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l'Ahi'iiham liosse (1<>()2-l<i76).
dans lequel Hoileau a composé ses ÉpUi^es : — - En 1669, épîtro I (Au Roi); un fragment, détaché de cette épîtro, a formé l'épître II f à l'abbé des Roches, Cor^tre Ins Procès); — 1672, épîtro IV [Passage <lv. Rhin); — 1673, épître III (à Arnauld, Sur la mauvaise Honte);
— 1674, épître V (à Guilleragues, Sur la connaissance de soi-même) ;
— 1675, épître VIII (Au Roi), épître IX (à Seignelay, le Vrai); —
(1) Morceaux choisis, 2'' cycle, p. 529.
(2) l.iro, M ce sujet, les judicieuses réflexions fie >I. .Mii.KS T-KMAlTftK (/mprrssinns de théâtre, X, p. 20r>).
.^fi6 LITTÉRATURE FRANÇAISE
Ui'77. épîtn» VI (à- Laiiioigiiou, Sur la Cumpn'jnc); épîtr*» VU (à Racine, Sur VUlilUé des cnn&mU) ; — 1695, Opitfe X {A sea Vers); épître XI (A son Jardinier); épître XII (à labbé Renaudot, Sur l'Amour de Dieu).
Parmi ces épitres, il faut distinguer celles où Boileau, s'adressant au Roi, lui donne des conseils de modération tout en le louant avec finesse (ép. I), et raconte ses exploits (ép. IV). Peut-être le Passage du Rhin nous est-il un peu gâté par la mythologie et par des procédés de style que le sévère critique des épopées contemporaines aurait dû éviter. Mais il y a aussi, dans ces épitres, des vers bien frappés, d'une versification amusante ; tels ceux où Boileau enchâsse tant de noms propres de villes ou de guerriers illustres. — Viennent ensuite les épîtres à la fois morales et littéraires, qui sont les meilleures (V, VII, IX). Les deux dernières surtout : à Racine, Sur l'Utilité des ennemis (1), et, à Seignelay, Sur le Vrai {2), sont les chefs-d'œuvre de Boileau; on y a remarqué avec raison, surtout dans la VIP, une émotion assez rare chez lui, et qui n'en a que plus de prix. — Enfin, d'autres épîtres sont, en quelque sorte, plus personnelles. A l'imitation d'Horace, ifn de ses modèles préférés, Boileau nous parle de sa vie à la campagne (à Bàville, à Haute-Isle, à Auteuil, chez M. de Lamoignon (3), ou dans sa petite maison, dont le jardinier Antoine est l'intendant). Ailleurs il s'adresse à ses Vers (ép. X) : la, il nous donne quelques renseignements sur son âge et sur son caractère.
Les épîtres de Boileau n'ont ni le charme, ni la facilité des épîtres d'Horace. Mais on ne saurait nier qu'elles leur sont supérieures au point de vue philosophique, politique et même critique. On ne trouve pas chez Horace, croyons-nous, l'équivalent de la belle épître IX, à M. de Seignelay, qui contient, mieux encore que l'Art poétique peut-être, la doctrine de Boileau, ni surtout del'épître VII, à Racine, une des plus éloquentes protestations du génie conscient de lui-même contre le succès momentané de la médiocrité.
Le Lutrin. — Ce poème héroï-comique en six chants fut publié en deux fois. Les quatre premiers chants parurent en 1673; les deux derniers, en 1683. Le sujet en est une querelle entre les membres du chapitre de la Sainte-Chapelle. « Dans ce chapitre, écrit Boileau, le trésorier remplit la première dignité, et il officie avec toutes les marques de l'épiscopat. Le chantre remplit la seconde dignité. Il y avait autrefois dans le chœur,' à la place où se tient le chantre, un énorme pupitre ou lutrin, qui le couvrait presque tout entier. Il le fit ôter. Le trésorier voulut le faire remettre. De
(1) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 602.
(2) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 606.
