‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 145 sur 323 · Là Phîloii»ophie et la Relîg^îou · texte numérisé non relu

Là Phîloii»ophie et la Relîg^îou

La philosophie. — Toutes les idées, toutes les revendications de ce siècle, où l'on reprend par la base, afin de les

TABLEAU TxIîiyÉB^L DU I>IX-HÏJITIÊMF. SIÈCLF 591

(lôtriiire avajit de les TJ^cQiiMrmrjn, len ij]i,stit^tiQ»s et J.es croyaîic,es, tiennent dims ce mot : ff/if,i^^opUe, sur h sens duquel il ùi\^t ib^en s'en^e^jidre.

Au dix-septième siècle, la philosophie se composait d'une métaphysique, d'une psyçl^oiogie, et d'jui^ mor^^le; qu j joignait la logiqae, ou l'aj^ de raisonner. Descartes, Pascal, Bossue.^, Mal^bran^he, ^ont des philosophes au sens tr^ditixjnnel ^t coï?[,iplet du piot. — Au dix-huitième siècle, sous l'influence de l.Qck,e, ph^jl^^opjhie anglais, qui avait publié, en 1090 soj;i E$mi ^W l^nUrti^ment hwn^ain, ,et sous .celle de Bayle, on abandopn^e la métaphysique et la psychologie po.ur une philosophie expérimentale et sociale. Sans doute, on croit bien encore q;U'il est possible de discuter sur l'existence (le Dieu, sur l'immor,ta,lité de ji'àme, sur les passions... Mais à quoi bon? N'a-t-on pas des, sujets ,et des objets plus présents, et dont la s(?l,utiQn immédiate ôjjnporte davantage, pp.w l,e bonheur du ^nr,e humain et pour .1§l co,iWïiodité de la vie ? « Occupons-aous un peu moins, dit^n, des attributs de 1^ Diviniié, des limites de la prescience divine et de la liberté luimaine, de la connaissance et du bon usag^ 4e nos jpassions, — .et un peu plus d'améliorer Ijes prQcé#s de la justice .dans les tribunaux dont nou^s relev.ows immédia»l;em.ent, de réformer les instjitutiQils politiques au milieu 4e^qujeiHas nous vivons, de riparer les inégalités de la fortune pa^ une meilleure répartition de l'impôst, d'acquérir 1^ libertjé ,de (•ons(Meçce, d'assurer à chaque citoyen wi peu 4'ai«i9Jic.e, etc. Quant aux mœurs proprement dites, <;e sera .^iFîiire l\ chacun d'y veiller; la vraie .morale est de ne pas nuir^ à ,son voisin. »

D'ailleurs, tous ces philosophes, qui on* abajudoi^né avec dédain les spéculations métaphysiques ou psychologiqjue.s, n'en sont pas pour cela beaucoup plus pratiques. D'^Jjord, -ils s'accommodent parfaitement des abus .existants, et ils en profitent. Gentilshommes, Us ne renoncent point à' leu^« jPjrivilèges; financiers, ils contribuent à ruiner le -pays. ^A, puis, comme leur ibeau zèle de réformateurs ne peut ayoir^'f^l^f'^''^. immédiats, ils donnent à cœur joie dans l'utQpie et poussent leurs systèmes jusqu'à l'absurde. Voyez Rousseau et Diderot. Seul \'olt.aire. et l;i est le sex-r^t de sa popularité, s'n-ttaque

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h des choses rôelles. Une se contente pas d'écrire des phrases sur la liberté de conscience : il agit en faveur de Calas et de Sirven ; il lutte contre des abus déterminés, et il indique des remèdes.

Quoi qu'il en soit, leur idéal à tous, ce n'est plus l'amélioration de l'homme intérieur, c'est la marche vers le progrès. « L'âge d'or que les anciens ont placé si loin derrière nous, est devant. » Le progrès se réalise par la science, et surtout par les applications des sciences. Voilà pourquoi, au dix-huitième siècle, tout philosophe se double d'un savant. Rousseau sera le seul à s'irriter contre le progrès.

La religion. — Que devient la religion, au milieu de ce développemetit de la philosophie positive? Bien des raisons peuvent expliquer son affaiblissement. D'abord, ces mêmes découvertes scientifiques, qui semblent apporter une solution rationnelle aux inquiétudes humaines. La Divinité est moins présente, dans un univers dont les phénomènes obéissent à des lois connues; et, ^ pour des esprits à courte vue, Dieu s'enfonce dans un tel lointain qu'on ne l'aperçoit plus. On y a quelque intérêt d'ailleurs, et l'on y met une certaine complaisance ; à l'affaiblissement de l'idée religieuse correspond alors celui de la moralité. — D'autre part, les querelles et les disputes du dix-septième siècle, le jansénisme, le quiétisme, la persécution contre les protestants, sont autant de causes de discrédit pour la religion. Les philosophes du dix-huitième siècle n'y voient que des manifestations du fanatisme, et ils s'emparent des arguments que chaque parti a inventés contre l'autre, pour les en accabler tous à la fois. De là ces chapitres sur les affaires religieuses dans le Siècle de Louis XIV : Voltaire nous donne le ton de ses contemporains.

Et cette religion, qui eut, au dix-septième siècle, des représentants si autorisés, si grands par le caractère et par le talent, n'est plus défendue, au dix-huitièrîie siècle, que par un gouvernement décrié, une cour corrompue, un Parlement arriéré, des prélats de boudoir et des folliculaires enragés. Aussi la haute société en est-elle arrivée à regarder la religion comme une de ces institutions d'Etat, auxquelles

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il est décent (\o so soumettre, pour sauver les apparences. Bien entendu, nous parlons ici de la noblesse et de la bourgeoisie parisiennes, et encore de celles qui composent les classes dirigeantes. N'allons pas croire que la petite noblesse provinciale et la plupart des bourgeois aient eu l'impiété et les mœurs d'un duc de Richelieu. Au contraire. La vie de famille; religieuse, morale, fondée sur les traditions et les croyances, est encore celle de la majorité des Français. Mais cette majorité n'a ni écrit ni parlé, et elle a. lini par subir l'impulsion de l'élite intellectuelle et philosophique.

Rapports entre le seizième et le dix-huitième siècle. — Tous les historiens et tous les critiques ont signalé des rapports entre le seizième et le dix-huitième siècle. Un courant de curiosité hardie et de philosophie sceptique, dont les sources jaillissent à la Renaissance, semble, selon l'expression do Sainte-Beuve, se perdre sous terre pendant le dix septième siècle, pour reparaître au dix-huitième. La forte discipline religieuse et politique du règne de Louis XIV retarde et dissimule un mouvement d'idées facile à suivre d'ailleurs dans la société libertine du dix-septième siècle lui-même, et qui, à partir de 1715, reprend librement son cours.

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