LES LETTRES. — LES MÉMOIRES. — I-ES ROMANS
devint gouverneur de l'île de Grenade, continua, li mener une vje dissi|jée, et mourut en 1645. Sg, veuve revint en France avec ses trois enfants, et ne survécut pas longtemps à s«s îïialheurs. La petite Françoise, la jeune Indienne, fut élevée par Mme de Neuillant, On lui fit éppuspr, à seize ans, le poète Scariron, « grotesque » au cœur tpndre, infirme d'humeur joyeuse, dont le salon était fréquenté par tous les beaux esprits du temps. A vingt-cinq ans, veuve et sans ressources, M""^ Scarron fut heureuse de trouver un emploi à la cour; elle y entra comme gouvernante des enfant? de M^e de Montespan. Sa situation y fut pénible d'abord; mais elle s'imposa par sa dignité et surtout par ses éminentes qualités d'édiicatrice. Pour la récompenser, Louis XIV lui donna, en I674, la terre de Maintenon avec le titre de marquise; en 1685, après la mort de la reine Marie-Thérèse, il l'épousq. secrètement, et lui dut la dignité morale de ses trente dernières années. Eut-elle sur le Roi une influence politique? La question est très difficile à résoudre. On sait que Louis XIV aimait à consulter celle qu'il appelait « Votre solidité » j mais Mp^^ de Maintenon semble n'avoir jamais cherché à jouer un rôle dans l'État.
Sa grande aff'aire fut la fondation et Tadipinistration de la maison de Saint-Cyr.
Saint-Cyr. M^e de Maintenon éducatrice. — Elle avait commencé à s'intéresser de bonne heure à l'éducation des jeunes filles de noblesse pauvre. Éprouvée elle-même, et ayant conservé de son enfance et de sa jeunesse dépeignants souvenirs, elle voulait mettre les jeunes filles de son rang à l'abri de pareilles mésaventures. Elle ppmmen.ça par relever une maison de Rueil, dirigée par M""»^ de Brinon, et y plaça cent pensionnaires, auxquelles le Roj consentit à accorder des bourses et une dot. Puis, elle fonda, en 1684, la maison de Saint-Cyr, destinée à recevoir deux cent cinquante élèves, nobles et pauvres, dans les mêmes conditions. Elle fit ellemême les règlements et choisit les maîtresses.
Au début, l'éducation fut trop naondaine. On se préppcupait surtout de former ces jeunes filles aux belles manières et au beau style. Ce ne sont que réceptions, concerts, représenta-
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tions dramatiques. Toute la cour y vient. Ou y joue Androînaque, et trop bien. M"'*" de Maintenon commence à s'alarmer. On abandonne le répertoire profane; on joue Esther avec quel succès. M^e de Sévigné nous l'apprend (1)! Alors M^^de Maintenon songe à réformer Saint-Cyr. Jusqu'à la fin de sa vie, elle s'en occupe quotidiennement. Elle y fait^e fréquents voyages. Elle inspecte, elle examine ; elle donne des instructions aux élèves et surtout aux maîtresses. Après la mort du Roi, elle s'y retire.
M'"*^ de Maintenon éducatrice a donc deux moments. D'abord, elle se trompe, de très bonne foi. Elle compte trop sur l'excellence de la nature, et croit qu'il faut développer chez les jeunes filles le sentiment du beau et de l'élégance. Quand elle revient de son erreur, elle l'avoue avec franchise : « Nous avons voulu de l'esprit, et nous avons fait des rhétoriciennes; de la dévotion, et nous avons fait des quiétistes; de la modestie, et nous avons fait des précieuses; des sentiments élevés, et l'orgueil est à son comble. » — Alors, M™" de Maintenon s'applique à former le cœur et l'esprit par une méthode directe, par des leçons de choses morales, afin de préparer ces jeunes filles à la fois nobles et pauvres à devenir de bonnes mères de famille. Elle cherche avant tout ;ï prévenir ses élèves contre toutes les vanités, toutes les illusions, toutes les exaltations du sentiment. Non seulement Vinstruction est réduite à ce qu'il y a de plus simple et de plus pratique (le catéchisme, l'histoire, etc.), mais la religion même y est défendue contre l'excès de la dévotion : il leur faut « une piété solide, simple, gaie, douce et libre... car il ne s'agit pas de faire des religieuses ». Plus que de l'instruction, elle s'occupe de Véducation, et, par des entretiens fréquents, elle cherche à donner aux élèvei? et aux maîtresses une sincère droiture d'esprit. Toutes les questions, même les plus délicates, doivent être abordées franchement, et simplement.
On est vraiment touché et plein de respect, quand on lit ces Entretiens de M""® de Maintenon sur la mauvaise gloire, sur l'esprit de cachptterie, sur l'ennui, sur les amitiés, sur l'indiscrétion, sur la politesse, mir le mariage, etc. Quelle raison!
(1) Morceaux ctioisis, 2° cycle, p. USU,