(3) Morceaux choisis, !«■■ cycle, p. 259,
LA iRÉoklE lîE L IWlAL CLASSIQJJK ^67
là aiiiva, u<ue4i!4)ute... » iVL de Lamoigoon ayant délié Boil«a« <3c lairo un poènae é;pique «ur ce sajet laesqurn, î^oileau tint la ya^'-eare, et écrivit le Lutrin. Il eut riioniteur de x^i'éev en Fran-ce une sorte de burlesque nouveau, âai lieu que ScaiTon et ses imitatours laisaient du bua'l<?sque eu attril)uaat des trivialités ou des bouffonneries à de grands héroK, et en Iranspo&mii les actions é^ques sur un ton plus bas, Boileau fait j^steni-ent le conti-aire : pour-chaater ce>tte « querelle de sacristie », il embouche la tr<wnpette épiqae ; il prête à des personnaigcs vulgaii'es -on grotesques desgefctes et un langage de héros; il use des procédés homériques {)Our i-aconter l'expédition nocturne d'un perruquier ou une bataille à coups de livres. Cette |)arodie relournëe est peu.t-ètr.e plus spiritwelie que l'autre, et elle n'entraîne point l'idée d'une pi^ofanation^, comme le Virgile ta^ave^ti on la Belle Hélène.
Sans analyser ici le Lutrin^ ^wi Gs^i d'une lecture si div-ertissanle, notons Beulcment que les cinq premiers chants sont vers! fté« -de ki l'aron la plus heureuse. C'est la manière des sati*-es 'iMur^fem^fes^ vive et |>ittoresquo, relcA^éc çà et lapai- des traits d'€5«>€âieii4ie critique littéraire (1).
VAtt poétique (1074). — L'Art poétique est divisé •en quak'e chants. Au Cha?U I, Hoileau donne des préceptes généraux, qjui peuvent convenir à tous les genres : nécessité de l'inspiration.; connaître la nature de son propre taU^nt; accord de la rime et de la raison; éviter l'emphase et le burlesque: être clair, correct; savoir se corriger et se soumettre à la critique. Boileau intercali* dans ce chant (v. 113-11(5) une courte histoire de la poésie l'ranraise, de Villon à Marot. —Le Chant Vl contient les préceptes des. petits (jenres <ie poésie : l'églogue, l'élégie, l'ode, le sonnet, ré[)igramme, le rondeiiu, la ballade, le madingal, et la satir-e, 4Ônt Boileau l'ait l'histoire chez les Latins et chez les Français. — Au Chant III, Boileau aborde les grands genres : tragédie, épop<k\ comédie. A propos de la tragédie, il étudie les origines du genre enOnHîe et juge lethécitre du moyen âge; pour l'épopée, il recommando le mrt'o^^i/few.r païen, cehii d'Homère, et il attaque vi\eîiwni ceux qui conseillent ou qui pratiquent le m<Tveilleux c.hfH'tien^hi comédie ramène à juger Térence et Molière. - - -Le Cittml \Y est consacre à des conseils de bon sens et de mou-alité : la poésie ne.souH're pas la médiocrité; faire choix d'un bon censeur; aiuieila vertu ; ne pas travailler pour l'amour du gain ; éloge de Louis XIV qui, par ses bienfaits, a relevé la condition du poète.
Ce poème didactique est, de toutes les npuvres de 'Boileau, celle qui a le plus sci*vi à sa réputation et qui lui a le plus nui. Disons d'abord qu'au point de vue du style, V Art poétique, remarquable souvent par la fermeté, toujours par la propri(ité des termes,
(1) Morceaux choisis, 1«'' cycle, p. 26^; 2« cycle, i». OOs,
558 LIJTIÎliATUKE FHAiSr.AlîSI';
aboiidant en vers devenus proverbes, ne nous semble pas cependant comparable aux meilleures satires ni aux meilleures épîtres. Ce style a, dans l'ensemblcs quelque chose de compassé, de froid et d'artificiel. —D'autre part, chaque fois que Boiieau touche à l'histoire littéraire, soit ancienne (Homère, la tragédie grecque, l'ode grecque), soit moderne (Marot, Ronsard, le théâtre au moy(ïn âge), il est insuffisant ou inexact. Exceptons-en sa courte histoire de la satire à Rome. En donnant de chaque genre une définition abstraite et absolue, Boiieau semble ne tenir aucun compte dos différences essentielles que les temps et les pays établissent dans le goût littéraire. 11 est souvent dogmatique, au sens le plus étroit du mot. Il manque de ce que nous estimons le plus aujourd'hui dans la critique, le sens historique. Ce défaut est particulièrement sensible dans son plaidoyer en faveur du merveilleux païen.
