la France.

Intérêt de cette correspondance. — 1« Ulmtoim. — Les lettres de M'"^ de Sévigné ont d'i^borjl un intérêt historique. De 1655 à 1696, elles forment mie sorte de ijazette, écrite non par un nouvelliste de bas étage qui n'eniend qu'un lointain écl)o des événements et ne peut approcher des grands, mais par une femme de la cour, qui est à la source même des renseignements. C'est au sortir du Louvre, de Versailles, de Saint-Cyr, où le roi lui adresse la parole, et de^ salons ou elle rencontre les plus grandes dames du temps, qi^e ^î'»^ de Sévigné écrit ses lettres. Sans doute, elle ne nous explique pas les causes des gi^erres et des traités; elle ne nous révèle aucun secret sur la politique de Louis XIV. Mais les détails précis qu'elle donne sur le procès de Fouquet, le passage du Rhin, le mariage de |î^ Grande Mademoiselle, la mort de Turenne, la disgrâce de Pomponne, la mort de Condé, celle de Louvois, etc., sont un complément de l'histoire. Si les Mémoires de Saint-Simon nous apprennent ce qu'un esprit aussi malveillant que clairvoyant pouvait apercevoir à la cour d'ambitions mesquines et de honteux calculs, nous armons, avec M"»' de Sévigné, à voir s'agiter et à entendre causer tout ce beau monde et à le trouver plutôt sympathique. Les costumes, les gestes, les paroles, les anecdotes parfois révélatrices des sentiments les plus sérieu^^, voUji ce que "S[^^ de Sévigné nous donne, avec une inlassable curiosité et dans un style toujours vivant (I).

2° La vie . de société, -r Gazette de la cour, sa correspondance est encore une chronique de la société. Au jpurlp jqur, nous savons par elle comment on vivait à Paris et ;ï la campagne; quels étaient les sujets de conversation,. et comment on jugeait les livres nouveaux, et ce que l'on voyait au théâtre, — comment on voyageait, et comment on prenait les eaux de Vichy ou de Bourbon, — comment se préparait un mariage, se menait une affaire, se perdait un procès, — comment on traitait ses égaux et ses inférieurs, — ce qu'était un salon, une ferme, un pré, un paysan, un valet, un jardinier, un petit chien, — iDref, ce que nous appellerions tout le train du monde... Tout cela, d'autant plus révélateur que

(1) Morceaux choisis, i" cycle, p. 199; 2« cycle, p. hlO.

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