‹ Histoire de la littérature, françaiseChapitre 146 sur 323 · IV. — I.a Littérature · texte numérisé non relu

IV. — I.a Littérature

Les lettres proprement dites. — Le dix-huitième siècle a rejeté l'autorité et l'imitation des anciens. Mais, dans toute réaction littéraire, en France, il n'y a jamais, comme le dit finement Rémusat, qu'un changement de modèle. On n'imite plus les anciens, soit. Mais on imite, et avec quelle fidélité! ceux qui ont imité les anciens. Boileau est devenu le législateur du Parnasse. C'est dans l'Art poétique, ce n'est pas dans un nouvel idéal propre au siècle, que l'on cherche les lois des genres. La tragédie sera racinienne. Dans la comédie, jusqu'à Marivaux, on imitera Molière. L'épopée et l'ode seront conformes aux préceptes de Boileau, ainsi que la poésie descriptive. Rien de plus singulier que la docilité de ce siècle indépendant, en ce qui concerne

■y.)ï I.nTKHATriRE FRANÇAISE

les formes litt,érnires : c'est le p^e^do-d^sncùme qui cqmï)[iej:^ce. — Auss^^ qj^elle infériorité ! Aiicun de ces ouvrées littéraires dia dix-hujtième siècle ne donne la fo^tje ipipr^ession d'originalité, de beauté^ de .durée, qup nous éprouvons toujours à }n lecture des grands classiques. Le styl.e poétique ^uj-jnème devient artiticj,el ; c'est une s.arte de langue morte, dont on apprend le vocabulaire spécial, les figures, les périphrases.

L'originalité du dix-huitième siècle. — Mais cène sont là que des apparences, auxquelles le dix-huitième siècle lui-même s'est laissé prendre. La vérité, c'est qu'il n'y a plus de littérature, ou du pi,oins qu'elle est négligeable, si estimable d'ailleurs qu'elle ait pu paraître aux contemporains. La tragédie devient la « piècie à thèse » ; ,et la valeur d^ Zfiïre, de Mahomet^ comme de la Veuve du Malabar ,de Lemierre ou des Barrmécides de L^ Harpe, est dans Jes idées: ce sont pour nous des documients sur la façon de penser du .dix-hj^itièijae siècle. La ppésie descriptive ou légère n'a pas unje valeur esthétique, ou a per,4,u ceije qu'elle voulait avoir; elle renferme aussi la psychologie et la philosophie du temps.

Quand on passe à la prose, c'est mieux encore, plus âfi. cadres conventionnels, plus de genres imposés, plus de langue factice. La.matière est nouvelle, et la forme aussi. On fait presque tort à des ouvrages comme V Esprit des lois, le Siècle de Louis XIV, VÉmile, YHistoire naturelle, quand on prononce à leur sujet ce mot équivoque de littérature. Ce sont des manifestations spontanées, originales, d'idées et dé découvertes, dans des domaines inexplor.es. Et Toii souifre à les voir s'encadrer, dans des manuels scolaires. entre Vert- Vert et les Saisons !

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