Mais, pour apprécier à sa valeur l'Art poétique, il faut, nous l'avons déjà observé, lui appliquer précisément cette critique historique que Boiieau ne pratiquait pas. Tout s'y explique alors, «'t les défauts mêmes en deviennent intéressants. Tout y concorde ;ivec l'idéal et avec l'usage des grands écrivains classiques, que Itoileau ne faisait, après tout, qu' « enregistrer ». ^- « Législateur du Parnasse », si l'on veut; mais comme celui qui codifie le droit coutumier, et non comme celui qui impose des lois nouvelles.
La doctrine de B|pileau. — Dégageons donc les principes essentiels de la poétique de Boiieau, en consultant à la fois VArt poétique et les Épîtres.
1* RiPM n'est beau que le vrai. — Le vrai, c'est la nature, mais la nature à la. fois générale et choisie ; — générale, parce qu'il faut que l'œuvre d'art intéresse tous les hommes capables de réfléchir et de sentir, — choisie, parce que les exceptions ou les monstruosités que produit parfois la nature sont contraires à son plan ordinaire et que nous n'arrivons au général que par le choix. Voilà pourquoi Boiieau proscrit le précieux, le burlesque, l'emphase, et revient sans cesse au naturel, seul beau, c'est-à-dire seul digne d'attirer et de fixer l'artiste. — Ce naturel, dans les grands genres, est surtout psychologique. Cependant, Boiieau n'exclut pas la peinture pittoresque de la nature extérieure ; mais il en élimine les traits trop spéciaux, qui pourraient devenir inintelligibles aux lecteurs d'un autre âge. — A. de Musset a dit plus tard : Bien n'est vrai que le beau ; ce précepte n'a pas un autre sens que celui de Boiieau.
A lHKùItlK Itl. I. lUI.Al- f.lASSU.illl
?" Le vrai seul est aimable. — Le but de la poésie n'est pas <riiistruire ni de prouver, mais de plaire. Et Boileau affirme (iue seule la nature plaît. Toute affectation rebute le lecteur. « Chacun pris en son air est agréable en soi. » Et il faut plaire, au dix-septième siècle, à la société, laquelle ne supporte pas le sublime continu, ne tolère pas le réalisme trop bas, aime à se reconnaître dans les analyses et dans les inventions qu'on lui présente, plutôt qu'à se sentir dominée et écrasée par Tcxtraordinaire.
30 Aimez donc la raison. — Mais quel sera le critérium dans la recherche du vrai et du naturel? Notre imagination nous entraîne dans l'irréel et dans la fantaisie ; notre sensibilité nous porte à exagérer nos piopres façons de souffrir ou de jouir; donc, c'est notre raison qui nous servira de guide. Raison, chez Boileau, est presque synonyme de hou sens. C'est la faculté moyenne, commune à tous les hommes, dans tous les temps et dai.s tous les pays, qui prend pour base de ses jugements ce qu'il y a d'universel et d'irréductible dans la nature humaine.
1" L'imitation des anciens. — Et , omment former notre raison, lui apprendre à distinguer le v 'ai du f^ux, le général (lu particulier, ce qui durera de ce qui doit passer? Par l'étude des anciens. Ceux-ci, en effet, plus rapprochés que nous de la nature, l'ont décrite et analysée avec plus de simplicité. Et surtout, comment se fait-il que leurs ouvrages, conçus au milieu d'une civilisation si différente de la nôtre, aient pu survivre à tant de révolutions dans la politique, la religion, les mœurs, les formes mêmes de l'art? Comment? si ce n'est par ce qu'elles contiennent de vraiment imiversel et de réellement humaine A leur école, donc, nous apprendrons comment on distingue Vhomme sous les individus, et nos ouvrages mériteront à leur tour de vivre dans la postérité.
