VII. — Les Influences extérieures
Jamais le cosmopolitisme ne fut plus développé qu'au dix-huitième siècle. Ouvrez la correspondance des grands écrivains, vous les trouvez en rapport avec les rois, les princes, les gentilshommes, les savants, les lettrés de tous les pays. Les étrangers affluent à Paris et tiennent à honneur de se faire présenter dans les salons. D'ailleurs, notre littérature rayonne sur l'Europe entière. Les grands maîtres du dix-septième siècle sont devenus les modèles des Angl.ais qui oublient Shakespeare, des Allemands qui attendent Lessing, des Italiens qui manquent alors d'hommes de génie. Nos arts ont la même influence. L'Allemagne et la Russie se couvrent de palais à la française, et le rococo sévit de Berlin à Rome. Enfin, nos idées; philosophiques s'infiltrent partout;
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L'Angleterre. — Mais rétrauger ii'avait-il pas aussi sa part dans notre littérature et dans notre piiilosophie? Notre littérature a été relativement peu touchée. Sans douté, Shakespeare a fourni quelque chose, mais fort peu, à Voltaire ; et il a été traduit par Letourneur et adapté par Ducis. Et nous devons aussi reconnaître que les romans anglais de Richardson ont déterminé cliez nous des imitations, sans oublier que ceux de l'abbé Prévost leur étaient antérieurs. Mais c'est surtout dans le domaine des idées et des mœurs que se fait sentir l'influence anglaise. Nous aurons assez l'occasion d'y revenir. Montesquieu et Voltaire
doivent particulièrement à leur séjour en AnglèfeTre ieurs l
idées~politiques et sociales. Nos encyclopédistes, nos écono- | mistes, nos savants, s'inspirent aussi des théories d'outre- ' Manche. La société en est imprégnée. La tolérance, la liberté civique, la dignité du commerce et de l'industrie, le ', confortable public et privé, etc., circulent en France à titre d'importations anglaises.
Les grands noms et les grandes dates de la littérature anglaise sont, en ce dix-huitième siècle : Newton {f 1727) ;
— Swift (f 1745), qui publie en 1704 le Conte du Tonneau, et en 1726 les Voyages de Gulliver (Voltaire s'en inspirera dans ses romans et dans ses pamphlets) ; — Addison (^ 1719), qui donne en 1711 son Spectateur, journal littéraire, critique, moral, imité par Marivaux, et en 1713 sa tragédie de Caton;
— Pope (-f^ 1744), qui publie en 1718 sa Dunciade, poème satirique imité par Palissot, et en 1732 son Essai sur l'homme, qui a servi de modèle à Voltaire pour sa poésie philosophique; — Daniel de Foe (f 1731), dont le Robinson Crusoé est de 1719; — Richardson {•\' 1761), dont les romans, Paméla, Clarisse Harlowe, etc., paraissent de 1740 à 1750; — des philosophes comme David Hume, Adam Smith, Thomas Reid,
— des historiens comme Gibbon, *etc.
Or, au dix-huitième siècle, chacun savait l'anglais, comme au siècle précédent l'italien.
L'Allemagne. — De ce côté, où tout le monde parlait français, il faut signaler cependant les premiers chefs-d'œuvre d'une littérature qui se préparait à jeter le plus vif éclat
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ri à exercer, ell{3 iiussi, tiïie iotte influence sUr ^Vdtre pays.
l.EiiiMZ if 171()) a pubiilè éà Theûdicee ell 171Ô, et .sii, Monadologie partit aprèà s'a inort, en 1720; — GottSCïïéI) (t 1766) traduit des trag'édies de Racine et engîi^'e bientôt la lutte contre Lessin^- ; — KLOPSTOck (f 1Ô03) public sa Messfàde de 1748 à 1773; — Lessing (t 1781) écrit en 1765 son Laot'oon, et en 1767 sa Dramaturgie cfc Hambourg ; il donne ensuite Ses pièces, dont la principale, Nathan le Sage, est dé 1779; et, tout en subissant l'inflUence de Diderot-, il renouvelle le théâtre allemand; — iWaîS déjà GctTHE avait fait Jouer, en 1773, son Gœtz de Berlicfimyéh, et publié Werther en 1774; or, Werther est traduit en français en 1776, et obtieiit un grand succès; Egrhofit est de 1788, Iphicf&iïxe de 1789, Wilhem Meister de 179t), Hermahn et Dorothée de 1798: — Schiller donnait les Brigands en 1780, Fiesque {\1S4), la Guerre de Trente Ans {[7^31), iVàîte'nstein (1799). ^1 faudrait nommer encore VoSiis, WiiÈLÀNl), — ^îe grand archéologue et critique d'urt Winckè^màî^'N (-f- 1768), les philosophes HERbER (f 1803), Kant (f 1804), etc.
L'ïtalie a l'historien Vicb {t 1744); — Métastase (f 178:2,, dont les livrets d'opéras sont des chefs-d'œuvre de sensibilité et de pathétique; — OoLdoni (f 1793), qtii renouvelle, par l'imitation de Molièï'e, la comédie italienne ; — Ali-iëri (t 1803), tLUteur de tragédies qui ab^ondeli't en feiïïiàtîons fortes et éloquentes; — Beccària (f 1794), dont le Traité de^ délits et des peines fut accueilli âVec erithousiasîlie par les philosophes.
Quailt à l'Espagne, elle est toute ii l'iMitattôri Tï*aiiÇaîse, et ne produit alors aucune œuvi^e ôrîgînaié.