'J'elle est, en résumé, la doctrine de Bojleau. Tous les préceptes particuliers se ramènent à cette théorie générale.
Que lui manque-t-il pour être complète? Nous Talions voir on étudiant la querelle des anciens et des modernes.
570 UTTÉRATïntK FRANÇAISE
i. *- L» yiici'elle «les aneicus et de» inoderties.
Depuis Ronsard et la Pléiade, les anciens passaient pour les maîtres incontestés de tous les genres de poésie. Cette partie de la doctrine avait été confirmée par Malherbe, par Balzac, par les débuts de la tragédie française, par les chefsd'œuvre de Corneille, etc. Le respect de l'antiquité avait atteint son plus haut degré avec Racine, La Fontaine et Boileau. Molière était resté plus indépendant. Vers la fin du dix-septième siècle, une réaction se produit à deux reprises différentes : c'est la querelle des anciens et des modernes.
Causes de cette Querelle. — 1° En imitant les anciens, les modernes étaient parvenus à créer des ouvrages comparables aux leurs. On se trouva donc en présence d'une littérature nationale aussi féconde en chefs-d'œuvre que celle de'S anciens. Aussi était-il temps de renoncer à une modestie qui devenait hypocrite et de proclamer que le siècle des Corneille, des Molière, des Racine, etc., valait, pour la qualité et la quantité, le siècle de Périclès ou le siècle d'Auguste. Mais les partisans de cette opinion, très légitime en soi, eurent le tort de proclamer non pas l'égalité, mais la supériorité des modernes, de n'admirer leurs contemporains qu'en méprisant les anciens, et de confondre, parmi les modernes, les plus médiocres écrivains avec les excellents. Il devait donc en résulter une protestation, à son tour exagérée, de la part de ces disciples dei«i anciens, qui se solidarisaient, en quelque sorte, avec ceux qui leur avaient servi de modèles.
2^* Il faut y ajouter des causes particulières :
a) Le développement des sciences, et surtout des sciences appliquées, donne naissance à l'idée de progrès, progrès que l'on veut trouver aussi bien dans les lettres que dans les sciences ;
h) A côté de l'idée do progrès qtii est plutôt rationaliste, l'idée chrétienne se mêle aux considérations des partisans des modernes : il leur paraît impossible que la supériorité morale, amenée par le christianisme, n'ait pas entraîné la supériorité littéraire ;
LA IHEOHIE DE L IDEAL LLASSKjUE
C) C'est encore une protestation de V individualisme trop ôtouffé par la théorie classique, — des droits de l'imaginalion et de la fantaisie contre la naison.
Histoire de la Querelle. — Desniarets de Saint-Soriiu, dans les préfaces de ses poèmes épiques, soutient l'excellence du merveilleux chrétien (1669-1674). Dans le troisième chant de l'Art poétique Boileau proscrit le merveilleux chrétien. 11 y a donc de Vactualité dans la discussion de Boileau. Et c'est là une première phase de la querelle. — Dans la séance de l'Académie française du 27 janvier 1687, Charles Perrault lit un poème, le Siècle de Louis XIV, où il fait l'éloge des grands écrivains qui permettent de comparer ce siècle à ceux de Périclès et d'Auguste. Boileau proteste en quittant la séance. Perrault reprend et développe sa thèse dans ses Parallèles des anciens et des modernes (1688-1696), et Boileau lui réplique par ses Bé flexions sur Longin (1694). — La Bruyère, dans son Discours à l'Académie française (1693), affecte de ne louer que les partisans des anciens ; il suscite de vives colères, surtout dans le Mercure, auquel il répond par sa préface. — M'»'^ Dacier, en 1699, publie une traduction d'Homère, qui est encore l'occasion des plus vives polémiques. Cette deuxième phase de la querelle est close, grâce à Arnauld qui réconcilie Perrault et Boileau (Lettre de Boileau, 1701) (1). — Reprise de la querelle en 1714, à l'occasion d'une traduction abrégée d'Homère par La Motte-Houdard (traduction destinée à discréditer celle de M'»"^ Dacier). — Correspondance entre Ui Motte et Fénelon (1713-1714). — Lettre de Fénelon à l'Académie française (1714). ~ Préface à la traduction de VOdyssée, par M"" ï)a<'ier (1716). — Con cessions réciproques et fausse réconciliation.
Des deux côtés la question était mal posée : on se borna presque à des personnalités, et l'on ne toucha presque jamais aux véritables arguments. L'esprit historique manquait aux deiix partis, qui n'avaient tort ou raison que sur des détails. Perrault voulait beaucoup moins proclamer l'égalité de génie
{\) Nous .ivons n'uni tous les docurnonls rolntifs à cplto partie do la querelle, dans notre édition de Boileau (Halier), p. /r27-5Û0. Consulter aussi le» notes de Y Art poétique, cliant HI, p. 232-256.
WTI LITTÉllATURE FKANÇA18K
<le Racine et d'Iùiripid*'; *le Boileau ci d'Horace, que discréditer tous ceux qui avaient imité, bien inutilement selon lui, les anciens, et réhabiliter ceux qui étaient exclusivement modernes, les victimes de Boileau. Celui-ci, de son côté, défendit maladroitement Homère et Pindare, et ne sut donner une théorie juste de li nitation des anciens que dans la VIP Réflexion sur Longin (1). Fénelon entrevit quelques raisons critiques : nous aurons à y revenir.
Conséquences de la Querelle. — Les véritables vainqueurs sont les modernes : le dix-huitième siècle ne connaîtra plus l'antiquité. — On sent se développer l'idée de progrès : confiance de la société en elle-même et mépris de la tradition (Encyclopédie). Mais l'esprit encyclopédique, en discréditant le christianisme, se prive de l'élément le plus sérieux qui puisse entrer dans l'originalité des contemporains. Il faudra la réaction de Chateaubriand pour mettre au point les théories des modernes.
Cette querelle a donc en soi une véritable importance; souvent puérile dans les détails, elle contient tous les symptômes du dix-huitième siècle.
BIBLIOGRAPHIE
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Édition Brunetière (éd. de luxe). Hachette, 1889.
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(1) Morcntn.r choisis, 2'- c><'lc, j>. ()I'.>; Boileau (IlalicM- p. 'iTo.
CHAPITHK Xm FÉNELON (I65I-I7I5)
1'^ Fénelon (1651-1715), d'abord supérieur des « Nouvelles (Jallioliques », devient en 1689 précepteur du duc de Bourgogne. En 1695, il est archevêque de Cambrai. L'affaire du qtiiélisme (1699) et la publication du Télémaque causent sa disgrâce. Son caractère est complexe, séduisant et chimérique.
2° Dans le Traité de l'éducation des filles (1689), Fénelon donne d'utiles et judicieux conseils aux mères de famille ; il est modéré, sensé, et devance sur plusieurs points notre pédagogie moderne.
3° Précepteur d'un enfant très difficile, Fénelon réussit à le dompter et à l'instruire. Il compose pour lui des Fables, des Dialogues des morts, et le Télémaque (1699), où il résume presque toute la littérature grecque. — Les contemporains trouvèrent dans cet ouvrage une satire de Louis XIV et de son gouvernement.
4"> Le Traité de l'existence de Dieu (1712-1718) est une œuvre de jeunesse, dont la première partie est consacrée au développement de la preuve par les causes finales, et la seconde à une démonstration cartésienne de la Divinité.
S"* Dans les Lialogues sur l'éloquence (1680?), Fénelon critique avec sévérité les orateurs de son temps. Il fut lui-môme un prédicateur remarquable par sa facilité et son onction ; mais nous ne possédons de lui que deux discours officiels.
6" La Lettre à l'Académie fut écrite en 1713 à M. Dacier, et publiée en 1716. Fénelon s'y montre sur certains points (éloquence, histoire) un critique très clairvoyant. Il trahit sa préférence pour les anciens.
7" Le quiétisme est la doctrine du pur amour de Dieu, propagée en France par M'"" Guyon. Bossuet la fît condamner; Fénelon, après une résistance habile, se soumit.
8" Le dix-huilième siècle a aimé dans Fénelon le prélat tolérant et disgracié, et le critique.
9" Écrivain, Fénelon est aristocratique et attique.
b74 Littérature FRAiNr-Alist:
On doit donner à Fénelon une place à part dans l'histoire des idées et des lettres, au dix-septième siècle. Il représente déjà la transition vers un nouvel ordre de choses, moins encore par les dates de ses ouvrages, que par l'esprit qui les anime.
Vie. — François deSalignac de la Mothe-Fénelon est né au château de Fénelon, dans le Périgord, en 1651. Il appartenait à une noble famille, et il eut toujours, d'un très grand seigneur, les manières et les sentiments. — Entré de bonne heure au séminaire de Saint-Sulpice, où le poussait la plus sincère vocation, il voulait d'abord se consacrer aux missions du Levant. Mais la faiblesse de sa santé l'obligea d'y renoncer; et il fut nommé supérieur des « Nouvelles Catholiques », maison où l'on catéchisait les jeunes filles protestantes converties au catholicisme. Il remplit ces délicates fonctions de 1678 à 1689, avec toute l'intelligence et tout le tact qu'il y fallait apporter. C'est alors qu'il composa son premier ouvrage, le Traité de V éducation des filles.
Fénelon fut ensuite chargé d'une mission auprès des protestants de l'Aunis et de la Saintonge, après la révocation de l'Édit de Nantes. Il usa de persuasion et de douceur.
C'est en 1689 que le duc de Beauvilliers, gouverneur du jeune duc de Bourgogne, choisit Fénelon comme précepteur du petit-fils de Louis XIV. Bossu et, qui avait Fénelon en grande estime, approuva hautement ce choix. Nous verrons comment le maître réussit avec son élève, et quels ouvrages sont sortis plus tard de ces six années de préceptorat.
En 1693, Fénelon fut reçu à l'Académie française. Deux ans après, il était nommé archevêque de Cambrai et sacré par Bossuet dans la chapelle de Saint-Cyr. Tout semblait lui assurer l'existence la plus calme, quand l'affaire du quiêtisme vint tout gâter. Bientôt, la publication du Télémaque (1699), où chacun vit^ avec une malice compromettante pour l'auteur, une satire de Louis XIV et de son gouvernement, acheva la disgrâce de Fénelon, qui resta jusqu'à la fin de sa vie renfermé et comme exilé dans son nrclievêché do Cambrai.
Fénelon mettait toutes ses espérances dans le duc de Bour«
FÉNF.LON '►7r)
gogiio, et rr.vait do <kîveiiir quelque jour, sinon son ministre;, au moins son dircN-ieur à la fois spirituel vt politi<jue. La mort du prince (1712) vint ruiner cet espoir do revanche. Et Féneion consacra ses dernières années à Fadministration vigilante et paternelle de son diocèse, et à une lutte assez vive contre le jansénisme. Il motirut ù Cambrai, le 7 janvier
Son caractère. — On connaît l'admirable portrait de Féneion par Saint-Simon : « Ce prélat était un grand homme maigre, bien fait, pâle, avec un grand nez, des yeux dont le feu et l'esprit sortaient comme un torrent, et une physionomie telle que je n'en ai pas vu qui y ressemblât, et qui ne se pouvait oublier quand on ne l'aurait vu qu'une fois. Elle rassemblait tout, et les contraires ne s'y combattaient point. Elle avait de la gravité et de la galanterie, du sérieux et de la gaîté; elle sentait également le docteur, l'évêque et le grand .seigneur ; ce qui y surnageait, ainsi que dans toute sa personne, était la finesse, l'esprit, les grâces, la décence et surtout la noblesse. Il fallait faire elîort pour cesser de le regarder... Il s'était accoutumé à une domination qui, dans sa douceur, ne voulait point de résistance... Parmi tant d'art et d'ardeur de plaire, et si générale, rien de bas, de commun, d'affecté, de déplacé, toujours en convenance à l'égard de chacun... A tout prendre, c'était un bel esprit et un ,G:ran(l homme. »
L'impression qui se <léga^e de ce portrait, écrit par un contemporain, dont, pour une fois, la clairvoyance n'est point gâtée par la méchanceté, peut tenir dans le mot de contrastes. Féneion n'a pu laisser personne indifférent, parce qu'il avait en lui un singulier mélange de séduction et de hauteur, de tendresse et d'autorité, d'intelligence supérieure et d'entêtement étroit dans ses idées.
Ceux qu'il a d'abord charmés, comme Bossuet et Louis XIV, il les a déçus et révoltés. Ceux qu'il étonne aujourd'hui par la profondeur et la générosité de certaines de ses vues politiques, il les trompe bientôt par des utopies et par cet esprit chimérique si justement aperçu de Louis XIV. Il n'en reste pas moins vrai qu'à le prendre dans son ensemble, il est des
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plus intéressants par cette complexité même, qui est moins encore celle d'un homme que celle d'une époque.
Le Traité de l'éducation des filles (168tt). — C'est à la prière de M"' de Beauvilliers, mère de huit filles, que Fénelon rédigea ce charmant petit livre. Mais il y dépassa fort heureusement le cercle des conseils propres aux filles de la duchesse, grâce à son expérience de directeur des Nouvelles Catholiques; et ce fut bien un Traité, dont les idées ont encore aujourd'hui une grande valeur,
Fénelon établit d'abord (chap. i) l'importance de réducatlon des filles, et l'inconvénient des éducations ordinaires (chap. ii). « Il faut craindre de faire des savantes ridicules... Mais les filles mal instruites et inappliquées ont une imagination toujours errante... Elles se rendent l'esprit visionnaire, en s'accoutumant au langage magnifique des héros de romans... Quel dégoût pour elles de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas détail du ménage (1) ! » — Fénelon est d'accord ici avecM""" de Maintenon, qui a senti, comme lui, qu'il fallait réagir contre l'instruction superficielle donnée aux femmes. Sans doute, un siècle aussi fécond en femmes supérieures, bien avant Fénelon, ne négligeait pas absolument l'instruction féminine. Mais, seules, les belles intelligences prenaient l'essor, en l'absence de toute méthode; et celles-là même étaient exposées à la subtilité et au romanesque. — Fénelon demande ensuite que l'on s'occupe des filles dès leur plus bas âge. Là, il nous surprend par la sûreté de ses observations physiologiques. Comme Rousseau, il veut que les premières études soient proportionnées à la faiblesse de l'enfant (chap. ni, iv, v\ « Le cerveau des enfants est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent : sa lumière vacille toujours. » Aussi faut-il répondre promptement et nettement à leurs questions; les provoquer, par la vue des objets dont on leur explique la nature et l'utilité (leçons de choses) ; choisir, pour leur suggérer les idées, des images propres à se graver en eux; Gt leur rendre toujours l'étude agréable. Sur ce point, Fénelon insiste beaucoup; peut-être insiste-t-il trop : l'enfant doit presque ignorer, à l'en croire, que l'étude exige un effort. Mais il n'y a là que l'exagération d'un principe excellent, qui est de rendre] le travail aimable, en s'y intéressant soi-même, et en faisant sentir à l'enfant qu'on a plaisir et profit à devenir plus instruit. — Fénelon veut que l'enfant joue, souvent, et à des jeux simples. Il n'est })as ennemi des moyens qui peuvent exciter l'enfant comme l'émulation, les louanges bien placées, les récompenses (chap. vi). — Les chapitres vu et vni sont consacrés à l'étude de la religion. Là, Fénelon recommande de procéder par que.stions très simples, et «l'user surtout des récits et des paraboles de l'Écriture, ]>our donnei*
(1) Morceaux choish;, 2* ryrle. p. iWk,